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False Colored Eyes, le show video tendance Warhol de Liquid Loft

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. Salle Firmin Gémier. 3-V-2018. Liquid Loft. False Colored Eyes (Imploding Portraits Inevitable). Direction artistique, chorégraphie : Chris Haring. Musique, son : Andreas Berger. Lumières, scénographie : Thomas Jelinek. Assistanat : Roman Harrer. Assistanat lumières : Sveta Schwin. Costumes : Julia Cepp. Dramaturgie, texte : Stefan Grisseman. Photographie, régie vidéo : Michael Loizenbauer. Avec Luke Baio, Andreas Berger, Stephanie Cumming, Katharina Meves, Anna Maria Nowak, Arttu Palmio, Karin Pauer (Performance et vidéo en direct).

, compagnie sous la direction artistique de l’Autrichien , livre à Chaillot une performance vidéo étonnante, où sexe, drogue et critique de la société de consommation se mêlent à un hommage à Warhol et à une réflexion sur le corps. Des idées intéressantes, qui rapidement tournent à vide.

False Colored Eyes, pièce créée en 2015 à Vienne, fait partie d’une série de performances du chorégraphe intitulées Imploding Portraits Inevitable, en référence aux Exploding Plastic Inevitable d’. Cette première française se déroule dans la salle Firmin Gémier où le dispositif scénique est inhabituel : des caméras mobiles, avec pieds et câbles, sont installées sur la scène, qui est entourée par des écrans.

Car ici le film s’écrit en direct : les danseurs dirigent les caméras les uns sur les autres et leurs mouvements sont projetés en grand sur les écrans, comme un dédoublement des corps visibles sur scène. La référence à Warhol et sa Factory, à ses screen tests et aux performances Exploding Plastic Inevitable des années 1966-1967 est omniprésente. Sur les airs du , on plonge dans un univers rock, où les corps se mêlent, se caressent, où l’on parle de sexe, de défonce. Des visages apparaissent en gros plans, et figent leurs expressions de manière comique. L’œil de la caméra va jusqu’à plonger dans l’intimité des corps, détaillant un pied, un coude, l’intérieur d’une bouche, les pores de la peau, la pilosité.  Juxtaposées, les images construisent des créatures imaginaires ou monstrueuses, amènent le spectateur à voir le corps autrement. Le connu devient étrange : l’intérieur d’une glotte prend des allures de caverne, une bouche ressemble à un sexe. L’érotisme est omniprésent mais détourné de son objet car le corps, décortiqué comme sous l’œil de l’imagerie médicale, perd toute connotation sensuelle.

Si les effets visuels sont parfois bluffants, l’effet de surprise finit par s’essouffler et le dispositif à tourner à vide. Peut-être est-ce en partie à dessein : cet ego-trip narcissique viserait à renvoyer la société post-moderne à elle-même. Mais on regrettera que la grande absente du projet soit la danse. Car exceptées les ondulations des corps entremêlés, les secousses et les gestes convulsifs, on cherchera en vain des éléments d’expression chorégraphique.

Il est dommage que le dispositif vidéo – aussi intéressant soit-il – n’ait pas été utilisé pour interagir avec des corps dansants et se complaise dans un registre d’auto-contemplation qui ne permet pas une véritable immersion du spectateur.

Crédits photographiques : © Michael Loizenbauer

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