La touche française de la Martha Graham Dance Company à Garnier

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Opéra Garnier, Paris. 3/IX/2018. Martha Graham Dance Company.
Cave of the heart. Chorégraphie (1946) et costumes : Martha Graham. Musique : Samuel Barber. Scénographie : Isamu Noguchi. Lumières : Beverly Emmons. Avec Xin-Ying, Médée ; Lorenzo Pagano, Jason ; Laurel Dalley Smith, La princesse ; Leslie Andrea Williams, Le Choeur.
Ekstasis. Chorégraphie (1933) : Martha Graham, ré-imaginée en 2017 par Virginie Mécène. Musique : Ramon Humet. Costumes : Martha Graham. Lumières : Nick Hung. Avec Aurélie Dupont.
Lamentation Variations. Chorégraphies : Bulareyaung Pagarlva (2009), Nicolas Paul (création), Larry Kelgwin (2007). Musique : Gustav Malher, John Dowland, Frédéric Chopin. Costumes : Jennifer O’Donnell. Lumières : Beverly Emmons, Yi-Chung Chen. Conception : Janet Eilber. Avec les danseurs de la Martha Graham Dance Company.
The Rite of Spring. Chorégraphie (1984) : Martha Graham. Musique : Igor Stravinsky. Décors : Edward T. Morris. Costumes : Pilar Limosner. Avec Peju Chien-Pott, l’élue ; Ben Schultz, le chaman et les danseurs de la Martha Graham Dance Company.

Près de trente ans après son dernier passage sur la scène du Palais Garnier, la Dance Company revient avec des œuvres emblématiques du répertoire de la chorégraphe américaine. Elle apporte aussi quelques nouveautés, qui forment la touche française de la soirée, avec Ekstastis, un solo recréé en 2017 et dansé ici par et une variation de Lamentation signée , danseur du Ballet de l’Opéra de Paris.

En alternance avec Appalachian Spring, un autre ballet emblématique du répertoire grahamien, Cave of the Heart qui ouvrait la soirée de Première nous offre un condensé de la tragédie grecque de Médée, resserrée autour de quatre personnages qui possèdent chacun leur identité chorégraphique propre. L’empreinte légère de la princesse, fille de Créon et innocente épouse de Jason, l’orgueilleux, contraste avec le style lyrique et ample du chœur, qui annonce la tragédie dont l’instrument est Médée, sorcière colérique et vengeresse. Le quatuor infernal se met très rapidement en place, cheminant vers l’issue fatale constamment rappelée par la sculpture de Noguchi placée à l’avant-scène. C’est cette robe de feu métallique que revêt la sorcière une fois son forfait achevé qui symbolise depuis sa création cet implacable ballet.
Solo à la fois hiératique et sensuel, Ekstasis est interprété très sobrement par , directrice de la danse à l’Opéra de Paris, et invitée exceptionnelle de la Dance Company à l’occasion de son passage à Paris. Ce solo de 1933 écrit par a été reconstitué en 2017 par , ancienne principal de la compagnie et désormais enseignante et directrice de la compagnie Graham 2. Martha Graham disait de ce solo qu’elle y avait découvert une nouvelle relation entre la hanche et l’épaule. L’utilisation d’un costume en tube moulant l’ensemble du corps donne une forme de résistance et de contraintes aux mouvements qui rend ce solo fascinant.

Lamentation Variations est un projet artistique lancé par , directrice de la à l’occasion de la commémoration, en 2016, des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Elle a décidé de confier à des artistes d’aujourd’hui des variations en hommage au solo, datant de 1930, dont un film conserve la trace. Trois de ces variations − elles sont aujourd’hui au nombre de 15 − ont ainsi pu être montrées lors de programme à Garnier. La première est un quatuor pudique de trois garçons et une fille, signé Bulareyaung Pagarlva. La seconde variation est un émouvant, rapide et fascinant trio de filles de , danseur au Ballet de l’Opéra de Paris, qui signe avec ce trio une pièce que l’on espère voire reprise seule, pour mieux en apprécier l’originalité, la qualité et la valeur. La troisième variation met en jeu toute la compagnie, avec une approche tactile du chagrin et de l’effroi, très réussie.

Après l’entracte, le rideau s’ouvre sur la version du Sacre du printemps de Stravinsky chorégraphiée par Martha Graham alors qu’elle avait 89 ans ! La tribu primitive de The Rite of Spring ressemble davantage à une secte avec son chaman gourou qui envoûte et manipule ses ouailles. Si le corps de ballet est traité sur un mode constructiviste, avec des mouvements géométriques et souvent symétriques, le cœur de la pièce réside dans le duo formé par Peju Chien-Pott, l’élue et Ben Schultz, le chaman, d’une grande force et sensualité. Laissant tomber sa longue cape, on découvre soudain un danseur ultra-musclé et puissant, dont les muscles sont tatoués et sculptés par la lumière. Entre ses griffes, la danseuse n’est pas si frêle et se soumet avec fierté au sacrifice. Une version étonnante du Sacre du Printemps qui apporte une nouvelle lecture de ce rite païen, moins vu comme un viol que comme une célébration. Les danseurs et danseuses de la , lourdement maquillés, y brillent.

Crédits photographiques : © Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

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