bandeau Res Musica

Des Concerts royaux lumineux par Les Timbres

À emporter, CD, Musique d'ensemble

François Couperin (1668-1733) : Concerts royaux. Les Timbres : Yoko Kawakubo et Maïte Larburu Garmendia, violon ; Elise Ferrière, flûte à bec ; Stefanie Troffaes, traverso ; Benoît Laurent, hautbois et grande flûte ; Myriam Rignol et Mathilde Vialle, viole de gambe ; Dana Karmon, basson ; Nicolas Muzy, théorbe et guitare baroque ; Julien Wolfs, clavecin. 1 CD Flora. Enregistré à Frasne-le-Château en juillet 2017. Durée : 67:57

 

71TsAUHoeIL._SL1024_Pour leur troisième opus discographique, après de merveilleuses Pièces de clavecin en concert de Rameau et de jubilatoires sonates italiennes, l’ensemble a choisi les Concerts royaux de , dans l’idée de célébrer le 350e anniversaire de sa naissance, qui peine à se faire une place à côté du centenaire de la disparition de Debussy.

Dans le style des suites de danses de facture typiquement française, chères au Grand siècle et au suivant, dit des Lumières, ces concerts intimes pour plusieurs instruments ont quelque chose de touchant et de presque affectif. Au crépuscule de son long règne, le vieux Louis XIV, fatigué, faisait venir chaque dimanche soir des années 1714 et 1715, en compagnie de messieurs François Duval, André Danican Philidor, Alarius (Hilaire Verloge) et Pierre Dubois pour de petits concerts de chambre. Dans un contexte difficile où la France est lourdement endettée par la longue Guerre de succession d’Espagne, le souverain âgé est affecté par de nombreux deuils familiaux, qui ont décimé sa descendance. Ces moments où il aime retrouver sa famille et ses amis illuminent ses dernières années en lui rappelant ces danses complexes où il excellait dans sa jeunesse.

Le quintette d’origine peut s’augmenter à loisir d’autant plus que, dans la préface de l’édition de 1722, Couperin indique lui-même que « ces concerts conviennent non seulement au clavecin, mais aussy au violon, à la flutte, au hautbois, à la viole et au basson ». Si certaines parties sont attribuées à des instruments précis, d’autres indications sont suffisamment souples pour pouvoir être adaptées à des instruments variés. Cette liberté laissée aux interprètes quant à leur instrumentation est courante à l’époque où nombre de pièces de clavecin peuvent être accompagnées par d’autres instruments et « mises en concert ». On retrouve cette pratique chez Élisabeth Jacquet de la Guerre, Robert de Visée, Jean-Joseph de Mondonville et bien évidemment chez Rameau lui-même. D’ailleurs, si la finesse de l’écriture de Couperin parlait au cœur du roi, sa vivacité, son espièglerie et la rayonnante virtuosité italienne du Quatrième concert annoncent Rameau. Les Concerts royaux de 1722 avec les Goûts réunis de 1724, subliment le style français de l’époque en l’inscrivant dans le futur.

Une féerie de couleurs et de timbres

C’est en suivant les recommandations de Couperin que le trio initial des Timbres a augmenté son effectif à dix instrumentistes afin d’obtenir une palette de couleurs aussi riche que possible, et la réussite est totale. L’écriture de Couperin convient parfaitement aux Timbres, cultivant et inspirant le jeu collectif, le dialogue, l’esprit d’une conversation idéale qui caractérise leur identité, ce qui nous avait déjà ravi chez Rameau. Dans ces pièces, leur jeu collectif trouve la respiration juste, l’élégance naturelle et surtout une intonation d’une mélancolie souveraine. Au-delà de la science des phrasés, c’est cette volupté kaléidoscopique de couleurs qui nous enchante, avec toute la spontanéité, le raffinement, la tendresse et la souplesse que requiert cette musique longtemps corsetée dans une austérité hors de mise. On peut considérer qu’il s’agit du premier sommet de la musique de chambre française.

Cette interprétation de haut vol, qui succède à de grands anciens comme Martin Gester (accord 2001), Wieland Kuijken (Accent 2003) ou Jordi Savall (Alia Vox 2005), s’inscrit comme la nouvelle référence de cet ouvrage relativement peu fréquenté.

Comme à l’accoutumée des productions du label belge Flora, la présentation de l’objet est particulièrement soignée dans un digipack illustré d’un tableau Animaux fleurs et fruits d’Alexandre François Desportes (1717, Musée de Grenoble), avec un texte érudit et passionnant, en français et en anglais, du musicologue Guillaume Bunel.

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.