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Brahms à l’ombre de Bach, avec Benjamin Engeli

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Johannes Brahms (1833-1897) : Quatre Ballades op. 10 ; Deux Rhapsodies op. 79 ; Trois Intermezzi op. 117 ; Chaconne von J. S. Bach für die linke Hand allein bearbeitet (extrait des cinq Études Anh.1a/1). Benjamin Engeli, piano. 1 CD Ars Produktion. Enregistré du 6 au 9 juillet 2017 à Zürich, Radio Studio 1. Notice bilingue : anglais, allemand. Durée totale : 74:56

 

BEngeliLe pianiste suisse donne de l’art du clavier brahmsien un aperçu surprenant, séduisant, où l’austérité et la sincérité vont de pair : une approche très germanique sur laquelle plane l’ombre de Jean-Sébastien Bach.

Les œuvres pour piano de Brahms fascinent les pianistes autant qu’elles les effraient. Comment maquiller quelque faille technique ou paresse de pensée de l’interprète, dans une musique aussi ciselée, aussi sobre, à l’expressivité toute contenue ? Si peu de notes, si peu d’effets instrumentaux, en particulier dans les derniers opus, laissent aux musiciens un vaste travail d’interprétation : on ne saurait aborder ce répertoire, et encore moins le graver au disque, sans la maturité que l’expérience apporte, ni la fermeté d’intentions que seule une authentique liberté intérieure garantit.

Fort d’une longue expérience de musique de chambre (entre autres avec le Trio Tecchler ou le Zurich Ensemble), possède manifestement de telles qualités, et il jette sur cette musique un regard aiguisé. Nulle part, au fil de ces pièces empruntées aux diverses périodes créatrices de Brahms, le pianiste ne se laisse dépasser par la musique qu’il joue. Son toucher sûr et son sens de la dramaturgie procèdent d’une rhétorique réfléchie, dont il tient les rênes fermement en main. Le résultat a quelque chose d’inattendu, pour qui apprécie Gilels et Katchen : les tempi sont lents, trop lents parfois (dans la Ballade n° 4), et les contours mélodiques, toujours d’une grande netteté, donnent au discours musical un aspect franc et entier, bien loin des brumes impressionnistes qu’on peut deviner en germe dans les Intermezzi op. 117, le deuxième en particulier. La précision du rythme et des nuances, d’ailleurs parfaitement conformes aux souhaits du compositeur, exaltent les élans martiaux des deux premières Ballades – ce qui n’est pas pour tempérer la sévérité de cette vision de l’opus 10.

Même si Engeli n’avait pas choisi de terminer son disque avec une transcription, réalisée pour la seule main gauche par Brahms lui-même, de la Chaconne pour violon en mineur, on aurait deviné que c’est à la lumière de Bach qu’il comprend ce répertoire. C’est loin d’être un contresens : dans les deux Rhapsodies et dans les Intermezzi, le soin apporté à la main gauche, au contrepoint, souligne justement cette parenté, dont on peut penser qu’elle traduit en musique toute l’admiration que Brahms vouait à son aîné, et leur commune recherche d’unité, de perfection formelle.

Peut-on pour autant parler d’une interprétation analytique ? Ce serait faire injustice à l’approche d’Engeli, à son sens du phrasé qui ne faiblit jamais, même dans les longues lignes de la quatrième Ballade. D’aucuns discuteront les parti-pris du pianiste, voudront plus de mystère, un jeu moins massif ; mais certains passages sont des réussites à couper le souffle, à propos desquelles tous trouveront à se réconcilier. Le premier Intermezzo de l’opus 117, tout spécialement, laisse un souvenir profond : ainsi habillé de couleurs crépusculaires, c’est une tendre berceuse, le serein adieu d’un compositeur au soir de sa vie.

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