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Une Flûte Enchantée d’un classicisme marmoréen à Baden-Baden

Festivals, La Scène, Opéra

Baden-Baden. Festspielhaus. 8-VII-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), opéra en deux actes sur un livret d’Emanuel Schikaneder. Avec : Klaus Florian Vogt, Tamino ; Christiane Karg, Pamina ; Franz-Josef Selig, Sarastro ; Albina Shagimuratova, la Reine de la Nuit ; Rolando Villazón, Papageno ; Regula Mühlemann, Papagena ; Johanni van Oostrum, Première Dame ; Corinna Scheurle, Deuxième Dame ; Claudia Huckle, Troisième Dame ; Paul Schweinester, Monostatos ; Tareq Nazmi, l’Orateur ; Luca Kuhn, Premier Garçon ; Giuseppe Mantello, Deuxième Garçon ; Lukas Finkbeiner, Troisième Garçon ; Levy Sekgapane, Premier Prêtre / Premier Homme armé ; Douglas Williams, Deuxième Prêtre / Deuxième Homme armé ; André Eisermann, Récitant. RIAS Kammerchor (chef de chœur : Justin Doyle). Chamber Orchestra of Europe, direction musicale : Yannick Nézet-Séguin

Zfloete__62bisEn 2011, et initiaient avec Don Giovanni leur projet commun d’enregistrer pour Deutsche Grammophon les grands opéras de Mozart lors de concerts donnés au Festival d’Eté de Baden-Baden. Alors que vient tout juste de paraître en CD La Clemenza di Tito de l’an dernier, place cette fois à Die Zauberflöte.

Pour les personnages principaux, à une exception près, la distribution réunie à Baden-Baden a su réunir des interprètes éprouvés qui les ont déjà interprétés en scène à de multiples reprises. Outre la sécurité qu’apporte ce choix, il offre l’opportunité à ces grands chanteurs de laisser une trace indélébile de rôles qu’ils ont marqués et qu’ils ont eu le loisir de mûrir et de s’approprier de façon complète. C’est tout particulièrement le cas du Tamino miraculeux de , dont la clarté de timbre et d’élocution restent inaltérées malgré la fréquentation d’un répertoire beaucoup plus lourd chez Wagner ou Richard Strauss. On peut certes trouver cette voix peu suave ou relativement pauvre en couleurs — est-ce vraiment ce qu’on attend d’un Tamino ? — mais qui pourrait nous offrir cette aisance et ce naturel, cette émission haut placée et pourtant puissante, cette netteté du mot, cette parfaite égalité des registres jusque dans une voix mixte appuyée qui ne détimbre jamais ? La Pamina de se hisse à un même niveau d’excellence par les seuls moyens vocaux. La lumière cristalline d’un aigu pourtant pénétrant, la perfection du legato, l’émotion à fleur de lèvres culminent dans un « Ach, ich fühl’s » qui suscite les larmes dans un tempo très retenu et à la pulsation haletante, en dépit de la toux intempestive  d’un spectateur.

a chanté la Reine de la Nuit sur toute la planète, de New York à Moscou, de San Francisco à Milan en passant par Londres, Berlin ou Vienne. Timbre acéré et puissant, discret vibratello, vocalises assurées, elle en incarne avec autorité toute la rage voire la folie. En Sarastro, fait à nouveau valoir la somptuosité d’une voix de basse aux graves profonds et sonores et la qualité de sa diction. Il ne peut toutefois se départir entièrement d’une certaine bonhomie qui évoque par moments l’Osmin de L’Enlèvement au Sérail. Reste le cas plus complexe de qui, en abordant le rôle de Papageno, tente de passer de sa tessiture initiale de ténor à celle de baryton. On a de la peine à l’écrire car le chanteur est toujours aussi sympathique, engagé, virevoltant mais l’essai n’est pas convaincant. Certes on le sait, le premier interprète de Papageno, Emanuel Schikaneder, était avant tout un acteur et directeur de théâtre qui devait se contenter de pousser la chansonnette, mais avec un plateau aussi relevé et dans une salle aussi vaste que le Festspielhaus de Baden-Baden, il ne suffit plus de faire le clown avec des effets très appuyés pour faire oublier une voix rebelle à la conduite trop désordonnée, qui reste foncièrement celle d’un ténor et dont le registre grave aminci lui interdit de se faire entendre dans les ensembles.

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Un superbe et très équilibré trio des Dames ainsi qu’un trio des « Knaben » très concentré, engagé et juste complètent avec bonheur la distribution. Plus léger vocalement, détaille avec soin son Monostatos et retient l’attention tout en évitant la caricature. est une idéale Papagena, débordant de fraîcheur et de joie de vivre. Tareq Nazmi en Orateur, Levy Sekgapane et Douglas Williams dans le double rôle des Prêtres et des Hommes armés sans démériter marquent moins les esprits. Très bonne prestation aussi du RIAS Kammerchor, très subtil et nuancé dans la douceur, manquant peut-être un peu de plénitude pour les tutti.

Avec son énergie coutumière et apparemment inépuisable, multiplie les encouragements et les injonctions. Il insuffle une rafraîchissante vitalité à ses interprètes ainsi qu’à un à la pâte sonore riche et ductile et à la parfaite homogénéité. On y retrouve moins le dramatisme, le théâtre qui faisaient en partie le prix de ses précédentes interprétations du cycle. Cela tient bien sûr à l’œuvre plus hiératique, à l’absence de récitatifs et surtout au choix de remplacer les dialogues parlés par un récitant (le pourtant irréprochable André Eisermann) qui a pour tâche d’en citer des extraits et de résumer l’action, ce qui aboutit à une succession de numéros musicaux sans progression ni lien.

Crédits photographiques : © Andrea Kremper

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