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Christian Lindberg dans les Symphonies 5 et 7 d’Allan Pettersson

À emporter, CD, Musique symphonique

Allan Pettersson (1911-1980): Symphonies n°5 et 7. Norrköping Symphony Orchestra, direction: Christian Lindberg. 1 SACD BIS-2240. Durée: 82:48

 

Les Clefs Resmusica

5019226-origpic-16afeeA l’instar des autres interprétations de cette série, fait ressortir chaque détail et chaque couleur de la Symphonie n° 7 d’ tout en conservant un contrôle total sur la structure globale de l’œuvre.

et l’ (SON) approchent de la ligne d’arrivée de ce qu’on l’on peut présenter (pardonnez notre opinion subjective) comme l’un des plus importants projets d’enregistrement de la fin du XXe et début du XXIe siècles : les symphonies complètes du compositeur suédois . Le label suédois BIS a initié ce projet au début des années 1990 et après une série d’enregistrements exceptionnels du SON avec , le projet a été suspendu pour des raisons non divulguées. Au début des années 2010, Christian Lindberg a repris le flambeau avec le même orchestre et a depuis signé des interprétations de référence.

Le contexte de la présente publication est intéressant pour plusieurs raisons. Sur ce disque, nous avons la composition la plus populaire de Pettersson, la Symphonie n° 7, jouée relativement fréquemment. Nous avons aussi la Symphonie n° 5, qui, sur la base de sondages informels sur les médias sociaux, semble être une œuvre insaisissable même parmi les amateurs de Pettersson. Les deux œuvres sont également bien représentées sur les disques et les enregistrements radio, malgré leurs différences de popularité.

La Symphonie n° 5 initie ce qu’on pourrait appeler la première phase de maturité de la production symphonique de Pettersson. Ce travail est remarquable pour son utilisation parfois pas si subtile d’un seul intervalle (le second), que Pettersson varie et réfracte sous d’innombrables formes. Peut-être que ce qui rend cette oeuvre insaisissable pour certains auditeurs est la répétition de notes apparemment sans but de cet intervalle, avec les contrastes discordants entre la consonance simple et la dissonance violente.

A notre sens la Symphonie n° 5 est l’une des plus grandes symphonies de Pettersson. Non seulement on est impressionné par la façon dont le compositeur peut élaborer une symphonie de 40 minutes à partir des matériaux les plus simples, mais aussi par son contrôle implacable de la tension lente, presque oppressante, de l’œuvre, qui culmine de manière extraordinairement simple mais fracassante à un climax aux proportions cataclysmiques. Si vous êtes réceptif à cette symphonie, elle vous hantera longtemps après l’accord final.

Compte tenu de la profonde familiarité que Lindberg et le SON entretiennent avec l’idiome de Pettersson, il n’est pas surprenant que cet enregistrement soit la nouvelle référence de cette oeuvre. Lindberg évite de se livrer à des extrêmes d’expression et adopte plutôt une approche mesurée et équilibrée, avec son attention méticuleuse habituelle aux détails orchestraux et sa maîtrise technique. Lindberg a également une bonne compréhension de l’architecture à grande échelle de la symphonie, ce qui est particulièrement important ici car Pettersson prend son temps pour en construire les deux points culminants.

Deux autres interprétations de cette oeuvre méritent d’être mentionnées. L’enregistrement précédent de BIS est remarquable par le son froid et solide que tire de l’, qui est particulièrement efficace dans le paysage gelé de l’ouverture de l’œuvre et dans le climax terrifiant avant la coda prolongée. et le l’Orchestre de la radio de Sarrebruck sur CPO accordent une attention supplémentaire à certains détails orchestraux et offrent une performance globale plus cohérente qu’Atzmon. Malgré les mérites de ces versions, Lindberg obtient facilement la version la plus satisfaisante et la plus convaincante du début à la fin.

La Symphonie n° 7 est l’œuvre qui a révélé Pettersson et est probablement sa symphonie la plus accessible. Elle présente des motifs facilement reconnaissables, répétés d’une manière envoûtante, et offre une part de la plus belle musique du compositeur. Comme pour la Symphonie n° 5, Lindberg adopte une approche très équilibrée, poussant peut-être à l’extrême le concept cher à Pettersson de musique comme «pure information». Malgré la nature chargée d’émotion de cette musique, la conception de Lindberg donne toujours l’impression que le compositeur exprime magistralement son métier plutôt que de simplement donner une catharsis sonore à sa douleur et à son isolement. Comme les autres versions de cette série, Lindberg expose chaque détail et chaque couleur tout en conservant un contrôle total sur la structure globale de l’œuvre.

Alors que la gravure de Lindberg est un ajout inestimable à la discographie de la Symphonie n° 7, le grand tromboniste fait ici face à une compétition sérieuse. On ne peut se passer des interprétations de Segerstam (pour ses tempos beaucoup plus larges mais pleins d’anticipation, avec un beau jeu de cordes) ou de Sergiu Comissiona (profondément expressive et émotionnelle avec l’ en pleine forme), mais définir la version de choix est au final une question de préférence personnelle.

