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Porpora mis à l’honneur par Max Emanuel Cenčić

À emporter, CD, Opéra

Nicola Antonio Porpora (1686-1768) : Germanico in Germania, dramma per musica in tre atti, sur un livret de Nicola Coluzzi. Avec : Max Emanuel Cenčić, Germanico ; Mary-Ellen Nesi, Arminio ; Dilyara Idrisova, Rosmonda ; Hasnaa Bennani, Cecina ; Julia Lezhneva, Ersinda ; Juan Sancho, Segeste. Capella Cracoviensis, direction : Jan Tomasz Adamus. 3 CD Decca. Enregistré du 23 juillet au 3 août 2016. Notice de présentation trilingue (anglais, français et allemand). Durée : 75:44, 72:50 et 69:44

Nicola Antonio Porpora (1686-1768) : « Se tu la reggi al volo » et « Lieto sarò di questa vita » extraits de Ezio ; « Torbido intorno al core » extrait de Meride e Selinunte ; « Tu spietato non farai » extrait de Ifigenia in Aulide ; « Over l’erbetta tenera e molle » et « D’esser già parmi quell’arboscello » extraits de Filandro/Philander ; « Destrier che all’armi usato » extrait de Poro ; « Chi vuol salva la patria e l’onore » extrait de Enea nel Lazio ; « Va per le pene il sangue » et « Torcere il corso all’onde » extraits de Il trionfo di Camilla ; « Se rea ti vuole il cielo », « Quando s’oscura il cielo » et « So che tiranno io sono » extraits de Carlo il calvo ; « Nume che reggi il mare » extrait de Arianna a Naxos. Avec : Max Emanuel Cenčić, contreténor. Armonia Atenea, direction : George Petrou. 1 CD Decca. Enregistré en mars et septembre 2017. Notice de présentation trilingue (anglais, français et allemand). Durée : 76:00

 

GermanicoCoup double de la part de . À côté d’une magnifique intégrale d’opéra enregistrée en première mondiale, il nous livre un récital entièrement consacré à des airs de Porpora. Double occasion de redécouvrir un des grands maîtres de l’opéra baroque du XVIIIe siècle.

La pièce-maîtresse de ce qu’il faut bien appeler l’opération Porpora est constituée de l’intégrale de l’opéra séria Germanico in Germania. L’histoire, dans les grandes lignes, est la même que celle mise en musique dans les Arminio de Haendel, Hasse, Bononcini, etc., même si le dénouement du livret de Nicola Coluzzi peut laisser perplexe. Là où, chez Haendel et autres, la figure d’Arminio (Hermann en allemand) se présentait comme un héros de la résistance de l’Allemagne contre le joug romain, le même personnage, ici, finit par se ranger à l’avis de tous ceux qui prônent une attitude plus conciliatrice – pour ne pas dire « collaboratrice »… – vis-à-vis de l’envahisseur. Dommage que le texte de présentation de l’opéra, d’une inhabituelle indigence pour le label Decca, ne nous en dise pas plus sur les enjeux politiques et historiques d’un ouvrage dont on aimerait savoir un peu plus que les circonstances musicales de la création. L’opéra souffre par ailleurs d’un livret plutôt bavard (de nombreux récitatifs dépassent les sept-huit minutes…) et assez inefficace sur le plan dramatique. Il offre cependant de beaux portraits de personnages tourmentés, à la psychologie riche et juste, même si relativement peu évolutive. La musique, fort heureusement, est particulièrement riche, même si, en vertu des principes de l’opéra séria de cette période, elle est surtout destinée à mettre en valeur les qualités vocales des interprètes chargés de la servir. Même l’instrumentarium relativement riche (belles parties pour deux cors, notamment) a visiblement pour fonction de souligner et de mettre en valeur l’écriture pour la voix. On notera ainsi la présence de superbes récitatifs accompagnés, ainsi que de plusieurs ensembles vocaux, dont un magnifique duo entre Arminio et son épouse Rosmonda, et surtout un très inhabituel trio sur lequel se clôt le deuxième acte.

Les amateurs de virtuosité vocale seront au septième ciel, car aucun des personnages de cet ouvrage n’a un rôle véritablement secondaire, et tous ont été distribués avec soin et pertinence. Seul personnage à avoir été confié à un chanteur masculin lors de la création, Segeste, est ainsi interprété par le ténor espagnol , habitué désormais des réalisations menées par le groupe Parnassus Arts Productions. On retrouve sa virtuosité habituelle, même si la voix paraît plus sèche qu’à l’accoutumée. Le ténor est rejoint ici par les sopranos Dilyara Idrisova et Hasnaa Bennani, dont on découvre au disque les qualités déjà remarquées ces dernières années à la scène : discipline de la vocalise et des phrasés, conviction dramatique pour la première, ineffables demi-teintes pour la deuxième. De , dans le rôle du résistant Arminio, on reconnaît l’art de dire les mots et de faire vivre le texte, même si le timbre n’est sans doute pas des plus flatteurs. Peut-être à la limite d’une certaine aigreur vocale, qu’il conviendrait de contrôler dans les années à venir, se montre comme à l’accoutumée maîtresse absolue des vocalises les plus ébouriffantes, conduites à une vitesse exceptionnelle. Quant à , dans le rôle de Germanico, il est concilie véritablement maîtrise vocale et sens du théâtre. Sa prestation, dans ce rôle d’envahisseur rempli d’humanité, est parfaitement convaincante à tous points de vue.

Arias PorporaOn retrouve toutes ces qualités dans le très beau florilège d’arias qui s’ouvre, et ce n’est sans doute pas un hasard, sur le même extrait d’Ezio sur lequel débutait autrefois le récital consacré à Porpora par . Moins extraordinaire selon nous sur le plan strictement vocal, Cenčić n’en trouve pas moins ses marques par la beauté et la dignité de la ligne, par ce timbre chaud et aux infinies variations de couleur, ainsi que par la variété des accents qu’il met au service de ses personnages. Alternant passages à la vocalisation rapide et morceaux plus introspectifs, le disque s’écoute d’un seul tenant sans engendrer la moindre monotonie.

Même si l’on a rien à redire sur la précision ou la musicalité de la choisie pour l’opéra en intégrale, on avoue une nette préférence pour la dynamique que insuffle, dans le récital, à ses instrumentistes de l’. Peut-être eût-il été plus judicieux, afin de rendre l’opéra encore plus excitant sur le plan dramatique, de faire appel aux musiciens grecs pour l’enregistrement de l’intégrale.

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