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Walter Gieseking, un voyage chez Mozart

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’œuvre intégrale pour piano solo. Walter Gieseking, piano. 8 CD Profil Medien. Enregistré entre les 1 et 20 juillet 1953 et le 31 mars 1954 à l’Abbey Road Studio à Londres. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée totale : 9:01:50

 

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GiesekingTout le piano solo de Mozart ! Personne, pas même Lili Kraus, ne l’avait osé, le voulait absolument, l’heureux élu serait .

La parution à l’automne 1955 de l’imposant album microsillon fit grand bruit, l’objet était superbe, coffret toilé d’une rayonne bleu marine, pas une critique ne fusa. Mais une légende tenace aura entaché l’album a posteriori : Gieseklng aurait pris quelques libertés avec les textes, sacrilège fictif que deux générations de critiques colportèrent sans vraiment corroborer leurs anathèmes par l’écoute. Pourtant, la seule édition en compact disc (parue en 1990 dans la collection Références) permettait déjà de battre en brèche ce bémol inventé de toute pièce. Partition en main, Gieseking joue absolument le texte, et comment !

La fantaisie a pris le pouvoir dans ce clavier versicolore qui chante des opéras et fait danser le piano. La simplicité du geste, l’ornementation réduite à la portion congrue – ce qui nous débarrasse du Mozart rococo qu’on nous sert couramment aujourd’hui – la vivacité des rythmes (écoutez le Presto de la Sonate K. 283), la parfaite clarté des polyphonies, se doublent d’une présence dramatique finement sentie, jamais excessive, d’autant qu’elle refuse le pathétisme que tant accentuent.

Ce Mozart solaire, plus italien que germanique, rappelle que passa son enfance entre le sud de la France et Rome ; il se corse d’une touche de préromantisme dans les grandes sonates, qui pourtant n’empèse jamais le clavier. Tout chante dans les registres du magnifique piano du Studio d’Abbey Road, si boisé, si plein de couleurs vives, avec sa résonance subtile où les pages les plus secrètes (les Rondos, la Fantaisie) s’ombrent délicatement, où les grandes lignes des Adagio des Sonates sont portées par un legato vocal magique.

Quel Art, et quelle science pour tout caractériser, preuve que l’on n’est absolument pas ici devant une lecture « a prima vista » (autre légende qui aura fait long feu) : les cahiers de Variations, les recueils de Danses (écoutez le K. 509, plein de fifres et de hautbois, comme Gieseking vous les fait sonner !), toute la part légère de l’ensemble montrent un luxe d’accents, de rythmes, d’effets qui forment un vocabulaire de divertissement resté unique.

Tant de vie, tant d’évidence font enrager que l’intégrale des Concertos à laquelle Legge et Gieseking songeaient soit restée en suspens. La terrible année 1955 – Gieseking perd son épouse dans un accident de la circulation qui l’affecte moralement et physiquement – aura raison des projets, sinon de celui de l’intégrale des Sonates de Beethoven, interrompu au milieu du guet par la mort du pianiste. Raison de plus pour revenir enfin à cet ensemble aussi inspiré que méprisé.

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