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James Conlon à Paris : éternel amoureux de Zemlinsky

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez. 26-IV-2018. Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Maiblumen blühten überall ; Lyrische Symphonie op. 18. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Verklärte Nacht op. 4, version pour orchestre à cordes. Aga Mikolaj, soprano ; Christopher Maltman, baryton. Orchestre de Paris, direction : James Conlon

james conlonAu pupitre devant l’, s’attache toujours avec passion à la défense de l’œuvre de Zemlinsky. Il lie une courte pièce du compositeur à la Nuit Transfigurée de Schoenberg, inspirée par le même poète, et montre ce qu’au début du siècle l’élève doit encore au maître. En seconde partie, la Lyrische Symphonie est défendue avec splendeur par la soprano et le baryton .

Retrouvé à l’état de fragment au dos d’une esquisse du Prélude de l’opéra Es war Einmal, le sextuor à cordes avec voix tiré du poème de Richard Dehmel Maiblumen blühten überall (Le Muguet fleurissait partout) est créé en 1997 grâce au travail du musicologue et chef Antony Beaumont. Cette pièce d’ sans doute datée du tout début du XXe siècle attire par ses sonorités mystérieuses et la proximité d’un thème avec l’un de ceux de la Nuit Transfigurée, ouvrage créé pour la première fois pour un effectif de cordes similaire en 1899.

À la Philharmonie de Paris, est au pupitre dès la première œuvre, malgré l’effectif de sextuor, alors qu’une réorchestration pour orchestre à cordes complet est aujourd’hui également disponible grâce au travail du musicologue précité. De cette interprétation du lied ressortent les soli de la première alto et du premier violoncelle, ainsi que la voix pure et claire de la soprano . Le plateau est ensuite ré-agencé pour permettre à un massif orchestre à cordes d’interpréter Verklärte Nacht de Schoenberg, même s’il aurait été intéressant de maintenir l’œuvre à son premier effectif de sextuor pour y montrer encore mieux la proximité avec celle du maître Zemlinsky. Ici, le geste de James Conlon devient plus droit, rigoureux voire presque rigoriste si l’on considère la seconde école de Vienne comme une religion, à l’image de ce qu’a essayé d’imposer dans la sévérité de l’interprétation le musicien René Leibowitz. Cependant, l’ensemble très bien tenu par le chef présente déjà les sonorités chatoyantes des cordes de l’, surtout chez les altos (premier groupe) et les violoncelles (les deux groupes), ainsi que lors des soli du premier violon de Philippe Aïche, dont le son s’ouvre véritablement après la première moitié du poème.

En seconde partie, l’orchestre rentre au grand complet sur la scène de la Philharmonie, jusqu’au magnifique célesta. Comme auparavant, le geste de James Conlon semble d’abord un peu raide, mais rapidement il se libère et démontre l’affinité du musicien avec cette musique, qu’il porte en scène comme dans son cœur depuis plus de quarante ans. Malgré les quatorze ans qui séparent sa dernière prestation, la formation parisienne offre à la Lyrische Symphonie à la fois densité et clarté. En plus de la rondeur des cordes, les cuivres impeccables, cors et premier trombone en tête, magnifient leurs parties, et si les deux premiers mouvements semblent encore parfois tendus en plus de trop couvrir les voix, le son se délie tout à fait à partir du troisième mouvement.

À cette prestation symphonique de grande qualité s’accorde le lyrisme d’Aga Mikolaj, seulement en retrait sur la prononciation de la traduction allemande, due à Hans Effenberg, des poèmes de Rabindranath Thakur. Le texte est bien plus compréhensible dans la bouche du baryton , le léger accent anglais ne venant pas altérer l’engagement du chanteur ni la puissance émotionnelle de son bas-médium. Le premier chant montre déjà la voix pleine et la force interprétative de Maltman, mais cela n’est que prémices au troisième d’une superbe grâce, et plus encore aux derniers instants du septième et ultime chant.

Crédit photographique : James Conlon © Dan Steinberg

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  • Eusebius

    « De cette interprétation du lied ressortent les soli de la première alto »
    Au féminin l’alto est une voix de femme. Pour être plus précis c’est un nom masculin en italien qui a été féminisé par l’usage en français.
    Au masculin l’alto est l’instrument de musique.

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