En somme, encore un succès au sein de la série Pettersson par Lindberg et le SON, et une autre contribution à la reconnaissance que le compositeur mérite depuis longtemps.

 

Traduit de l’article original en anglais par Jean-Christophe Le Toquin

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  • Michel LONCIN

    Je ne puis que me féliciter de la parution en traduction française de cette critique de Derek HO !!! Surtout que, conformément à leur (triste) habitude, la France et la Belgique francophone sont plus qu’à la traîne dans la connaissance et la reconnaissance de ce GENIE de la symphonie … comme déjà, jadis, s’agissant de Gustav Mahler ou, plus récemment, de Dimitri Chostakovitch … Je me rappelle telle critique (au sens péjoratif du mot !) en la revue Diapason, en 1994, éreintant littéralement la version de Moshe Atzmon de la 5ème Symphonie (accompagnée du concerto pour alto) … on aurait cru lire un « remake » des « critiques » anti Mahler du début du XXème siècle !!!

    S’agissant de la 7ème Symphonie, en dépit des excellentes versions de Dorati et Comissiona (de cette dernière, la SEULE version filmée que l’on peut trouver sur Youtube!), je la « redécouvre » avec celle de Christian Lindberg … Un SOMMET !!!

    Je ne puis qu’exprimer le vœu que Christian Lindberg achève REELLEMENT le cycle complet des symphonies d’Allan Pettersson … c’est-à-dire qu’outre la 12ème, il enregistre AUSSI les Symphonies n° 3, 8, 10, 11 et 15, autrefois gravées par Leif Segerstam qui, inexplicablement, n’a pas continué ce début d’intégrale … Il serait alors le TOUT premier chef d’orchestre à offrir une intégrale Pettersson (comme jadis, Léonard Bernstein, s’agissant de Mahler) …

    • Robert Lambeaux

      … la Belgique à la traîne : of course ! Il n’y a aucune trace d’éveil à la musique (classique) dans l’enseignement primaire et secondaire en Belgique. C’est gravissime. Il suffit de voir les bienfaits de cette musique sur les enfants de banlieue (de El Systema) pour se rendre compte que la Belgique « rate le coche ». Il y a encore quelques professeurs qui amènent leurs classes au concert. Des courageux !

      • Michel LONCIN

        En effet !!! Mais je voulais surtout stigmatiser les programmes des concerts des orchestres belges, en moyenne, un bon DEMI SIÈCLE en retard sur la reconnaissance des VRAIES valeurs musicales (et des GENIES) … Il n’est que de s’édifier des dates « d’acclimatation » de Mahler, Chostakovitch et Bruckner … Alors … Pettersson … Il a encore des années à attendre !!!

        Ce qui soulève l’indignation, c’est le fait que les « éminences » musicologiques faisant la pluie et le … temps en Musique ont ‘l’art » de la « récupération » quand un auteur qu’ils ont « agoni » pendant DES années sort du « purgatoire » … Ainsi, je me souviens avoir soulevé le MEPRIS général quand, en classe de musique contemporaine au conservatoire de Liège (alors, un des « Temples » du sérialisme intégral), j’avais prétendu proposer comme sujet d’étude … Chostakovitch … J’aimerais revoir certains de mes confrères d’alors et leur demander … « QUI avait raison ? … !!! ,

        • Tibbaut M.

          Cher Monsieur Loncin, je dois avoir suivi les cours d’analyse musicale chez Célestin Deliège au Conservatoire de Liège au moment où vous y étiez, c’est-à-dire sous le « règne » de notre fameux Pousseur… Je me souviens comment Deliège avait au cours démoli Poulenc (motif : il était issu d’une famille riche !) et Sibelius (sans argument sérieux, évidemment…) Lors de mon examen pour le Certificat d’analyse musicale, j’ai eu l’immense bonheur d’avoir comme membre du jury le regretté Harry Halbreich avec lequel j’ai discuté de Sibelius qu’il adorait : Pousseur m’a posé une question qui était un non-sens par rapport à la discussion ; je l’ai regardé d’un air moqueur sans lui répondre … et j’ai continué ma discussion avec Halbreich, avant d’aller dîner avec lui par après dans un restaurant liégeois. Avoir obtenu mon diplôme en 1979 avec 85% des points, et constaté que l’on joue et enregistre toujours Poulenc et Sibelius (tandis que Pousseur…) restent parmi les plus grandes satisfactions de ma vie !…

          • Michel LONCIN

            Tout à fait d’accord avec vous !!! J’ai été moi aussi élève en analyse chez Célestin Deliège et eu également le même immense bonheur d’avoir le grand Harry Halbreich comme membre du jury à mon examen (le premier mouvement de la 9ème Symphonie de Mahler) au cours duquel nous avons discuté, lui et moi (mais aussi avec Bernard Foccroulle) de l’orchestration comparée entre Bruckner et Mahler … Un REGAL !!!

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