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Avec Justin Taylor, le clavecin à couper le souffle

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre Grévin. 11-VI-2018. Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates K. 32, K. 492, K. 27, K. 115, K. 208, K. 18, K. 175, K. 213, K. 141, K. 481, K. 239 et K. 519 ; György Ligeti (1923-2006) : Passacaglia ungherese ; Continuum. Justin Taylor, clavecin

justin_taylor_c_jb_millotAccompagnant la sortie de son dernier disque consacré à Scarlatti et Ligeti (chez Alpha), était en récital au théâtre du musée Grévin.

Dans ses pièces pour clavecin, a montré des points communs assez frappants avec : recherche formelle, expérimentation sonore et virtuosité. C’est ce rapprochement que fait avec réussite . Passacaglia ungherese, parfaitement maîtrisée de l’exposition de l’ostinato descendant aux passages les plus contournés et les plus virtuoses, est entourée de deux sonates de Scarlatti qui lui font écho. La K. 115 Allegro qui précède est étrange sous bien des aspects, semblant chercher sa tonalité et sa direction. Des intermèdes un brin sucrés, joués ici sur le registre supérieur, ajoutent à l’incertitude de l’auditeur. La K. 208 qui suit, Adagio e cantabile, présente d’autres similitudes, bien mises en évidence par le claveciniste : caractère hésitant, semblant en recherche, éléments d’obstination (pédale à la main gauche, motifs répétés à la main droite), excursions aux confins de la tonalité, alors que Ligeti en 1978 pouvait bien plus facilement s’en affranchir.

Quant à Continuum (1968) qui clôt le programme, il s’agit d’une pièce époustouflante qui joue sur l’impression de continuité du son grâce à des notes répétées à très vive allure. Justin Taylor en réussit les effets, faisant entrer l’auditeur dans une sorte de sidération qui va bien au-delà de l’admiration pour la virtuosité déployée. Chez Scarlatti font écho à cette pièce les passages virtuoses très rapides et les notes répétées dont nombre de sonates sont parsemées, comme la K. 519 qui la précède, ou la K. 141 ici parfaitement maîtrisée.

Ces deux pièces de Ligeti sont frappantes, mais le programme de ce soir penche largement en faveur de Scarlatti, et c’est toujours une bonne chose d’entendre un claveciniste se plonger longuement dans ces sonates. Justin Taylor en a choisi douze qui lui permettent d’explorer beaucoup de facettes de ce compositeur. La K. 32, Aria simple et apaisé qui ouvre le concert, laisse ainsi la place à des sonates beaucoup plus denses. Certaines semblent se contenter d’une opulence sonore (K. 18 Allegro) ; d’autres sont très expressives dans leur fougue parsemée de véritables accords de guitare (K. 175 et K. 239 Allegro notamment), ou dans un chant plein de douleur (K. 213 Andante en mineur, longue et complexe). Tout au long de ce concert joué entièrement par cœur, Justin Taylor impressionne par son jeu souple et parfaitement ciselé. Les changements de registres sont judicieux. Chaque note trouve sa place dans un discours maîtrisé, mais dont l’interprète sait souligner l’inventivité. Tout juste pourrait-on regretter un manque de respiration dans les longs rubans de notes, comme dans la sonate K. 27, mais ce n’est peut-être pas chez Scarlatti que ce reproche est le plus pertinent.

Sûrement est-ce aussi le fait d’un programme plus cohérent, mais Justin Taylor semble avoir bien mûri depuis le récital de l’année dernière donné dans les mêmes conditions. Le jeune claveciniste s’impose décidément comme un des meilleurs de sa génération.

Crédit photographique : © Jean-Baptiste Millot

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