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La Main Harmonique et Les Timbres à Musique en Chemin

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

La Romieu. Collégiale Saint-Pierre. 27-VII-2018. Œuvres extraites du Codex Calixtinus et du Livre Vermeil de Montserrat (XIVe s.) ; œuvres de Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), Tomás Luis de Victoria (1548-1611), Heinrich Schütz (1585-1672), Nicolas Gombert (1495-1556), Andrian Willaert (1490-1562), Antoine Brumel (1460-1513), Arvo Pärt (né en 1935), Andrea Gabrielli (1532-1585), Pierre de Manchicourt (1510-1564), Malcolm Bothwell (1958-2015) et Pieter Maessins (1505-1562). Nadia Lavoyer et Judith Derouin, sopranos ; Guillaume Gutierrez et Loïc Pauli, ténors ; Marc Busnel, basse ; Soumaya Hallak, chant syriaque. Ensemble La Main Harmonique et Chœur Ambrosia. Alto et direction : Frédéric Bétous

28-VII-2018. Œuvres d’Arcangelo Corelli (1653-1713), Georg-Philipp Telemann (1681-1767), Marin Marais (1656-1728), Henry Purcell (1659-1695), Johann Sebastian Bach (1685-1750) et François Couperin (1668-1733). Ensembles Les Timbres et Harmonia Lenis : Kenichi Mizuuchi, flûte à bec ; Maite Larburu Garmendia, violon ; Myriam Rignol, viole de gambe ; Julien Wolfs, clavecin et orgue

La Main Harmonique Tous mes regretzFondé en 2011, le festival Musique en Chemin procède de l’ensemble vocal , dirigé par le contre-ténor . Sa huitième édition vient de s’achever.

Dans ses premières années, le festival était itinérant entre plusieurs localités du nord du Gers, sur une petite portion du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, avant de se fixer dans l’ancienne sauveté de La Romieu, étape sur le même chemin, dont l’imposante collégiale, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, célèbre ses 700 ans cette année.

a souhaité faire venir des artistes amis dans la campagne gersoise, tout en offrant à de jeunes ensembles la possibilité de se produire en public. Nombres de chanteurs qu’ils côtoient dans divers ensembles de musique ancienne ont formé les leurs et il semble naturel de leur proposer des concerts, d’autant plus qu’il s’agit le plus souvent de programmes originaux avec des œuvres peu connues.

Le pèlerinage de

Dans ce même esprit de partage, à côté de l’ensemble professionnel La Main Harmonique, spécialisé dans les polyphonies de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, Frédéric Bétous a fondé avec la même exigence un chœur pour amateurs éclairés, l’Ensemble Ambrosia, pour explorer ce même répertoire.

Dans une collégiale pleine, le programme d’ouverture forme un pèlerinage à travers l’espace et le temps, selon une thématique propre au chemin de Saint-Jacques. Et pour l’occasion, le Camino s’étire d’Orient vers l’Occident avec les mélopées et lamentos syriaques de la soprano syro-suisse , qui alternent avec les polyphonies européennes. L’intention est claire d’associer les migrants d’aujourd’hui aux pèlerins d’autrefois auxquels on ne demandait pas leurs motivations.

Dès l’entrée processionnelle au son entraînant du Dum pater familias extrait du Codex Calixtinus, ce recueil édité en France au Moyen Âge qui accompagna les pèlerins vers Compostelle pendant des siècles, on est comme soulevé dans une autre dimension pour n’atterrir qu’une grande heure plus tard à l’ultime note du très marial Tota pulchra es de . On entend au passage quelques extraits du Livre Vermeil de Montserrat, qui avait la même fonction depuis la Catalogne, avec des motets de Victoria dont le sublime O vos omnes, ainsi que des hymnes de Palestrina, Gabrielli, Willaert et un motet de Schütz, Selig sind die Toten. Pour rappeler qu’en ces périodes, sacré et profane étaient souvent mêlés, Frédéric Bétous a intercalé quelques chansons de , et Antoine Brunel avec le « tube » Tous mes regretz. Il introduit également des respirations contemporaines avec le Da pacem domine d’ et un complexe Osanna in excelcis du regretté .

La Main Harmonique, se caractérise par une précision extrême des intonations et des phrasés où les lignes vocales s’entremêlent sans cesse, ainsi que les échelles chromatiques et diatoniques. Comme dans de nombreuses maîtrises d’alors, les chantres professionnels sont astucieusement dispersés dans le chœur afin de mener les pupitres des chanteurs un peu moins aguerris. L’ensemble montre une belle homogénéité dans ce répertoire complexe, qui séduit le public.

Vainqueur France Couperin

en Tournoi musical à La Romieu

Le lendemain, l’ensemble , associé à son pendant japonais , proposait son tournoi musical, un concert interactif en forme de joute instrumentale entre la France, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Italie où le public choisit les finalistes et le vainqueur. Cet exercice ludique se basant sur les avis du voyage européen de Charles Burney entre 1770 et 1773, commence naturellement par une adaptation baroque de l’hymne européen, comme une vision moderne des goûts réunis. Ce clin d’œil à de récentes compétitions sportives oppose les quatre nations en demi-finale.

L’impétuosité et la frénésie italiennes sont défendues par la Sonata da chiesa en sol majeur op. 1 n° 9 de Corelli, qui fut un modèle pour toute l’Europe musicale de son temps. Suivent la patience et la profondeur allemandes qui selon Burney « pèchent par complication contrapuntique et sérieux ». Dans la Fantasia n° 1 TWV 40:2 de Telemann, la flûte à bec de se lance dans un impressionnant solo avant d’être repris en écho par l’orgue positif, tandis que le Trio n° 2 en la mineur internationalise le débat. est le champion de la France avec des extraits de son IVe livre de Pièces de viole superbement interprétés par , puis des Pièces en trio, la 2e Suite et la Petite Passacaille. Enfin l’Angleterre « aux mélodies et harmonies inhabituelles, mélancoliques et intimes » est naturellement représentée par Purcell avec le Prélude de la 2e Suite et la 6e sonate à 4 parties.

Le niveau est élevé et le public vote avec passion pendant l’entracte, alors que commente le dépouillement avec malice. La finale opposera la France et l’Allemagne. Celle-ci est défendue par son champion toutes catégories avec une sonate pour deux dessus et continuo. On goûte la merveilleuse régularité cyclique, néanmoins expressive de Sebastian. À défaut de Louis Marchand, le rival français est avec la courante du Troisième Concert royal, La Françoise. À la surprise des musiciens, le public déclare la France vainqueur avec Couperin. Leur dernier enregistrement démontre qu’ils jouent les Concerts royaux comme personne…

Non seulement Les Timbres font de la musique ensemble avec une grande complicité et une proximité avec le public, mais ils jouent avec la musique en la rendant ludique. Ils avouent toutefois qu’en huit représentations de ce spectacle original, c’était la première fois que la France arrivait en tête. Le public jubile et Les Timbres le gratifient d’un autre de ses tubes, le Tambourin de la 3e Pièce de clavecin en concert de Rameau.

Le dimanche, le rehaussait par ses polyphonies la messe du 700e anniversaire de la collégiale Saint-Pierre de La Romieu.

Crédits photographiques : © Alain Huc de Vaubert

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