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Chostakovitch et Janáček de premier plan au TCE avec Iddo Bar-Shaï

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 3-V-2018. Wolfgand Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour violon et piano en si bémol majeur K. 378 ; Quatuor avec piano en sol mineur K. 478. Leoš Janáček (1854-1928) : Pohadka pour violoncelle et piano. Johannes Brahms (1833-1897) : Deux chants pour voix, alto et piano op. 91. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sept romances sur des poèmes d’Alexandre Blok op. 127. Iddo Bar-Shaï, piano ; Vilde Frang, violon ; Lawrence Power, alto ; Marina Prudenskaya, mezzo-soprano ; Alisa Weilerstein, violoncelle

iddo-bar-shai-2Le programme annoncé, pour le moins éclectique, n’a pas attiré les foules au TCE. Dommage : les quatre solistes rassemblés pour la circonstance autour du piano d’ ont offert un Janáček et un Chostakovitch de premier plan. 

Parmi la crème des jeunes solistes d’envergure internationale, quoiqu’assez peu présents sur la scène française, l’affiche réunissait la mezzo-soprano (qui s’illustre dans Verdi – tout dernièrement dans Le Trouvère à Monaco – et Wagner), la violoniste , l’altiste , la violoncelliste et le pianiste .

La première partie, consacrée à Mozart, n’était certes pas la partie la plus marquante du concert, en dépit du soin apporté à son exécution. La Sonate pour violon et piano K. 378 donne à entendre avec un violon délié, d’une fluidité et d’une légèreté impressionnantes, mais qui tend à s’effacer, à rester dans les nuances piano et peu timbrées, donnant un Andante parfaitement recueilli, mais deux autres mouvements moins captivants. Lui répond un piano au phrasé toujours fin, qui porte davantage la dimension théâtrale et lyrique, évoquant même des personnages d’opéra dans le troisième mouvement. Iddo Bar-Shaï nous avait d’ailleurs déjà séduit en 2006 dans un répertoire proche, avec son enregistrement d’Haydn. Le phrasé des deux artistes est toujours délicieux, les nuances menées avec subtilité et la mise en place d’une grande précision, mais il manque une intention commune. Dans le Quatuor en sol mineur K. 478, contemporain des Noces de Figaro, c’est encore le piano qui porte principalement la narration, parfois suivi par les cordes, parfois moins, et c’est à nouveau l’Andante, tout en expressivité retenue, où les différentes voix se répondent, qui offre des instants de grâce.

e93c7bbfAprès l’entracte, s’épanouit dans Pohadka de , pour violoncelle et piano. Donné au TCE récemment encore (par Fazil Say et Nicolas Nicolas Altstaedt), le « conte », inspiré de vieilles légendes slaves est ici totalement habité par les interprètes. « J’essaye toujours d’impliquer mon corps pour obtenir le meilleur de l’instrument » nous disait la violoncelliste dans un entretien à ResMusica : cette utilisation du corps est ici entièrement dévouée au texte de cette petite pièce avec ses cordes pincées énigmatiques alternant avec ses mélodies romantiques, ses motifs obstinés, ou les mélodies évoquant la musique populaire dans le troisième mouvement. Après ce bijou, les Deux chants op. 91 de Brahms, déjà interprétés par les plus grandes voix, ne déçoivent pas. L’alto de et la voix de dialoguent entièrement à égalité ici, tant dans l’expressivité que dans la couleur de leur timbre, dans Gestillte Sehnsucht (« Désir apaisé ») comme Geistliches Wiegenlied (« Berceuse sacrée ») quand l’alto joue une ancienne berceuse pour l’enfant Jésus en contrepoint au chant. Marina Prudenskaya est tout à son aise dans ce registre de contralto.

Les Sept Romances de Chostakovitch sur des textes du poète symboliste Alexandre Blok concluent le concert. À la lugubre Chanson d’Ophélie, le compositeur avait ajouté six autres pièces, en duo puis en trio avec chaque instrument. Ce répertoire sied à Marina Prudenskaya qui avait par ailleurs déjà enregistré les Mélodies populaires juives de Chostakovitch (Berlin Classics, Clef ResMusica). Elle parvient en effet à capter l’attention dans les pièces d’atmosphère nocturne (La ville dort, Signes secrets) dans lesquelles sa voix surplombe la ligne dépouillée des instruments ; à susciter une lueur d’espoir dans Nous étions ensemble ; et surtout à sidérer par ses aigus puissants et dramatiques qui contrastent avec le violon frénétique de Vilde Frang dans L’Orage, et avec les basses martelées du piano dans Gamaïoun, l’oiseau-prophète, incarnant cet oiseau à tête de femme dont les oracles se mêlent au bruit de l’orage.

Pas de bis, ni de rappel pour ce concert pourtant réussi.

Crédits photographiques : Iddo Bar-Shaï © Jean-Marc Gourdon ; Marina Prudenskaya © Martin Siegmund

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