philharmonie de paris 0718

Harding superbe de délicatesse pour Fierrabras à La Scala

La Scène, Opéra, Opéras

Milan. Teatro alla Scala di Milano. 30-VI-2018. Franz Schubert (1797-1828) : Fierrabras, Heroisch-romantische Oper en trois actes sur un livret de Josef Kupelwieser. Mise en scène : Peter Stein. Décors : Ferdinand Wögerbauer. Costumes : Anna Maria Heinreich. Lumières : Joachim Barth. Avec : Anett Fritsch, Emma ; Dorothea Röschmann, Florinda ; Marie-Claude Chappuis, Maragond ; Bernard Richter, Fierrabras ; Sebastian Pilgrim, Charlemagne ; Markus Werba, Roland ; Peter Sonn, Eginhard ; Lauri Vasar, Boland ; Martin Piskorski, Ogier ; Gustavo Castillo, Brutamonte. Coro del Teatro alla Scala (chef des choeurs : Bruno Casoni). Orchestra del Teatro alla Scala, direction musicale : Daniel Harding

Fierrabras Scala Claudio Abbado n’a jamais dirigé à Milan l’opéra de Schubert qu’il a permis de faire redécouvrir, mais celui qui aurait eu 85 ans ce 26 juin est dans toutes les mémoires lors de cette dernière représentation du cycle qui permet l’entrée de Fierrabras au répertoire de La Scala, tout particulièrement à l’écoute de la direction si fine et si délicate de l’un des meilleurs assistants du mentor italien, le chef anglais .

Alexander Pereira, à son arrivée, avait subi une première cabale en récupérant plusieurs productions de Salzbourg afin de minimiser les coûts de son premier mandat à La Scala. Il a pourtant depuis réussi quelques reprises et s’il a dû troquer les Meistersinger autrichiens (vus à Bastille et de toute façon trop larges pour la scène milanaise) pour ceux montés plus tôt à Zurich, il a ramené la saison précédente la production du Don Carlo en cinq actes de ainsi que celle du Falstaff de Damiano Michieletto, pour maintenant proposer la mise en scène – de Stein encore – créée en 2014 du Fierrabras de Schubert, interprétée maintenant dans une nouvelle édition critique du catalogue Bärenreiter datée de 2015.

Le décor de Ferdinand Wögerbauer ramène au temps des productions en toiles peintes, en noir et blanc majoritairement, qui cherche plus à rappeler l’ère Ponnelle qu’à dynamiser un livret de toute façon peu à même d’en remontrer aux textes les plus faibles du bel canto de la même époque. Au moins la dramaturgie y est-elle intelligente et le travail de lumières de Joachim Barth très adapté, tant pour créer de jolis bleutés que pour plonger la salle dans des noirs complets, ou l’allumer légèrement lorsqu’il s’agit de renforcer les besoins dramatiques.

La ductilité de l’Orchestra del Teatro alla Scala offre au chef toute une palette de couleurs pour porter la superbe partition orchestrale sans jamais l’alourdir. Au contraire, il lui donne une délicatesse rarement développée avec une telle majesté par le chef lui-même, encore bien supérieure à celle entendue en 2016 à Paris dans Les Scènes de Faust de Goethe de Schumann, autre partition dont on doit à Claudio Abbado aujourd’hui la reprise dans les plus grandes salles du monde. Le soutien à la scène se veut également bien présent avec une attention particulière vers le plateau, même si là, certains ensembles sont parfois légèrement décalés, à l’instar du quatuor avec chœur de la fin de l’acte I.

Fierrabras Scala Dorothea Röschmann

Les chœurs, préparés comme la veille pour Il Pirata par Bruno Casoni, rassurent largement par rapport à l’année précédente et montrent maintenant une puissance autant qu’une dynamique parmi les plus belles des scènes actuelles, même si l’allemand est moins évident pour ces bouches latines. De la distribution, se veut une Emma gracieuse d’une dimension quelque peu mesurée pour la scène scaligère, dont la ligne de chant se dénature dans le haut du spectre. La Maragond de parvient à faire vivre un rôle plus secondaire, surtout lors du duo avec la magnifique Florinda de . L’apparition de la mezzo-soprano redynamise l’action, développée ensuite par un chant subtil aussi impactant dans les ensembles (tout particulièrement le quintette) qu’en solo, avec un mélodrame à la superbe texture de graves magnifiques au finale de l’acte II.

Des hommes, Milan récupère l’excellent Roland de , d’une belle couleur sur tout le spectre en même temps que d’une excellente projection, avec cette qualité de diseur très importante pour l’écriture schubérienne, particulièrement mise en valeur aussi par le chant tout en finesse de l’Eginhard de . montre un Boland bien assis dans la noirceur du bas-médium du rôle, quand Gustavo Castillo parvient à rendre bien visible le petit rôle de Brutamonte. L’Ogier de Martin Piskorski n’est qu’un rôle parlé et il faudra attendre de l’entendre en Jaquino sur la même scène pour découvrir son jeune chant. Il faut à attendre que la voix ait chauffé à l’acte II pour donner quelque ampleur à son Charlemagne, mais il manque la profondeur de graves de Zeppenfeld en 2014, tandis que Fierrabras, à l’époque dévolu à Michael Schade, revient cette fois à , et trouve avec lui un chant noble jamais présomptueux, très intelligent lors du premier récitatif et aria.

Crédits photographiques : © Dorothea Röschmann

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