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Nuit russe aux Chorégies d’Orange

Festivals, La Scène, Opéra

Orange. Théâtre Antique. 8-VII-2018. Œuvres de Mikhaïl Glinka (1804-1857), Alexandre Borodine (1833-1887), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Modeste Moussorgski (1839-1881), Aram Khatchatourian (1903-1978). Avec : Oksana Dyka, soprano ; Olga Poudova, soprano ; Ekaterina Goubanova, mezzo-soprano ; Ekaterina Sergueïeva, mezzo-soprano ; Bogdan Volkov, ténor ; Boris Pinkhasovitch, baryton ; Vitalij Kowaljow, basse. Chœur des opéras d’Avignon, Monte-Carlo et Nice. Orchestre philharmonique de Radio France, direction musicale : Mikhaïl Tatarnikov

Tatarnikov2018 est l’année du renouveau pour les Chorégies d’Orange grâce à la première programmation entièrement concoctée par son directeur , dont l’arrivée en 2016 fut quelque peu chaotique. Aux côtés des deux productions estivales, Mesfistofele en juillet et Il barbiere di Siviglia début août, voilà que le chant russe fait un retour remarqué au théâtre antique après une dernière production lyrique que les moins de trente ans n’ont pas pu connaître.

Pour cette « Nuit russe », la cavea est bien remplie avec pourtant un programme découvert sur place, une langue complexe qui ne fait pas l’objet ce soir de sous-titrage, et une distribution vocale peu connue du grand public « populaire » que vise le festival. Mais les moyens sont bien là : la centaine de musiciens de l’, un chœur particulièrement fourni sur le plateau, et le chef principal du Théâtre Mikhailovsky de Saint-Pétersbourg à la baguette.

En raison de l’interdiction de la musique en Russie jusqu’au règne de Pierre le Grand, l’opéra russe ne se concentre que sur une centaine d’années dont le véritable acte de naissance est dû à avec Rouslan et Ludmila et son ouverture aussi célèbre qu’exubérante par laquelle débute cette soirée. Voici donc un parcours musical essentiellement centré sur la musique romantique de certains membres du Groupe des Cinq pour laquelle l’influence artistique de Glinka et la volonté de prôner une musique spécifiquement nationale font les caractéristiques de leur mouvement. et donc, alors que n’est présent qu’à travers ses Chants et danses de la mort.

Un autre musicien russe romantique en la personne de Tchaïkovski est à l’honneur en seconde partie de concert avec ses deux opéras, tout aussi proche du fondateur de l’école musicale russe qu’est Glinka, Eugène Onéguine et La Dame de Pique, alors que Rachmaninov (Opus 21 n° 7 « Zdes’ khorosho ») et Khatchatourian (Adagio de Spartacus) composent la fin de cette programmation.

Mais bien que les grands tubes alimentent l’adhésion du plus grand nombre sur les gradins, telles que les fameuses Danses polovtsiennes de Borodine défendues par un chœur riche en nuances, l’Adagio de Spartacus de Khatchatourian, ou encore l’air de Lenski de Tchaïkovski (Eugène Onéguine), force est de constater que ce concert ne se love pas dans la facilité et recèle de bonnes idées comme la mise en avant du lyrisme généreux et accessible du Prince Igor de Borodine avec pas moins de quatre extraits de cet ouvrage (le chœur du Prologue, l’air du Prince Igor, les danses polovtsiennes citées plus haut, et le duo entre Kontchakovna et Vladimir Igorevich) ou bien encore un final de choix avec la scène finale de Iolanta de Tchaïkovski.

Les trois partitions instrumentales réparties de façon équilibrées durant la soirée, attestent d’un éclat et d’une évidence interprétative exemplaire de la part des instrumentistes de l’. À la baguette, Mikhaïl Tatarnikov se plaît à mettre en valeur d’infinis détails au sein d’une texture sonore équilibrée et des tempos bien amenés, vecteurs d’une belle élégance que l’on avait déjà entraperçue à Bastille pour La fille de neige, ce cocktail portant au mieux les différentes voix sur le plateau.

L’âme russe se distille jusque dans cette distribution vocale où seul a déjà foulé les planches du théâtre antique pour le Requiem de Verdi en 2016. La basse traduit une belle autorité dans l’air du Prince Igor comme dans celui du Prince Grémine mais c’est bien le ténor qui sort son épingle du jeu grâce à une expressivité faisant foi pour exprimer les méandres de l’intériorité émotionnelle de Lenski (Eugène Onéguine) dans une maîtrise de souffle, de phrasés et de modulations alliant tous les suffrages. Le reste des protagonistes prolonge la pluie d’étoiles de cette « Nuit russe » : est quelque peu dépourvue du caractère juvénile nécessaire dans les parties qui lui sont confiées, mais Boris Pinkhasovitch est un brillant Onéguine. On admire la séduisante et son chant suave dans la troisième chanson de Lel (La fille des neiges), la vibrante mélodie de Lioubacha (La Fiancée du tsar) portée par la précision sans faille du chant vibrant a cappella de la mezzo , et enfin le charisme d’une Olga Poudova en reine Chemakha (Le coq d’or). La France est en train de conquérir la Russie grâce à un ballon rond, la Russie a conquis la Provence grâce à sa musique.

Crédits photographiques : © Askonas Holt

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