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Walkyrie solitaire pour Bayreuth en 2018

Festivals, La Scène, Opéra

Bayreuth. Festspielhaus. 31-VII-2018. Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Frank Castorf. Décors : Aleksandar Denic. Costumes : Adriana Braga Peretzki. Lumières : Rainer Casper. Vidéos : Andreas Deinert & Jens Crull. Avec : Stephen Gould, Siegmund ; Tobias Kehrer, Hunding ; John Lundgren, Wotan ; Anja Kampe, Sieglinde ; Catherine Foster, Brünnhilde ; Marina Prudenskaya, Fricka, Schwertleite ; Caroline Wenborne, Gerhilde ; Christiane Kohl, Ortlinde ; Simone Schröder, Waltraute ; Regine Hangler, Helmwige ; Mareike Morr, Siegrune ; Mika Kaneko, Grimgerde ; Alexandra Petersamer, Rossweisse. Orchester der Bayreuther Festspiele, direction musicale : Plácido Domingo

bayreuth2018_Walkyrie1Reprise seule avec une dramaturgie moins travaillée, la production de Die Walküre de devient une simple scène de répertoire pour une distribution qualitative, livrée à elle-même par la direction leste et décalée de .

Créée en 2013 pour le bicentenaire de la naissance de Wagner, la production de Der Ring des Nibelungen de a passionné une partie du public et de la critique, pour en abandonner une grande majorité sur le bas-côté avec une transposition de l’or doré du Rhin vers l’or noir du Monde. Largement défendue dans nos colonnes en 2015, 2016 et 2017, ce travail d’un artiste révolutionnaire trente ans plus tôt peine à passionner lors de la première journée du festival, unique reprise cette saison.

Comme décrit dans les articles des années précédentes, l’action de cette Walkyrie est déplacée vers Bakou en 1942 ; elle relate une scène historique russe qui empêcha l’avancée des Allemands et à terme contribua à la défaite des nazis. Pendant communiste à un Prélude capitaliste aux USA, cette proposition devenue autonome en 2018 pour combler les trous d’un été sans Ring ne fonctionne plus. Le décor d’Aleksandar Denic, un magnifique puits de pétrole en bois en guise d’habituel arbre de Wotan, était déjà celui du volet de Castorf le moins passionnant des quatre, et si les dindons en cage du premier acte réussissent encore à divertir un développement faible, plus personne ne rit pendant le spectacle. À l’acte III, il est bien compliqué d’expliquer l’intérêt de faire encore rentrer un homme dans la cage vide des volailles pour s’y nourrir de simple littérature, alors que plus aucune connexion ne sera faite avec le sujet par la suite.

À cette proposition, avec vidéos de films d’époque associées à des captations live en noir et blanc d’un style trop vu depuis deux décennies, s’ajoute une dramaturgie peu retravaillée, le metteur en scène ayant fui Bayreuth dès la seconde année, alors que Kirill Petrenko dirigeait encore. Il faudrait donc une fosse enflammée pour réussir à porter les leitmotivs d’amours et de rédemption, voire de rédemption par l’amour, puisque c’est par Sieglinde qu’il est annoncé. Mais en fosse, le problème est ce soir encore plus marqué que sur scène. Car si Castorf a une conception discutable du drame, il sait la défendre, quand le chef justifie plus sa présence comme un cadeau rendu par le Festival face à l’importance de l’artiste, ici comme sur toutes les plus grandes scènes du monde, depuis plus de cinquante ans, que comme chef d’orchestre à même de renouveler l’approche musicale des drame wagnériens, là où des jeunes comme Trinks, Netopil ou surtout Cornelius Meister auraient pu démontrer beaucoup plus.

Le début du Prélude de l’acte I s’annonce pourtant d’une belle célérité avec des trémolos de violons nerveux qui pourraient annoncer une excellente soirée d’orchestre, si dès la première nappe d’altos n’apparaissait un flottement retrouvé bien trop régulièrement par la suite. Jamais la phalange ne se montre véritablement maîtrisée, et en plus de créer de nombreux décalages avec un plateau devenu parfaitement autonome à l’arrivée des guerrières de Wotan, Domingo provoque aussi des décalages entre les pupitres. L’ensemble de Bayreuth est certes une merveille dont ressortent tant de superbes soli de cordes que de bois, mais les cuivres systématiquement en retrait et les percussions comme tous les instruments graves, contrebasses et bassons en premier lieu, ne sont jamais utilisés à bon escient.

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Au fur et à mesure, la musique orchestrale se délite et l’immolation de Brünnhilde est bienvenue, ce malgré l’excellente prestation de , dont on retrouve les qualités supérieures louées ces dernières années, avec une texture de voix pleine sur toute la tessiture et une puissance particulièrement bien exploitée à la scène finale. Des jumeaux, est un Siegmund dans la continuité des grands heldentenöre qui ont à leur répertoire également Tristan et Siegfried. Il manque donc parfois de finesse et son retour comme sa mort à l’acte II touchent peu, mais l’acte I et des Wälse de plus de dix secondes peuvent en remontrer à beaucoup de chanteurs du rôle depuis un siècle. retrouve une Sieglinde abandonnée en 2015 sur la colline, et si à l’époque nous écrivions qu’elle avait sans doute la réserve pour tenir Brünnhilde, l’avoir entendue dans le rôle depuis (en 2017 pour la Walkyrie du cinquantenaire du Festival de Salzbourg à Pâques) montre qu’elle ne possède pas tout à fait assez de puissance et semble même s’être abimée la partie aigüe en choisissant des partitions si lourdes.

Le Wotan de présente l’effet inverse. Plus ce chanteur apparait sur les scènes, plus il semble avoir corrigé les défauts du passé. Impressionnant depuis des années, il lui manquait une diction maintenant précise, des consonnes aujourd’hui très audibles, et une matière dans le grave que la voix possède à présent. Son Wotan se montre particulièrement remarquable dans la dernière scène, d’un timbre très éloigné de celui de la basse , pour un Hunding posé dans des graves plus sombres. campe une Fricka impactante dès qu’elle est sur le plateau et tient aussi Schwertleite, tandis que les autres Walkyries démontrent le niveau d’excellence recherché par le Festival sur les seconds rôles, tout particulièrement grâce à la magnificence des registres aigus de pour Gerhilde et pour Ortlinde.

Crédits photographiques : © Enrico Nawrath

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