Le Fidelio de Stuart Skelton entre les murs de La Scala

La Scène, Opéra, Opéras

Milan. Teatro alla Scala di Milano. 2-VII-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Ferdinand Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke, d’après Léonore de Jean-Nicolas Bouilly. Mise en scène : Deborah Warner. Décors et Costumes : Chloé Obolensky. Lumières : Jean Kalman et Valerio Tiberi. Avec : Stuart Skelton, Florestan ; Jacquelyn Wagner, Leonore ; Eva Liebau, Marzelline ; Stephen Milling, Rocco ; Luca Pisaroni, Don Pizarro ; Martin Gantner, Don Fernando ; Martin Piskorski, Jaquino ; Massimiliano di Fino, Marco Granata, Prisonniers. Coro del Teatro alla Scala (Chef des Chœurs : Bruno Casoni). Orchestra del Teatro alla Scala, direction musicale : Myung-Whun Chung

Fidelio Scala Skelton Pisaroni lSpectacle d’ouverture de La Scala en 2015, la production du Fidelio de retrouve les planches milanaises cet été avec en fosse le chef et une distribution intégralement revue, dont se démarque le Florestan de .

Ouverture de la dernière saison de Daniel Barenboim à la tête du Teatro alla Scala, la nouvelle production de Fidelio avait surtout marqué lorsque le 10 décembre, Stéphane Lissner, alors encore directeur, avait réussi à remplacer Klaus Florian Vogt, annoncé souffrant, par Jonas Kaufmann. L’Australien , certes beaucoup moins attirant pour le grand public, est à même d’en remontrer au ténor allemand dès son splendide et profond Gott d’entrée au second acte.

L’air complet est tout aussi bien tenu, puis Skelton se démarque ensuite du trio et du quatuor, desquels ses aigus ressortent toujours avec puissance et impact. Seul le duo aux côtés de Leonore avant le finale manque quelque peu d’émotion, là où se montre plus sensible et très agréable dans toute la partie haute de la tessiture du rôle. Auparavant, la soprano avait déjà convaincu dans son grand air, puis lors du premier finale, bien que le décor de Chloé Obolensky concède beaucoup trop d’espaces ouverts pour offrir un écrin épanouissant aux chanteurs.

Les autres voix, même lorsqu’elles sont parfaitement placées comme celle colorée de la Marzelline d’, souffrent du même problème et ne peuvent jamais trop percer ni pallier un volume sonore beaucoup moins élevé que celui perçu habituellement dans ce magnifique théâtre. (Rocco) parvient toutefois à marquer ses scènes de ses graves sombres, notamment le mélodrame du second acte, bien accompagné par la raucité des contrebasses en fosse. en Don Pizarro présente un chant dynamique dans les attaques, qui permet de bien remarquer ses interventions, quand offre lui une stature altière à un Don Fernando attendrissant. Jaquino permet de découvrir le chant de Martin Piskorski, deux jours plus tôt sur la scène milanaise dans le rôle seulement parlé d’un autre opéra allemand composé à la même époque, le Fierrabras de Schubert.

Fidelio Scala
Le difficile livret
de Joseph Ferdinand Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke, revu dans sa version définitive, offre rarement matière à libérer les esprits des metteurs en scène, comme le prouve encore le travail extrêmement factuel de sur la représentation d’une prison qui, à en croire la facilité à en sortir, doit être une prison française. Comme évoqué, le défaut principal du décor se trouve cependant surtout dans un trop plein d’ouvertures qui limite largement les voix, même celle d’un chœur parfaitement préparé, tant dans sa mise en place que dans la palette d’atmosphères à déployer dans l’œuvre.

En fosse, la présence de rassure sur son état de santé après les nombreuses annulations de cette saison. Il offre à la partition, qu’il débute très lentement par l’ultime ouverture du chef-d’œuvre, une lecture classique en même temps que parfaitement adaptée au suivi dramatique. Le caractère festif et léger du finale rappelle que l’ensemble en fosse est italien plutôt que germanique, en même temps qu’il souligne une fois de plus le niveau d’excellence de l’Orchestra del Teatro alla Scala, indiscutablement l’une des meilleurs formations au monde, loin d’être reléguée au seul répertoire italien. En plus d’une première flûte et de clarinettes exceptionnelles, il faut souligner que les quelques écarts entendus du premier cor viennent entre autre du fait qu’il possède pour l’occasion, en plus de son cor principal, un cor viennois afin de conférer aux soli leur couleurs idéales. Un entracte rarement effectué dans cet ouvrage sépare les deux actes de cette belle soirée, et bien que la flûte se prépare magnifiquement au complexe solo de l’Ouverture Leonore III juste avant la reprise, l’acte II débute directement sur l’Introduction puis sur l’aria du magnifique Florestan de Stuart Skelton.

Crédits photographiques : © Marco Brescia et Rudy Amisano

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