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Sinuous Voices, l’univers singulier d’Ondřej Adámek

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Ondřej Adámek (né en 1979) : Sinous voices (2004) ; Conséquences particulièrement blanches ou noires concerto (2007-2008) ; Ça tourne, ça bloque (2007-2008). Ensemble Orchestral Contemporain, direction : Daniel Kawka et Ondřej Adámek, Air machine : Roméo Monteiro. 1 CD Ӕon. Enregistré en mars 2017 au théâtre jean Dasté à Rive de Gier. Durée : 55:55

 

Sinous voicesL’ dirigé par et nous offre trois œuvres aux projets compositionnels diversifiés, mais toujours au cœur du son, du souffle, de l’espace et de l’humain.

Dans la première pièce de cet enregistrement, Sinous voices, cherche une correspondance entre voix parlée et jeu instrumental. Le paramètre rythmique et le travail sur l’espace sont ses deux principaux outils au service de cette transcription de la voix parlée, chantée, scandée. Ainsi, le compositeur nous fait circuler entre projection sonore, déclamation intime et répétitions incessantes à la limite de la transe. Le silence est l’articulation centrale de cette pièce. Découpant clairement chaque partie de l’œuvre, la trajectoire du matériau est d’autant plus intéressante à suivre qu’elle est saisissable dès la première écoute. Chaque partie se fonde sur un matériau vocal défini. La première propose un travail sur un Agneau de Dieu qui était « récité par un groupe de vieilles femmes dans une église poussiéreuse dans un village perdu en Tchéquie ». L’écriture instrumentale participe de l’idée première de la projection vocale dans l’espace avec par exemple les vents qui cherchent à « créer la réverbération de l’église ». Beaucoup plus contrastée, la deuxième partie est basée sur une « berceuse de Nouvelle-Calédonie déclamée de manière répétitive et continue ». Le compositeur semble s’attacher alors davantage à la transcription du grain de la voix, de son timbre et de son rythme.

balons-color-gents-animals3-titles_00000-300x168Conséquences particulièrement blanches ou noires concerto est écrit pour Air machine, interprété par , et ensemble instrumental. Cet instrument a été créé par le compositeur avec la collaboration de Carol Jimenez. C’est un instrument activé à la fois par l’air aspiré ou soufflé. Comme le souligne Gaëlle Obiégly, c’est « le rythme des poumons qui se donne à voir et à entendre ». Les deux premières pièces de cet enregistrement nous livrent bel et bien deux projets fascinants autour du souffle à la source du son, du langage. Dès 2009, le compositeur a commencé ses premières expérimentations avec des aspirateurs avant de construire les premiers prototypes de l’Air machine. C’est alors qu’il résidait à la Villa Médicis, et avec la collaboration de Chistophe Lebreton et de Damien Possuet, que son idée aboutit à l’Air machine 2. Ondřej Adámek s’expose alors à l’immense problématique de la composition pour un nouvel instrument. Conséquences particulièrement blanches ou noires concerto livre un résultat convaincant : les recherches sur le timbre et l’espace créent un langage véritablement singulier. Le compositeur travaille sur des sons à la limite du réel, au cœur de l’ambiguïté sonore. La combinaison de l’Air machine et de l’ensemble instrumental est d’autant plus aboutie qu’elle livre des alliages pertinents, une écriture au service de la continuité, et une véritable trajectoire dans l’évolution du matériau au fil de l’œuvre.

Lors de son séjour à la Villa Kujoyama à Kyoto, Ondřej Adámek était très attentif aux « différents types de voix dans la culture japonaise ». La rencontre sonore entre des récitations de soûtras par des moines bouddhistes et des annonces électroniques d’une boutique à proximité de ce même temple a été une expérience marquante qui est à la source de Ça tourne, ça bloque. Cette troisième pièce propose une correspondance entre déclamation parlée et écriture instrumentale. Le texte constitue un véritable matériau compositionnel subissant superpositions, répétitions, déphasage. La voix projetée est véritablement pensée dans cette œuvre comme une partie instrumentale au service d’une écriture à l’identité saisissante. Servies par une interprétation des plus pertinentes, ces trois œuvres proposent un regard très convaincant sur le langage et la pensée formelle dans la création aujourd’hui.

Crédits photographiques : Air machine © Ondřej Adámek

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