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Compositeurs « hors-sol » : une chronique palpitante

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Étienne Barilier. Exil et musique. Éditions Fayard/Mirare. 220 p. 15 €. Janvier 2018.

 

images livre en une prose somptueuse qui sonne juste, une brève mais dense histoire des compositeurs qui, de l’âge baroque à l’époque contemporaine, ont vécu le malheur ou le bonheur de l’exil. C’est l’occasion pour l’écrivain et essayiste de conduire de front une équipée fraternelle et une analyse aussi fine qu’érudite, loin de tout pathos. Un vrai bonheur de lecture.

La composition a-t-elle besoin d’un sol pour germer puis s’épanouir, existe-t-il une musique de l’exil ? Ces interrogations sous-tendent toute cette enquête, qui interroge autant qu’elle verse d’éléments au dossier. Les questions sont simples, les réponses beaucoup moins. Car l’exil est vieux comme le monde, et le sentiment d’arrachement à la terre natale n’est pas nécessairement proportionnel à la réelle distance qui vous en sépare, de même qu’il aura fallu attendre l’époque romantique pour que la notion de patrie prenne un sens particulièrement aigu. Et puis, ce sont surtout les textes qui parlent d’éloignement, de chagrin et de nostalgie, la musique pure caractérisant moins volontiers ces thèmes.

L’exil, s’agissant d’artistes, renvoie immédiatement pour tout un chacun aux heures sombres de la première moitié du XXe siècle, quand l’expression d’« art dégénéré » servait de repoussoir, en Allemagne et en URSS surtout. De fait, Barilier consacre beaucoup de pages aux créateurs de cette période, qu’ils aient émigré – , , Bohuslav Martinů –, aient été exilés « de l’intérieur » – Serge Prokofiev, , pour ne citer qu’eux –, ou déportés avant d’être assassinés – , , ou encore et les enfants interprètes de son opéra Brundibár au camp de Terezín. À chaque fois, la leçon est la même : la vie est plus forte, chacun s’accomplissant y compris dans les conditions les plus extrêmes.

S’il est arrivé que le musicien demeure inconnu sur sa terre d’accueil (Zemlinsky), il a parfois été au sommet de son art au moment de son déracinement. C’est le cas d’Erich Korngold, dont l’opéra Die Tote Stadt (1920) avait remporté un succès retentissant à Vienne, qui connut la gloire aux États-Unis en composant une douzaine de musiques de films, et qui, à son retour en Autriche, après la guerre, était devenu un compositeur dépassé. Le cas de est plus connu. Lui aussi écrivit un premier chef-d’œuvre dans son pays d’origine – L’Opéra de quat’sous (1926) – avant d’être applaudi pour Lady in the Dark (1941) ou bien Street Scene (1946-1947), son « opéra américain ». Le livret de cet opus, où l’on entend l’influence du blues, du jazz, de la comédie musicale de Broadway, mais aussi de Puccini, est dû à Elmer Rice, juif lui aussi et dont les grands-parents avaient émigré. La musique, elle, ne connaît pas les frontières…

On apprend beaucoup dans cet ouvrage aussi sérieux que généreux, par exemple qu’en  1645 un jeune garçon jouant sur la rive de l’Arno, un certain Giovanni Battista Lulli, fut enlevé par Roger de Lorraine, duc de Guise, pour le compte de la Grande Mademoiselle, la duchesse de Montpensier, désireuse d’apprendre l’italien. La suite, on la connaît !

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  • Michel LONCIN

    A propos de compositeurs « exilés » de l’intérieur, je parie que l’auteur ne parle pas d’Allan Pettersson (qu’il ignore même son nom), compositeur suédois dont le GENIE continue à être SCANDALEUSEMENT méconnu et qui fut « exilé » dans son corps même …
    Pour mémoire, Christian Lindberg est en train de bâtir une quasi intégrale (il conviendrait qu’il reprenne les cinq symphonies enregistrées en son temps par le chef finlandais Leif Segerstam) dont on ne parle quasi JAMAIS … même sur Res Musica … !!!

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