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Avec Keenlyside, intense Rigoletto à Berlin

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Deutsche Oper Berlin. 11-V-2018. Giuseppe Verdi (1813-1883) : Rigoletto, opéra en trois actes et quatre tableaux de Giuseppe Verdi, sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce de Victor Hugo Le roi s’amuse. Mise en scène : Jan Bosse. Décors : Stéphane Laimé. Costumes : Kathrin Plath. Avec : Stephen Costello, Duc de Mantoue ; Simon Keenlyside, Rigoletto ; Albina Shagimuratova, Gilda ; Derek Welton, Comte de Monterone ; Byung Gil Kim, Comte de Ceprano ; Nicole Haslett, Comtesse de Ceprano ; Sam Roberts-Smith, Marullo ; Paul Kaufmann, Matteo Borsa ; Tobias Kehrer, Sparafucile ; Judit Kutasi, Maddalena/Giovanna ; Dean Murphy, un serviteur ; Meechot Marrero, une dame. Chor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœurs : Jeremy Bines). Orchester der Deutschen Oper Berlin, direction musicale : Guillermo García Calvo.

2018WARigoletto132ShagimuratovaKeenlysideHabitués aux Wagner-Tage ou Strauss-Tage, la Deutsche Oper Berlin s’essaye cette saison aux Verdi-Tage (« Journées Verdi ») en utilisant six de ses productions d’opéras autour du compositeur italien, dont les trois de sa Trilogie Populaire. Parmi Nabucco, Don Carlo, Rigoletto, La Traviata, Il Trovatore et Un Ballo in Maschera joués en mai, commençons par Rigoletto et le plaisir de retrouver en très grande forme vocale autant que très bien entouré.

Notre récent article Opinions posait la question de ce qu’est le Regietheater aujourd’hui. Il semble que les productions qui s’accordent le mieux à cette terminologie ne soient pas celles auxquelles on pense en France, mais bien plus les allemandes, comme cette mise en scène du Rigoletto de Verdi par à la Deutsche Oper. Créée en 2013, cette proposition redessine sur scène la salle de l’opéra berlinois et met donc le public face à son propre miroir. Derrière cette idée, évidemment, on trouve la démonstration que nous sommes tous coupables lorsque le chœur moque Rigoletto, ou pire, la notion moralisatrice que tous participent au côté des plus forts à la conspiration contre le plus faible.

Pour autant, le décor de très bonne facture de Stéphane Laimé trouve rapidement ses limites face au livret tiré du Roi s’amuse de Victor Hugo. Il y a certes quelques effets efficaces, comme l’utilisation de lanceurs de serpentins dans le public lors de la fête initiale à Mantoue, ou encore lorsqu’une partie des fauteuils en gradins de la scène s’élève pour laisser place aux arcanes de la salle, devenues le triste lieux dans lequel vit le bouffon avec sa fille. Ce décor une fois délaissé, la dernière scène présente les rangées des sièges retournées et le plateau presque nu afin de mettre en avant le désespoir de l’homme face à son erreur. Au moins la dramaturgie est-elle bien travaillée, tandis que des costumes, on retient Rigoletto entré en lapin fait de strass doré, puis lorsqu’il ne joue plus son rôle comique, le même bouffon habillé en pierrot, avec toute la tristesse qui accompagne la perception de ce clown blanc.

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Le rideau déjà ouvert lorsque le public entre dans la salle, il ne reste alors à Guillermo García Calvo qu’à débuter le drame en fosse. Le chef espagnol sait que dans ce système de répertoire à la Deutsche Oper, il n’a eu aucune répétition avec le cast et moins d’une heure pour préparer l’orchestre. Il lance donc cette grosse artillerie avec puissance dans les premiers accords, en cherchant tout au long de la soirée à se servir de la force de cette formation plutôt qu’à tenter d’y chercher une souplesse qu’il n’aurait pu trouver qu’après de multiples répétitions. Le résultat est plus qu’efficace et s’adapte toujours aux chanteurs, même lorsque ceux-ci surprennent en modifiant leur tempo en plein milieu d’une aria. Le chœur non plus n’a pas eu le même temps de répétition qu’en début de saison pour la reprise d’Aida, et s’il montre tout de même plus d’italianité qu’il y a quelques années, il convainc plus par sa ferveur et sa mise en place que par son style et sa diction.

Les seconds rôles issus de la troupe connaissent leur métier, et tant Dean Murphy en serviteur que en Dame de Maison, tant en Matteo Borsa que et pour le couple Ceprano convainquent lors de leurs courtes interventions. Sam Roberts-Smith est déjà plus visible dans le rôle de Marullo, qu’il aborde avec une diction et une voix claires. a la lourde tâche de donner la malédiction de Monterone à Rigoletto ; assis dans le parterre pour sa première intervention, il doit rejoindre la scène sans avoir pu se chauffer depuis plus de trente minutes. Il faut attendre un peu avant que la voix ne reprenne toute sa corpulence dans le bas-médium et son retour en seconde partie se montre plus facile. Le Sparafucile de impressionne dès son apparition par la noirceur des graves, et tient la dernière note sur son nom plus d’une dizaine de secondes en quittant la scène. propose d’abord une Giovanna souple avec une belle palette de couleurs dans tout le médium. Elle revient ensuite en Maddalena et tente d’apporter à son timbre quelque gravité : c’est une prestation impeccable.

Des trois rôles principaux, le Duc de Mantoue est parfaitement tenu par , la beauté du timbre s’alliant à une projection droite pour un chant très audible même lorsqu’il vient des coulisses. Le style n’est jamais trop surfait, malgré la difficulté à donner de la mesure à ce personnage qui ne chante presque que des arias. La Donna e Mobile débute magnifiquement et est encore mieux conclue à l’aigu lors de sa reprise en fond de scène. s’intègre parmi les superbes Gilda récentes, avec un contrôle du souffle et une gestion des piani qui montrent la qualité technique et l’exceptionnelle tenue du chant chez cette habituée du répertoire bel cantiste. Le duo puis le finale avec Rigoletto trouvent une superbe intensité, d’autant qu’elle accompagne l’un des plus grands acteurs de cette décennie. est à présent revenu à son plus haut niveau et si l’incarnation du personnage fascine toujours autant, le chanteur passionne également lorsqu’il ouvre la bouche, notamment dans les moments graves, dont l’air Cortigiani, vil razza dannata et son touchant finale.

Crédits photographiques : © Bettina Stöß

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