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À Avenches, la lumineuse Anne-Catherine Gillet

Festivals, La Scène, Opéra

Avenches. Arènes. 28-VI-2018. Georges Bizet (1838-1875) : (Carmen) Ouverture, Avec la garde montante, La cloche a sonné, L’amour est un oiseau rebelle, C’est toi !…C’est moi ! Giuseppe Verdi (1813-1901) : (Il Trovatore) Vedi ! le fosche notturne spolie. (Un Ballo in Maschera) Eri tu che macchiavi. (Don Carlo) Spuntato ecco il di d’esultanza, (La Forza del Destino) Ouverture. (Otello) Qua, ragazzi, quel vino ! (Nabucco) Va pensiero. (Rigoletto) Si, vendetta, tremeda vendetta, Un di, se ben rammentomi. Charles Gounod (1818-1893) : (Roméo et Juliette) Je veux vivre, Ah, lève-toi soleil !, (Faust) Je ris de me voir si belle… Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : (Le Prophète) Ô prêtres de Baal. Jacques Offenbach (1819-1880) (Les contes d’Hoffmann) Belle nuit, ô nuit d’amour. Giacomo Puccini (1851-1924) Te Deum, E lucevan le stelle. Anne-Catherine Gillet (soprano), Kate Aldrich (mezzo-soprano), Florian Laconi (ténor), Marco Vratogna (baryton). Mise en espace : Denis Maillefer. Lumières et vidéo : Laurent Junod. Chœur d’Avenches Opéra, Chœur de Chambre de l’Université de Fribourg (CCUF), Chœur de l’Association Chœur Opéra Libre (ACOL) (chef des chœurs : Pascal Mayer). Orchestre de Chambre Fribourgeois, direction : Laurent Gendre

Avenches.01Première réussie pour le retour du lyrique dans les arènes d’Avenches avec Opéra en fête. Un beau plateau vocal avec une admirable. 

Les conditions météorologiques incertaines avaient eu raison des finances du festival d’opéra d’Avenches, qui avait plus d’une vingtaine d’année d’existence. Après une année de pause pour réfléchir à l’avenir d’une telle manifestation, une nouvelle expérience est tentée dans les arènes romaines. La coûteuse formule d’un opéra avec sa mise en scène est aujourd’hui abandonnée au profit d’un concert lyrique.

Sur un tréteau, on a donc monté une grande bulle métallique recouverte d’un film plastique transparent. Une structure propre à protéger orchestre, chœurs et solistes d’une averse possible. Pour le public, à lui de prévoir ses habits en conséquence et aux organisateurs d’espérer qu’il sera aussi stoïque que celui de Berlin qu’on a vu recevant des seilles d’eau lors des concerts à la Waldbühne. Mais ces jours de canicule annoncée ont préservé agréablement la nouvelle mouture, qui propose un programme majoritairement composé de « tubes » lyriques chantés par un quatuor d’excellents interprètes.

Ainsi, pour commencer, a-t-on passé en revue les pages parmi les plus connues de Carmen de Bizet, ce qui a permis de jauger les équilibres, principalement entre l’orchestre et les chœurs. Disons d’emblée que si l’énergie dépensée par le chef n’a pas été suivie des résultats attendus de la part de l’orchestre, la faute en est peut-être à la masse d’un chœur trop volumineux pour offrir souplesse d’exécution et musicalité. Ce sont dans les pages du chœur de Don Carlo que ces problèmes sont apparus les plus évidents. Outre les légères approximations musicales, peut-être qu’une meilleure compréhension du contenu du texte aurait donné plus de corps à l’interprétation.

C’est la présence de la soprano qui aura marqué les esprits. Avec l’évidence de son chant, la simplicité du discours musical et l’intelligence interprétative, c’est la lumière qui jaillit quand elle transmet l’éclosion joyeuse d’une âme dans un Je veux vivre de Roméo et Juliette de Gounod^, qu’elle exhale du plus profond d’elle-même. Comme si le bonheur de la perfection de son chant lui donnait la joie de la transmettre à chacun.

Le public ne s’y méprend pas quand il ovationne la jeune soprano française. On en redemande. Dans la barcarolle des Contes d’Hoffmann de , elle porte la manière de s’effacer derrière la voix de avec une musicalité et une évidence bouleversantes. Mais c’est dans le fameux Air des bijoux où l’on déguste l’humilité joyeuse qu’elle imprime à cet air si caricaturé. Quel émerveillement ! Elle fait apparaître l’or et les diamants de la cassette de Marguerite avec sa seule voix et le sourire qui complète ces moments de grâce absolue.

À ses côtés, la mezzo anglaise qui, si elle possède tout le spectre vocal pour la partition de Carmen, manque de cette fibre hispanisante indispensable à la caractérisation du personnage de Mérimée. Les notes, aussi précises qu’elles soient, ne suffisent pas à caractériser le personnage. Elle est beaucoup plus convaincante dans son long monologue de Fidès tiré de l’opéra Le Prophète de , un compositeur rarement joué et qu’il était bon d’entendre ici.

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Chez les messieurs, le ténor français jouit d’une belle puissance vocale, et ses aigus sont d’une vaillance peu commune. On note cependant qu’il ne doit pas relâcher sa concentration car, à peine l’oublie-t-elle que sa voix devient légèrement nasillarde. Si son Ah, lève-toi soleil ! était de fort belle facture, dans un français parfaitement émis, on aurait parfois aimé qu’il modère sa puissance pour donner plus de musique à sa prestation, comme par exemple dans son air de Cavaradossi de Tosca de Puccini, E lucevan le stelle.

Le baryton apporte l’italianité requise aux interprétations verdiennes. Son Eri tu de Un Ballo in Maschera est à la limite de la justesse ; on peut admettre qu’un air aussi difficile ne devrait pas figurer en début de récital. Cette légère déception est par ailleurs gommée dans le mordant qu’il insuffle au Brindisi d’Otello et qu’il couronne dans un emporté Te Deum tiré de Tosca de Puccini.

Pari réussi pour cette nouvelle mouture du festival d’Avenches, qui mérite de rencontrer un public nombreux, même si on ne peut passer sous silence la dégradation de l’esprit de l’opéra avec ce qui devient une habitude des concerts en plein air (et bientôt à l’intérieur des théâtres d’opéra) : les micros. La sonorisation ne permettait pas de localiser le soliste, la voix sortant principalement des haut-parleurs. Plus spécifiquement à cette soirée, les projections vidéo (de belle qualité) sur l’écran géant de fond de scène détournaient l’attention du spectateur plutôt que de la focaliser sur le chanteur. Peut-être qu’un soin majeur et plus contrasté des éclairages de scène aurait pallié cet inconvénient.

Les petites imperfections musicales relevées vont certainement être revues dès les prochaines représentations. Ne serait-ce que pour le bonheur d’entendre encore et encore la merveilleuse Anne-Catherine Gillet. 

Crédit photographique : © Patrice Birbaum

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