Resmusica_728x90mm - Cello players

Le cas Debussy selon Philippe Cassard

À emporter, Essais et documents, Livre

Claude Debussy. Philippe Cassard. Actes Sud, Paris. 152 pages. 16,50 €. Février 2018.

 

Livre CassardDebussyste reconnu, livre un regard original sur l’œuvre du compositeur. Facile à lire et accessible au plus grand nombre, cet essai donne envie d’écouter encore et en encore les partitions évoquées dans ces quelques pages. C’est là l’essentiel.

Le centenaire de la mort de ne pouvait pas se faire sans la présence d’un de ses plus fidèles interprètes. « Debussy depuis toujours » (chapitre 1) : le voyage avec Debussy débute à 7 ans pour avec The Little Shepherd (« Le petit berger ») extrait des Children’s Corner. Et alors que le pianiste propose ce court essai sobrement intitulé , Universal réédite son intégrale de l’œuvre pour piano du compositeur.

Quel dommage que le titre de cet ouvrage ne soit pas plus signifiant ! Alors que le lecteur pressé se dira « encore une biographie sur Claude Debussy… », le lecteur plus attentif s’attardera sur le nom de son auteur pour y porter l’intérêt que cet essai mérite. La même impression avait d’ailleurs été exprimée lors de la sortie de l’essai de Philippe Cassard consacré à Franz Schubert qui fait aujourd’hui figure de référence. C’est vraiment dommageable, car ce texte est bien accessible à tous, néophyte ou musicien averti. Un texte bref et fluide, des chapitres courts et dynamiques, une cohérence claire dans le discours, une réflexion bien documentée tout en maintenant une singularité…

Tout cela est vrai, mais n’est pas l’essentiel de ce travail. Et même si l’auteur se positionne en tant qu’interprète « et uniquement celui-là », l’ouvrage ne se limite pas à l’œuvre pour piano : c’est en fervent défenseur de Pelléas et Mélisande que Philippe Cassard consacre quatre chapitres sur l’unique opéra du maître. Son approche pianistique de l’œuvre de Debussy est pourtant bien expliquée, comme sa démarche auréolée de succès au début des années 90 de proposer de jouer l’œuvre intégrale pour piano seul en quatre récitals étalés sur la journée : « je voulais reconstituer en musique cette impression de taches multiples se fondant l’une dans l’autre par la vision globale ». Sans oublier ses difficultés d’interprète, comme la volonté d’aborder pour la saison de la Philharmonie de Liège en 2010, la totalité des œuvres originales de Debussy à quatre mains et deux pianos : « La Mer à quatre mains faillit nous transformer en naufragés, malgré les dizaines d’heures de répétitions. »

Les éléments biographiques ne semblent être qu’un prétexte pour des questionnements plus précis : la rencontre entre Liszt et Debussy en 1886 (chapitre « La visite du vieux monsieur ») permet au pianiste de s’interroger sur l’art de la pédale (« une « respiration » ? Était-ce une pédale économe ?), et la présence de bon nombre de procédés typiquement lisztiens dans son œuvre.

Cette volonté de liberté qui a porté les compositions de Debussy, Philippe Cassard la présente avec la précision d’un grand connaisseur, mais surtout avec l’aisance d’un excellent transmetteur (chapitre « Du piano avec et sans voix »).

Mais il faut bien reconnaître que les chapitres se succèdent et n’offrent pas toujours le même intérêt : assez rares ceux sans grande saveur car purement biographiques (« Années d’apprentissage ») ; plus réguliers ceux d’une agréable originalité, afin de dynamiser le texte et renouveler la lecture (« Manuscrits » ou l’évolution de la signature de Debussy ; « Au fil des vingt-quatre Préludes » ou quand l’auteur reporte scrupuleusement l’une après l’autre les indications tirées de la partition). Mais quand un pianiste analyse le jeu d’un autre pianiste via les enregistrements de 1913 (chapitre « Debussy au piano »), c’est totalement captivée que nous lisons « les fondamentaux » présentés par Philippe Cassard, et le rubato pratiqué par Debussy « particulièrement savoureux ». La comparaison entre un plan-séquence du film Le Sacrifice d’Andreï Tarkovski et l’interprétation de Voiles, deuxième Prélude du premier livre, est brillante, pour expliquer la conduite d’un tempo très lent : « Voiles est d’abord une extraordinaire étude de sonorités et de vibrations » (chapitre « Une leçon de Debussy au cinématographe »). Le dernier chapitre, « Dans mon panthéon discographique », traduit surtout l’objectif de cet essai d’amener le lecteur à écouter l’œuvre de Debussy, sous le regard d’un de ses illustres interprètes… probablement aussi selon une approche plus personnelle.

tous les dossiers(1)

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.