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De Rome à Puebla : la musique ibérique au festival de Saint-Michel en Thiérache

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Saint-Michel en Thiérache. Abbaye. 24-VI-2018.
11h30. De Naples à Madrid : Œuvres de Sebastián Durón, Angelo Ragazzi, Domenico Scarlatti. Lucia Napoli, mezzo-soprano. Ensemble La Risonanza, direction : Fabio Bonizzoni
14h30. L’orgue ibérique : Œuvres de Joan Cabanilles, Antonio de Cabezon, Francisco Correa de Arauxo, Pablo Bruna et Anonymes. Léon Berben à l’orgue historique Jean Boizard (1714) de l’abbaye de Saint-Michel en Thiérache (Aisne)
16h30. Musique sacrée à la cathédrale de Puebla de los Angeles (Mexique) : Œuvres de Antonio de Salazar, José de Caseda, Juan Gutiérrez de Padilla, Fray José Lopez, Miguel Mateo de Dallo y Lana, Juan de Baeza Saavedra, Antonio de Mora, Miguel Medina y Corpas, José de Torres Martinez Bravo, Pedro Bermudez, Francisco de Olivera, Gaspard Fernandez, Juan Garcia de Cespédes. Barbara Cusa, soprano. Lixsania Fernadez, mezzo-soprano et viole de gambe. David Sagastume, contre-ténor. Jorge Morata, ténor. Andrés Prunell, basse. Chœur de Pampelune (direction : David Galvez Pintado). Ensemble La Chimera, luth, vilhuela, guitare et direction générale : Eduardo Egüez

concert_1_20180624_123519Pour le quatrième dimanche de son édition 2018, le Festival de l’abbaye de Saint-Michel en Thiérache conviait son public à un voyage musical depuis l’Italie jusqu’au Mexique en passant par le continent ibérique, ferment d’un style baroque où se mêlent musiques savantes, liturgiques, populaires voire folkloriques.

Sous un beau soleil de début d’été, l’abbaye de Saint-Michel en Thiérache, avec sa nef lumineuse et son acoustique légendaire, plonge l’auditeur dans un bien-être favorable à l’écoute sereine d’une telle diversité de styles, nés de cette antique Espagne et de ses ramifications vers l’Italie et le Nouveau Monde. Les trois concerts du jour montrent le foisonnement intense engendré par cette époque riche en découvertes et en métissages.

Le premier concert en fin de matinée, donné par l’ensemble italien dirigé par , met l’accent sur les influences musicales croisées entre auteurs baroques, italiens et espagnols. , organiste à Séville puis à Palencia au XVIIe siècle est connu pour ses œuvres pour clavier jadis révélées par Francis Chapelet sur de vieux orgues d’Espagne. Il se révèle ici comme un compositeur capital pour l’époque. Il termina sa carrière à la chapelle royale de Madrid. On découvre avec grand intérêt une leçon de ténèbres et une cantate de la passion. La musique est intense, à la fois sensuelle et aride, portée avec bonheur par la mezzo-soprano , à la voix grave et émouvante. L’Italie apporte ses influences plus légères et concertantes avec des sonates du napolitain , lui même influencé par un style plus ordonné venu de l’Autriche. Le violoniste soliste Jorge Jimenez, par un archet solide et volubile fait résonner admirablement les voix de ce compositeur trop peu connu. se montre ici sous un angle différent de l’univers de ses sonates pour clavier. Quelques évocations de ses thèmes sont reprises pour les cordes par l’anglais Charles Avison et le concert se termine par un superbe Salve Regina pour voix et continuo d’écriture savante, témoin d’un art hérité de son père Alessandro. Une nouvelle fois, on a pu apprécier la voix délicate et charmeuse de . Menée avec énergie et subtilité, la direction de révèle les secrets de ces musiques croisées.

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En début d’après midi, la nef de l’abbaye se remplit à nouveau d’un public nombreux venu écouter les sonorités rares de l’orgue historique datant du tout début du XVIIIe siècle édifié par le facteur Jean Boizart. Un programme de musique ibérique bien choisi permet ainsi d’entendre diverses sonorités caractéristiques d’un orgue baroque français, encore dans son esprit d’origine et encore sous les influences lumineuses du XVIIe siècle. Le jeune organiste allemand , spécialiste de l’orgue ancien, joue la carte de la finesse au travers de registrations sobres et claires. L’orgue baroque espagnol reste assez proche de son homologue français, hormis ses fameuses chamades, et le répertoire proposé s’est acclimaté sans peine aux couleurs propres à cet instrument, grâce aussi à un subtil choix de pièces, entre musiques à destination liturgique et chansons profanes. Les grands d’Espagne sont tous présents, de Cabezon à Cabanilles sans oublier avec ses célèbres litanies, enivrantes à l’extrême, ainsi que l’andalou et ses accents de flamenco.

concert_3_240618Ce dimanche musical se termine avec un troisième concert consacré à des musiques du Nouveau Monde, plus spécialement du Mexique, avec des œuvres sacrées de la cathédrale de Puebla. Cette ville des anges (La Puebla de los Angeles) était l’une des plus importantes de la Nouvelle Espagne dès le XVIe siècle, immense territoire qui comprenait le Mexique actuel. Puebla fut un grand centre culturel où se réunissaient une grande quantité d’artistes. Sa cathédrale renfermait deux orgues et sa chapelle musicale était riche de plus de quarante musiciens. Toute une pléiade de compositeurs plus ou moins connus de nos jours exercèrent leur métier d’artiste dans ce lieu unique. et ses musiciens de La Chimera proposent de nous faire voyager au travers d’œuvres joyeuses et rythmées, colorées et dansantes. Ces musiques offrent des rythmes syncopés nombreux et divers qui incitent à la danse et à la joie. Les sourires permanents et naturels des chanteurs et des instrumentistes qui s’expriment alors, sont l’image même d’un bonheur collectif et communicatif.

Ces musiques mêlent toutes sortes d’idées, empruntant divers chemins de traverse depuis certaines polyphonies strictes venues d’Espagne jusqu’à des rythmes endiablés sud-américains. Le terme de « ensalada » (salade) revient souvent, illustrant un métissage musical efficace et fédérateur. Les couleurs même des voix solistes et du chœur en arrière plan, comme venu en écho du ciel, apportent des ambiances parfois irréelles soutenues par les timbres originaux et contrastés des instruments, depuis les cordes frottées et pincées jusqu’aux percussions. Deux chefs, pour le célèbre et pour la direction générale depuis ses instruments à cordes pincées (luth et guitare baroque), tiennent tambour battant leurs musiciens et le public en haleine pendant presque deux heures. L’auditoire enflammé fait une ovation chaleureuse et prolongée.

Il faut noter comme toujours l’excellence de la programmation musicale que dirige Jean-Michel Verneiges, ainsi que la présence d’une équipe très efficace de bénévoles qui assurent une grande souplesse d’organisation à l’ensemble de cette manifestation.

Crédits photographiques : photo 1 Ensemble © Frédéric Muñoz ; photo 2  © Geneviève Haudenois ; photo 3 Eduardo Egüez © Frédéric Muñoz

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