Jeunes compositeurs à l’Académie Voix Nouvelles de Royaumont

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Abbaye de Royaumont. Festival de Royaumont
8-IX-2018. Concert de l’Académie Voix Nouvelles Compositeurs 1 : œuvres de Lanqing Ding (Chine), Nuno Costa (Portugal), Igor Coelho A.S. Marques (Brésil), Justina Repečkaité (Lituanie), Tonia Ko (US), Feliz Anne Reyes Macahis (Philippines), Simone Corti (Italie). Ensemble Meitar, Ensemble vocal Exaudi, direction James Weeks
9-IX-2018. Concert de l’Académie Voix Nouvelles Compositeurs II : œuvres de Hiromichi Kitazume (Japon), Xue Han (Chine), Kaito Nakahori (Japon), Jacob Bragg (Australie), Linda Leimane (Lettonie), Sunyeong Pak (Corée du Sud), Jack Sheen (Royaume Unis). Ensemble Meitar, Ensemble vocal Exaudi, direction James Weeks

Exaudi-AcademieVoixNouvelles-Compositeurs2-ref-Royaumont-2018-HRP1270171En un week-end et sept concerts, le Festival de Royaumont braque ses projecteurs sur la musique d’aujourd’hui et la jeune génération des compositeurs. Deux concerts de l’Académie Voix nouvelles sont à l’affiche dans le confort acoustique de la Salle des Charpentes de l’Abbaye.

L’académie Voix nouvelles Compositeurs, qui observe cette année une exemplaire parité (sept filles et sept garçons) s’étend sur trois semaines durant lesquelles de jeunes compositeurs venus du monde entier viennent recueillir encouragements et conseils de trois professeurs, en l’occurrence , et pour cette édition. À l’issue des deux concerts toujours très attendus, des commandes seront passées à certains d’entre eux pour prolonger d’un an leur travail avec Voix nouvelles et les engager dans la vie professionnelle.

Sur scène, l’ de Tel-Aviv et l’ensemble vocal anglais Exaudi, fort prisé sur le sol français, ont conjugué leur force pour défendre, et avec quel engagement, la nouvelle musique.

La Chinoise a opté pour le piano préparé (touches bloquées, balles de ping-pong dans les cordes et autres artifices) dans une pièce séduisante, exploitant les espaces de résonance et les mouvements vibratoires au sein d’une écriture aussi nourrie qu’inventive.

Très/trop courte, Hypnos du Portugais , pour deux voix d’hommes et clarinette, est un travail prometteur sur l’énergie du souffle et la couleur des phonèmes qu’il emprunte à la langue portugaise.

Courante d’ pour trio à cordes s’accompagne d’un jeu de lumière subtil conférant à l’écriture du timbre des moirures inattendues.

Moins convaincant, The Body of Absence de l’États-unienne met néanmoins en vedette la superbe voix de baryton des Exaudi. Dirigé par , Prologue, du Philippin , pièce destinée à un projet plus vaste, développe avec beaucoup d’acuité sonore une dramaturgie via une langue inventée.

Dans Purtroppo, l’Italien joue de manière distancée avec la langue italienne et les « mécanismes » du madrigal monteverdien.

Notre coup de cœur, dans ce premier concert, est pour la Lituanienne . Designation & Expulsion pour mezzo, basse et percussion est un travail aussi fin qu’efficace sur la sonorité des mots et leur pouvoir émotionnel, dans un caractère ritualisant, rejoignant d’une certaine façon les joutes verbales des Inuits.

À la même heure, le concert du dimanche n’est pas moins captivant, avec deux œuvres en tutti d’abord (six voix et huit instruments) dirigées par l’excellent . Du Japonais , Vers une mécanique de l’esprit recherche les fractures, accuse les contrastes et le discontinu avec un certain radicalisme, au sein d’une écriture pleine de vitalité. La Chinoise fait appel aux appeaux, porte-voix et autres filtres pour forger une matière foisonnante dans The Last Stars, une pièce inspirée d’un ancien poème chinois (« Mon jardin est rempli d’Éclats ») d’une séduction certaine. Le Japonais préfère l’épure et le théâtre intérieur dans Zéro II pour soprano et cinq instruments, une musique de la fragilité inspirée du roman d’Haruki Murakami La ballade de l’impossible. Travail sur le spectre et ses couleurs microtonales, That ferocity within de l’Australien est une méditation sur le timbre et la résonance, où les quatre sources sonores tendent à former un méta-instrument. Moins innovante sinon sensible et bien conduite, Ophélia, de la Lettone relève de l’esthétique spectrale, cherchant la fusion des timbres et leur transformation. C’est le groove, la saturation sonore et la flexibilité du tempo que recherche la Coréenne dans The Moments II pour octuor instrumental, regardant vers le jazz.

Long pan requiem, enfin, du britannique , est une œuvre performance, notre second coup de cœur, conçue pour l’acoustique résonnante de la Salle du réfectoire des moines où le public est invité à se rendre. Les six chanteurs d’Exaudi sont dispersés dans l’espace, laissant le public déambuler librement tout autour. Libre également est le canon à trois voix chanté sur les syllabes de l’Introït du Requiem, engendrant une hétérophonie flottante du plus bel effet. Le bruit des pas cesse presque instantanément lorsque les voix s’immobilisent sur de longues tenues, suspensives autant qu’irradiantes.

Les esthétiques divergent autant que les projets, mais l’énergie est toujours rivée au geste de ces jeunes compositeurs, dont il faut vanter, cette année, la haute tenue des réalisations sonores.

Crédits photogaphiques : © Abbaye de Royaumont

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