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Le talent de la jeunesse avec les Vêpres de la Vierge à Notre-Dame

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cathédrale Notre-Dame. 11-IV-2018. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Vespro della Beata Vergine. Maîtrise Notre-Dame de Paris. Instrumentistes des départements de musique ancienne du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon et du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, direction : Henri Chalet

MSNDP« La valeur n’attend point le nombre des années ». Et ce ne sont pas les choristes de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris et les jeunes instrumentistes des conservatoires qui vont ce soir, avec les Vêpres de la Vierge de Monterverdi, contredire Rodrigue.

Ce concert proposé à la cathédrale Notre-Dame de Paris suscitait l’intérêt pour deux bonnes raisons : d’abord, parce que les Vêpres de la Vierge ont beau être l’un des piliers du répertoire baroque, les interprétations de cette célèbre partition se succèdent et se confrontent ; ensuite, parce que ce soir, est donnée l’occasion aux élèves des plus grands établissements d’enseignement artistique nationaux (la maîtrise de Notre-Dame de Paris et ses solistes, les instrumentistes des départements de musique ancienne du Conservatoire national supérieur de Musique et de Danse de Paris et de celui de Lyon ainsi que du Conservatoire à rayonnement régional de Paris) de se retrouver pour un projet artistique commun, rassemblant ainsi la prochaine génération de la scène musicale. Et l’expérience débute dès l’attente de l’entrée des artistes grâce à l’excellente note de programme réalisée par Jean-Baptiste Nicolas, élève de la classe des métiers de la culture musicale du Conservatoire de Paris.

Véritable monument de la littérature musicale synthétisant l’ancienne polyphonie sur cantus firmus et l’écriture de soliste inspirée par le nouveau style dramatique, toutes deux associées à un brillantissime stile concertato d’une audace surprenante, les Vêpres de la vierge (Vespro della Beata Vergine) révèlent autant le génie de l’homme religieux que celui de l’homme de théâtre. Mais malgré une partition étonnamment précise pour son époque (1610), les énigmes de cette composition foisonnante offrent la possibilité de parti-pris parfois radicalement opposés : les effectifs vocaux et instrumentaux, l’ordre des pièces et leur hauteur d’intonation, et même leur fonction liturgique peuvent ainsi être reconsidérés.

Diplômé du (écriture) et du (direction de chœur), choisit de ne pas suivre la « rigueur musicologique » qui imposerait des chœurs et des solistes exclusivement masculins et la présence des deux Magnificat et de la Missa in illo tempore qui figurent au début du recueil original. L’effectif se compose ce soir de vingt musiciens sur instruments anciens et de plus de cinquante choristes de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris : dix choristes du chœur d’enfants, douze choristes du Jeune ensemble, vingt choristes du chœur d’adultes et onze chanteurs de l’ensemble vocal. Le chef de chœur principal de la Maîtrise domine parfaitement l’acoustique de la cathédrale afin d’obtenir un équilibre sans faille entre les voix et les instruments. La direction accentue les effets et les contrastes sans exubérance et sans vaillance péremptoire, la lecture étant plutôt portée par la quête du mystère et de la spiritualité. Les sections de l’ouvrage s’enchaînent dans un ordre habituel sans interpolation de chant grégorien, décuplant par ce choix la dimension monumentale tout autant que le sentiment d’intimité mystique de l’œuvre via des tempi souvent rapides. Dans ce foisonnement musical, les instrumentistes solistes que sont les violonistes et les cornets à bouquin déploient une subtile virtuosité. Tout d’abord disposés pour qu’un instrumentiste à vent aille de pair avec un instrumentiste à cordes, ce n’est qu’à partir de la Sonata sopra « Sancta Maria » (sommet du stile concertato) que l’on retrouve une organisation plus « classique » de l’orchestre.

Cette approche solennelle se retrouve dans le chœur qui propose une performance chorale sans anachronisme. Malgré son effectif conséquent et la jeunesse de ses membres, la prestation offre une précision constante entre les différentes voix et les décalages rythmiques très rapprochés, ainsi qu’une justesse endurante pour des choristes capables d’assurer cette multitude de parties vocales avec ferveur et conviction. C’est avec un naturel surprenant que cette jeunesse sublime l’intensité du recueillement (particulièrement le chœur à huit voix de l’ Ave maris stella) comme l’exubérance et la vitalité de cette partition (Lauda jerusalem). Le double chœur dialogue sans heurt dans une éloquence simple et une pureté de son exaltée par le lieu, où un jeu avec l’espace ponctue la soirée grâce à l’écho régulier souvent d’usage dans la musique baroque, comme une réponse du ciel à ce que l’on vient d’entendre. De la même manière, la virtuosité des solistes impressionne particulièrement dans le célèbre Duo Seraphim avec cet ornement très particulier né du quilisma grégorien, même si ceux-ci manquent d’un brin de théâtralité dans les motets. Il reste toutefois difficile de le  reprocher au regard de la qualité maintenue tout au long de chaque intervention grâce à cet attachement de chacun à mettre en lumière les mots du texte.

Venu très nombreux, le public est rapidement debout pour ovationner ces jeunes artistes plein de talents, qui ont su proposer une interprétation de belle qualité d’une œuvre particulièrement complexe sous bien des aspects.

Crédits photographiques : Maîtrise de Notre-Dame de Paris © Léonard de Serres

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