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Philippe Jordan et les Wiener Symphoniker décevants dans Strauss

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 4-VI-2018. Richard Strauss (1864-1949) : Don Quichotte, variations symphoniques fantastiques sur un thème chevaleresque op. 35 ; Une Vie de héros (Ein Heldenleben), poème symphonique op. 40. Gautier Capuçon, violoncelle. Wiener Symphoniker, direction : Philippe Jordan

716Les héros straussiens semblaient bien fatigués lors de ce concert de l’ à la Philharmonie de Paris où orchestre, chef et soliste peinent à se hisser à la hauteur de la tâche…

Déjà présent sur cette même scène en mars dernier, , alors à la tête de son Orchestre de l’Opéra National de Paris, avait unanimement séduit dans une intégrale des symphonies de Tchaïkovski. Retour à la Philharmonie ce soir, dans le cadre d’une tournée avec son orchestre viennois, le WSO, dont il est directeur musical depuis 2014. Comparaison inévitable, et force est de reconnaître que la mise en miroir des deux orchestres ne plaide pas en faveur de la phalange viennoise, malgré un programme taillé sur mesure associant Don Quichotte avec en soliste, et Une vie de héros.

On sait l’amour du chef suisse pour le beau son bien lissé, et son excellence reconnue dans les passages lyriques ; on connaît aussi, parfois, ses difficultés dans les passages plus tourmentés où il peine à maintenir la ligne et la tension dans une narration qui prend, alors volontiers, un aspect un peu décousu… Don Quichotte, à cet égard, constitue un indiscutable piège du fait du caractère très narratif de la partition : se perd un peu dans le jeu des variations. Dès l’introduction, la phalange viennoise déçoit par la sonorité un peu rêche des cordes, une mise en place douteuse et des attaques manquant de franchise. Seule la petite harmonie parvient à rendre compte de la richesse et de l’humour de l’orchestration straussienne. La direction de n’est, hélas, pas plus convaincante, confuse et sans tension, conduisant rapidement à l’ennui… Seul moment de grâce, la cinquième variation (Veillée d’armes) qui par son climat de doux épanchement poétique retrouve, enfin, un indicible charme dans la cantilène magnifique du violoncelle de , soutenu par un excellent pupitre de cors. En bis, comme pour compenser cette interprétation décevante car, somme toute, assez ordinaire, , en compagnie de Herbert Müller à l’alto, offre au public une superbe transcription d’un Prélude de Chostakovitch.

Après la pause, les mêmes causes reproduisant les mêmes effets, le poème symphonique Une Vie de héros ne séduit guère plus. L’interprétation manque de liant, plus épaisse que dense, mais il s’en dégage toutefois une petite harmonie de belle tenue, un violon solo () très lyrique et un superbe cor solo ().

Orchestre viennois oblige, le WSO conclut, sur un clin d’œil, cette soirée qui ne restera pas dans les mémoires, avec la Danse hongroise n° 5 de Brahms et la Trisch-Trasch Polka de Johann Strauss.

Crédit photographique : Philippe Jordan © Johannes Iflovits

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