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Bouleversant Idoménée par David Bösch à Nuremberg

La Scène, Opéra, Opéras

Nuremberg. Opernhaus. 28-IV-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Idomeneo, dramma per musica en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco. Mise en scène : David Bösch ; décors : Patrick Bannwart, Falko Herold ; costumes : Falko Herold. Avec : Ilker Arcayürek (Idomeneo), Ida Aldrian (Idamante), Leah Gordon (Elettra), Ina Yoshikawa (Ilia), Alex Kim (Arbace), Alexey Birkus (Voce di Nettuno). Chœur du Théâtre national de Nuremberg (préparé par Tarmo Vaask) ; Philharmonie nationale de Nuremberg, direction : Marcus Bosch

pfoto_idomeneo_03La prodigieuse mise en scène d’Idoménée par était déjà connue, mais les musiciens du Théâtre de Nuremberg font des merveilles.

Quoi de plus difficile qu’une bonne représentation d’un opéra de Mozart ? C’est sans doute le répertoire que les grandes maisons d’opéra réussissent le moins, et cet Idomeneo du Théâtre de Nuremberg confirme qu’il vaut souvent mieux, pour ce répertoire, aller voir des scènes moins exposées. En l’espèce, le risque était limité par le fait que le théâtre avait choisi d’en demander la mise en scène à , qui avait réussi un Idomeneo très fort il y a quelques années à Bâle, déjà repris en 2016 à Anvers. Il ne s’agit pas ici strictement d’une reprise, et un spectateur doté d’une bonne mémoire visuelle pourrait se livrer au jeu des sept différences ; mais le spectacle conserve ses grandes lignes et ses qualités fondamentales. Peut-être la direction d’acteurs était-elle encore plus précise à Bâle, mais on y retrouve la force du conflit des générations qui parcourt toute la soirée, et les ombres inquiétantes des épreuves véritablement cruelles qu’affrontent les personnages. La fin du spectacle, où Idamante s’effondre sous une dignité royale trop lourde pour lui, dans son smoking impeccable, est d’autant plus forte que, pendant tout le spectacle, la féminité de son interprète, en fille très nature, était évidente.

Bösch réussit particulièrement bien les grandes scènes chorales où le théâtre cède la place à une forme de solennité plus proche de l’oratorio : le destin collectif sert alors d’écrin aux tourments intérieurs des personnages, ces adolescents frémissants en quête d’eux-mêmes, ce héros d’un ancien temps qui ne sait plus où est sa place. Idamante recevant la couronne paternelle s’écroule à la fin du spectacle : qu’elle est douloureuse, cette naissance d’un monde nouveau !

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Revoir ce spectacle bouleversant était une raison suffisante pour se déplacer à Nuremberg. Et la musique, dans une institution de moyenne taille ? La réussite va bien au-delà de nos attentes, et il faut d’abord en remercier , qui dirigeait ce soir sa dernière représentation d’opéra en tant que directeur musical de la maison : il est éminemment responsable de la réussite musicale de la soirée, en ce qu’il parvient à réunir énergie et délicatesse, tout en assurant très efficacement le soutien des chanteurs : il y a du théâtre, de la chair, de l’émotion. Et un travail acharné qui seul peut amener tous les talents réunis à fleurir ensemble – sans oublier un chœur remarquable.

La distribution fait avant tout preuve d’homogénéité : telle ou telle vocalise périlleuse n’est certes pas en place, et on pourrait toujours souhaiter des personnalités plus affirmées encore, mais en termes de qualité des timbres, de musicalité et surtout d’investissement, il n’y a pas grand-chose à désirer. Le rôle-titre est peut-être le plus périlleux des rôles de ténor mozartiens : propose un mélange équilibré entre vaillance héroïque et délicatesse pleine d’émotion, avec un timbre très séduisant qui ne gâte rien. Le trio des dames n’enthousiasme pas à ce point, mais chacune rend pleine justice musicale à son rôle, avec peut-être une préférence pour en Idamante, charnel(le), juvénile et ardent(e). Elettra est toujours, dans ce spectacle, dans une noirceur gothique qui rend le personnage moins présent, mais a des ressources pour exister musicalement. Le plus bel éloge qu’on puisse faire d’une pareille soirée, c’est de parler des récitatifs : il y a des mélomanes qui s’ennuient pendant les récitatifs, comme si la narration ne comptait pas à l’opéra ; ici, ils sont d’une telle intensité dramatique, si précisément intégrés dans le flux musical que les transitions entre récitatif sec, accompagnato et numéros musicaux deviennent presque imperceptibles. Cet Idomeneo, comme œuvre collective, est bouleversant de bout en bout.

Crédits photographiques : © Ludwig Olah

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