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Welcome Offenbach

À emporter, Essais et documents, Livre

Voyage en Amérique. Jacques Offenbach. Le Castor Astral, Pantin. 206 pages. 14 €. Avril 2018.

 

Livre Voyage en AmériqueUnique opus de la carrière littéraire du célèbre compositeur , ces quelques Notes d’un musicien en voyage se révèlent légères et amusantes, mais offrent peu d’intérêt pour les mélomanes.

Criblé de dettes, le « Mozart des Champs-Élysées » accepte en 1876 une tournée américaine de quatre mois, entre New York et l’Exposition universelle de Philadelphie. Tentative d’essai sociologique voire anthropologique, c’est à travers une prose simple et facile à lire que s’étonne des habitudes et autres mœurs des Yankees. À croire qu’à travers cet écrit, c’est plus le mari qui s’exprime, l’ouvrage étant dédié à sa femme. Cette impression se confirme dès les premières pages où Offenbach écrivain retranscrit mot pour mot un courrier destiné à son épouse afin de narrer sa traversée maritime.

C’est telle une superstar du show-biz que le compositeur français est accueilli dans le Nouveau Monde, à l’image de Lady Gaga ou de Jay Z qui connaissent eux aussi les foules en délire devant les hôtels où ils logent pour quelques jours : « De la lumière électrique partout, on se serait cru en plein jour. Au-dessus du balcon de l’hôtel était écrit en grosses lettres : WELCOME OFFENBACH. Un orchestre d’une soixantaine de musiciens me donnait une sérénade. On jouait Orphée, La Grande Duchesse. Je n’ose pas vous dire les applaudissements, les cris de « vive Offenbach ! »

Poursuivi par des admirateurs en quête d’un autographe (« J’ai été abordé, suivi et poursuivi dans les restaurants, dans les jardins publics, dans les théâtres et jusque dans les rues par des collectionneurs acharnés qui voulaient à toute force obtenir quelques lignes de mon écriture. »), enrichi, concert après concert, de cachets à 1 000 dollars la soirée (« Pour lui, Américain, ce n’est pas le brio de cette musique étincelante et brillante qui l’enlève, qui le fera applaudir, bisser : c’est ce chiffre de 1 000 dollars. »), le musicien Offenbach ne s’étend pourtant pas beaucoup sur son expérience personnelle en tant que chef d’orchestre. « Je me suis juré de parler le moins possible de moi. » Les mélomanes ne se retrouveront donc pas à la lecture de ces courts chapitres, les expériences musicales s’y comptant sur les doigts d’une main : entre un concert de musique sacrée annulé alors que les affiches sont placardées dans toute la ville, et une expérience orchestrale malheureuse où, malgré les fausses notes, l’artiste ne perd pas son sens de l’humour (« Si j’avais su, je l’aurais laissé dormir. Cet animal-là, au lien d’entonner la dièze, attaque un mi dièze de toute la force de ses poumons. Cinq tons plus haut ! La malheureuse artiste qui joue Clorinde suit naturellement l’ascension naturelle et prend la mélodie également cinq tons plus haut. L’orchestre, qui n’entre pas dans tous ces détails, continue à jouer cinq tons plus bas. On peut juger d’ici de la cacophonie. »), il y a en vérité peu de choses à se mettre sous la dent.

Dans cet essai, l’artiste préfère offrir au lecteur quelques anecdotes amusantes de son quotidien de voyageur (celle relative aux garçons de restaurants se révélant particulièrement drôle) plutôt qu’une réflexion poussée sur l’organisation et le fonctionnement du secteur culturel américain. Quelques idées toutefois : l’émancipation artistique encore sous influence européenne, et la constitution de véritables troupes d’opéra et de conservatoires nationaux au bénéfice d’une musique authentiquement américaine. Offenbach laisse vingt ans aux Américains pour se doter d’une véritable tradition musicale. L’opérette américaine devra encore attendre quelques décennies pour voir le jour, mais l’avenir lui donnera raison avec la fondation de la Metropolitan Opera House sept ans plus tard, des Boston Symphony Orchestra et Philadelphia Orchestra, ainsi que des futurs Carnegie Hall (New York Music Hall) et Juilliard School (Institute of Musical Art).

Une lecture facile et rapide, agréable si l’on n’en attend pas grand-chose sur l’art et les réflexions musicales d’Offenbach.

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