Les enregistrements perdus d’Emil Guilels au Concertgebouw

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates n° 7, 8 (1er mouvement), 12, 25, 26, 27, Variations « Eroica ». Johannes Brahms (1833-1897) : Quatre ballades ; fantaisies opus 116 . Robert Schumann (1810-1856) : Arabesque. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Prélude opus 12 n° 7 ; Visions fugitives (extraits) ; Sonate n° 3 ; Marche de l’Amour des trois oranges. Franz Liszt (1811-1886) : Sonate en si mineur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate n° 15 ; Fantaisie K 397 ; Variations sur « Salve tu Domine ». Alexandre Scriabine (1871-1915) : Etudes opus 8 n° 8, opus 2 n° 2, opus 74. Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane pour une infante défunte ; Jeux d’eau ; Alborada del gracioso. Bach/Siloti : prélude. Frédéric Chopin (1810-1849) : Polonaise opus 40 n° 2 ; Sonate n° 3 ; Nouvelle étude ; Polonaise « Héroïque ». Emil Guilels, piano. Coffret Fodamenta Devialet. Enregistrements des 19 janvier 1975, 26 octobre 1976, 29 mars 1978, 30 janvier 1979, 15 avril 1980. Textes de présentation en anglais et français. Durée : 5:57:44

 

Les Clefs du mois

Emil-Gilels-1196701359_LDurant toute sa vie, vint jouer régulièrement au Concertgebouw, devant un public dont il appréciait la chaleureuse attention, jusqu’à ce qu’un accident cardiaque en 1981 juste après un récital dans cette salle mythique le laisse diminué. C’est un exceptionnel condensé de son art que les cinq récitals réunis dans ce coffret d’une qualité sonore et éditoriale superlative.

Ce superbe coffret, présenté avec un luxe éditorial exceptionnel, iconographie comprise, nous restitue des enregistrements « perdus » d’ tirés de cinq concerts donnés au Concertgebouw d’Amsterdam en 1975, 1976, 1978, 1979 et 1980. La première constatation est la qualité remarquable des bandes et de la sonorité, alors que tant de coffrets d’archive comparables (cf. Les Richter édités par Profil Hänssler) pâtissent d’un son épouvantable. La seconde est moins satisfaisante car d’une année sur l’autre les doublons sont réels (Prokofiev en particulier), et surtout on cherchera en vain de véritables inédits par rapport à la très documentée discographie officielle de Guilels (DG ou Melodiya).

Inutile de rêver, on ne trouve pas ici de quoi compléter l’intégrale inachevée des sonates de Beethoven sous l’étiquette jaune. Mais la variété des contenus, la qualité constante de la maîtrise du clavier, la tenue d’ensemble, tout cela dessine et affine le portrait d’un interprète géant et intimidant. Ces Mozart étendus à l’extrême, notamment la Sonate n° 15 (27:08 !) aussi longue que la torrentielle sonate de Liszt, torrentielle mais jamais désordonnée, les Brahms ultimes d’une poésie infinie qui tendent la main aux ballades de jeunesse, et surtout ces Beethoven impressionnants de concentration et de hauteur de vue, complètent le portrait qu’on croyait pourtant déjà bien brossé du maître russe. Quelques Chopin, dont une splendide Sonate n° 3, ouvrent la voie au tout début du XXe siècle (Ravel, Scriabine et Prokofiev, mais rien de Rachmaninov…).

Les textes de présentation fouillés et détaillés, quelques photos émouvantes, tout concourt à faire de ce coffret un bel objet. Précisons d’ailleurs qu’il a été réalisé en collaboration avec Kirill Guilels, fils de la pianiste et petit-fils d’Emil Guilels, auteur de l’introduction du livret. On espère désormais que l’éditeur, émanation d’un fabricant de matériel sonore de très haute qualité technologique, qui, jusque là, s’est plutôt intéressé au jazz, nous donnera d’autres ensembles d’une aussi belle eau. Une dernière précision, ce coffret existe aussi sous la forme d’une édition limitée de sept vinyles pour les irréductibles de ce support.

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