philharmonie de paris 0718

Des inédits de la radio allemande signés Wilhelm Backhaus

À emporter, Actus Prod, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 3, 21 et 29 ; Concerto pour piano n° 5. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n° 2 ; Valses pour piano solo op. 39 n° 1, 2 et 6. Wilhelm Backhaus, piano ; Südfunk-Sinfonieorchester ; direction : Joseph Keilberth (Beethoven) et Hans Müller-Kray (Brahms). 3 CD SWR Music. Enregistré le 12 décembre 1953 (sonates de Beethoven), le 2 décembre 1959 (tout Brahms) et le 15 mars 1962 (concerto de Beethoven), en concerts publics, à Ludwigsburg (sonates de Beethoven) et Stuttgart (le reste) en Allemagne. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée : 2:49:57

 

backhausIl y a quelque temps, le label SWR Music a ouvert ses archives en vue de rendre disponibles des trésors d’enregistrement radio qui complètent et embellissent le paysage de la phonographie allemande. Parmi ceux-ci, on découvre, entre autres, des gravures inédites signées , reproduites à partir de bandes qui sommeillaient depuis plusieurs dizaines d’années.

, l’un des pianistes germaniques les plus respectés de sa génération, se cantonna, après la Seconde Guerre mondiale, à l’exécution des œuvres de Beethoven et, en deuxième lieu, de Brahms, ses compositeurs de prédilection. Ce sont certaines de leurs œuvres – « classiques » par la forme, et « romantiques » par l’expression – que l’on trouve sur cet album.

La découverte commence par un récital que Backhaus donne dans le château de Ludwigsburg en décembre 1953, pour lequel il propose trois sonates de Beethoven, qui marquent des périodes différentes de l’activité créative et artistique de celui-ci : la jeunesse, la maturité et l’étape de la souffrance due à la surdité déjà avancée. Malgré une sonorité un peu réverbérée de ces gravures, le jeu du pianiste est bien défini ; on distingue son toucher aussi subtil que puissant, ainsi que sa palette de nuances riche, qui, dans les mouvements lents, confèrent à ses exécutions un cachet élégant et gracieusement habité par la tendresse. En dépit des contrastes dynamiques relativement forts et des changements de tempo fluides, la lecture de la Sonate en ut majeur saisit par la pureté formelle et la mise en lumière de la polyphonie. Pour la sonate « Waldstein », les mouvements extrêmes sont pleins de verve, voire de fièvre (et de fougue dans les climax qui, exempts de violence, impressionnent par la limpidité des textures), tandis que le mouvement central se laisse apaiser par une cantilène empreinte de mélancolie. Pour la sonate « Hammerklavier », Backhaus fut, comme le salue Stephen Kovacevich dans le livre Great Pianists of the 20th Century (joint au coffret portant le même titre, édité en 1998 par Philips Music Group), le seul pianiste à avoir compris la complexité de cette partition. Si on ressent une légère précipitation dans la présentation du premier thème de l’Allegro initial, on est ébloui par la délicatesse du second motif, ainsi que par le côté chantant des phrasés – tantôt plaintifs, tantôt contemplatifs – de l’Adagio sostenuto (Appassionato e con molto sentimento), peut-être même le plus lyrique qui ait jamais été gravé au disque.

Pour ce qui est de l’exécution du Concerto en mi bémol majeur de , on apprécie avant tout la plasticité des phrasés, tout autant que la douceur et le raffinement des teintes de l’Adagio un poco mosso, proposé par Backhaus avec noblesse du geste et poésie renvoyant à l’intimité des Nocturnes de Frédéric Chopin. Voici « des canons dissimulés sous des fleurs », devrait-on dire de cette prestation, en empruntant la fameuse constatation de Robert Schumann qui s’exprimait ainsi des Mazurkas du compositeur polonais. Si la finesse plane sur l’interprétation de l’Adagio central, les deux autres mouvements emportent par l’ambiance impériale et des élans de bravoure – atténuée çà et là par quelques erreurs digitales –, mais convainquent aussi par le sens des couleurs. Tout cela s’harmonise parfaitement avec l’accompagnement musical de l’Orchestre symphonique de la radio de Stuttgart dirigé par , qui accorde de l’attention aux moindres détails de cette page.

En ce qui concerne l’exécution du Concerto en si bémol majeur de , notre enthousiasme est moins immédiat. D’abord, en raison de l’accompagnement lourd et sans saveur de la phalange stuttgartoise, cette fois-ci placée sous la baguette de Hans Müller-Kray qui ne sait pas porter l’architecture de l’œuvre à un ensemble homogène. Deuxièmement, parce que le soliste semble ne pas être en forme ; il rate un certain nombre de touches, précipite un brin le mouvement au début de l’Allegro appassionato, et – par moments dans le final – il cadence la phrase musicale d’une manière artificielle. Malgré cette réserve, sa prestation a de réelles qualités : Backhaus fait preuve d’une grande musicalité et d’une force physique rare à son âge (au moment de l’enregistrement, il avait plus de 75 ans) ; on se délectera surtout du jeu se refusant toute mièvrerie, et de ses sonorités denses et profondes. Les trois Valses données en bis sont tissées avec légèreté, mais, de nouveau, non sans « canards » perturbant l’écoute.

Avec les applaudissements du public éludés à la fin de chaque exécution, ces enregistrements live captivent par la qualité des interprétations des œuvres de Beethoven, imprégnées de grandeur, distinction et d’une ineffable poésie. Voici un album qui devrait intéresser tous les admirateurs du compositeur de Bonn.

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.