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Les Concertos de Bartók édulcorés de Renaud Capuçon

À emporter, CD, Musique symphonique

Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour violon et orchestre n° 1 Sz. 36 ; Concerto pour violon et orchestre n° 2 Sz. 112. Renaud Capuçon, violon. Orchestre symphonique de Londres ; direction : François-Xavier Roth. 1 CD Erato. Enregistré en octobre 2017 au Jerwhood hall, LSO, St Lukes, de Londres. Durée : 60:11

 

bartok capuçon publie sa vision des deux concertos pour violon de . Il est desservi par un peu impliqué et un analytique.

Trente ans séparent ces deux concertos. Longtemps demeuré partiellement inédit, le premier marque l’exaltation amoureuse du jeune compositeur pour la violoniste Stefi Geyer (1888-1956) qui repoussa ses avances. En deux mouvements, contrastés, mais unifiés par un même motif de quatre notes, il trace le portrait idéalisé de la femme aimée sans retour (Andante sostenuto, repris textuellement par le compositeur comme premier des Deux portraits opus 5) puis de l’artiste admirée (Allegro giocoso), volet demeuré inédit jusqu’en 1958. Créé à Amsterdam en 1939, et composé à l’instigation du virtuose hongrois Zoltán Székely, alors konzertmeister de l’orchestre du Concertgebouw, le second concerto évolue dans une ambiance tendue très marquée par les incertitudes politiques européennes et les menaces de guerre dévastatrice de plus en plus pressantes. Ces œuvres ont souvent été magnifiquement servies au disque. Il faut donc un certain courage à tout violoniste, fût-il de grand renom comme , pour en entreprendre une nouvelle gravure. Cet enregistrement bénéficie du reste d’une prise de son exemplaire, très audiophile, et dans une perspective sonore ne privilégiant pas trop le soliste au détriment de l’orchestre.

L’Andante sostenuto du premier concerto laisse augurer un très grand disque, tant par le soin apporté aux phrasés, que par la sonorité enjôleuse du soliste. Les choses se gâtent quelque peu dès l’Allegro giocoso quasi enchaîné, essentiellement par la faute de la direction de , trop peu incisive, et par la sonorité presque pâteuse d’un que l’on a connu plus empathique ou tranchant.

L’interprétation du second concerto est encore plus déroutante. Il faut rappeler que pour cette œuvre, Bartók avait d’abord songé à un cycle de variations à grande échelle, dont les stigmates sont évidents (coupe formelle de l’Andante tranquillo central, Allegro molto final qui est la métamorphose géante et méphistophélique de l’Allegro non troppo initial). La présente version montre dans sa réalisation un incontestable sens de l’architecture de la grande forme ou du discours formel global, mais, revers de la médaille, souffre d’une trop grand linéarité d’approche. Côté violon, l’aspect rhapsodique, le legato trop immanent, la recherche du « beau son » à tout prix vont parfois à l’encontre des phrasés indiqués dans la partition ou des rebonds et ruptures nécessaires à la directionnalité du discours. On souhaiterait une humeur plus versatile, une sonorité aux moments cruciaux plus râpeuse, et une vision moins uniment léchée, telle la version captée, imparfaite mais émouvante, de la création qui laisse perler les vraies intentions de l’auteur ! Côté direction, François-Xavier Roth, avec son approche efficace, mais peu creusée, tire plutôt l’œuvre vers la nouvelle objectivité d’un Hindemith, très éloignée de la prospective renouvelée du concept concertant selon le compositeur hongrois. Où sont passées l’urgence dramatique, la peur panique ou la noirceur qui irriguent ce chef-d’œuvre ? Et dans un tel contexte quelque peu dénervé, partagés entre réalisme et esthétisme, soliste et chef jouent-ils vraiment la même partition ?

Bref, cette approche partiale et partielle ne tient pas vraiment ses promesses, et aura bien de la peine à s’imposer au sein d’une discographie aussi passionnante que pléthorique. En vrac, citons pour ce seul deuxième Shaham/Boulez (DG), Mutter/Ozawa (DG), voire avec le même orchestre londonien Perlman/Previn (Warner), ou encore Tetzlaff/Gielen (à rééditer chez Warner-Erato), outre, côté historique Menuhin/Furtwängler (Warner), Varga/Fricsay (DG), Gertler/Ancerl (Supraphon). Pour le couplage, thésaurisons outre les CD Hungaroton épuisés de Kelemen/Kocsis, l’épure d’Isabelle Faust en compagnie de Daniel Harding (Harmonia Mundi), l’approche dramatique et fruitée de Tetzlaff/Lintu (Ondine) ou surtout la vision urgente du tandem Ehnes/Noseda (Chandos) qui, en prime, offre une splendide version du concerto inachevé pour alto !

Au final, Capuçon est desservi par un London Symphony Orchestra peu impliqué et une direction de François-Xavier Roth plus analytique et objective que vraiment dramatique. Par ses options, le violoniste français joue la carte du beau son et pèche par une certaine linéarité, au détriment de l’expressivité de ces pages.

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