L’intégralité de l’œuvre lyrique de Tchaïkovski en 22 CD

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Le Voïévode, L’Opritchnik, Tcherevitchki (Les Souliers de la reine), Eugène Onéguine, La Pucelle d’Orléans, Mazeppa, L’Enchanteresse, La Dame de Pique, Iolanta ; extraits de Ondine, Mandragore, Roméo et Juliette ; musique de scène pour La Fille des neiges et Hamlet. Avec : solistes du Théâtre Bolchoï. Chœurs et orchestres de Moscou, de la Radio de Moscou, de la Radio de l’URSS, du théâtre Bolchoï, du théâtre Mariinsky, direction : Alexeï Kovaliov, Alexandre, Orlov, Alexandre Melik-Pachaïev, Vassili Nebolsin, Boris Khaïkin, Samuel Samosoud… 22 CD Profil Edition Günter Hänssler. Enregistré de 1936 à 1963. Notice de présentation bilingue (allemand et anglais).

 

Complete-Operas-Fragments-Incidental-MusicAubaine pour l’auditeur passionné des opéras du grand compositeur russe, ou de l’opéra en général. Dans des interprétations anciennes et souvent inaccessibles à l’auditeur occidental, c’est toute une tradition du chant russe des années de guerre et d’après-guerre qui nous est ainsi restituée.

Nul doute que ce beau coffret de 22 CD comblera tous les passionnés de Tchaïkovski et qu’il fera de nombreux adeptes parmi les auditeurs les plus curieux. On y retrouve en effet l’intégralité de l’œuvre lyrique du grand compositeur russe, y compris les pièces les plus rares. Qui pouvait se targuer de posséder dans sa discothèque toute la musique qui nous reste du Voïévode, l’opéra de jeunesse détruit par Tchaïkovski et partiellement reconstruit à partir de copies séparées ? Qui connaissait encore les rares restes de Mandragore, opéra également détruit par le compositeur, ou encore les extraits d’ouvrages incomplets et restés à l’état de projets comme Ondine ou Hamlet ? À côté des grands classiques que sont Eugène Onéguine et La Dame de Pique, peut-être également aujourd’hui La Pucelle d’Orléans et Iolanta, on découvrira ou réentendra des ouvrages comme L’Opritchnik, Tcherevitchki (Les Souliers de la reine), Mazeppa ou L’Enchanteresse, sans oublier les musiques de scène pour Hamlet et La fille des neiges. Certes, tous ces titres ne sont pas des chefs d’œuvre absolus – on aura du mal à aller au bout de L’Opritchnik, davantage d’ailleurs à cause de son livret que pour d’éventuelles faiblesses musicales… –, mais ils constituent tous une étape importante dans l’évolution et la production de Tchaïkovski ; Tcherevitchki (Les Souliers de la reine) a d’ailleurs assez récemment prouvé à Covent Garden son potentiel théâtral. On rêve évidemment à ce qu’aurait pu être l’opéra Roméo et Juliette s’il avait été abouti.

L’intérêt de ce coffret se double évidemment du plaisir de (re)découvrir un certain nombre des grands enregistrements du passé. Captés pour l’essentiel entre 1936 et 1954 – les extraits d’Ondine, de Mandragore et de Roméo et Juliette datent quant à eux de 1963 –, ces CD nous plongent de plein fouet dans l’univers musical de l’ex-URSS, autrefois totalement inaccessible au monde occidental. Si certaines de ces intégrales d’opéra ont été récemment publiées séparément, c’est la première fois qu’on les trouvera réunies dans un coffret. L’aubaine est d’autant plus grande que certaines versions des grands opéras ont longtemps été totalement introuvables. On se précipitera donc sur la version d’Eugène Onéguine de 1936, ne serait-ce que pour le plaisir d’entendre le premier Lenski du grand , connu de tous grâce à l’enregistrement tardif de 1956, avec en Tatiana. On se délectera de son beau ténor di grazia, à la puissance et la projection tout à fait inhabituelles pour ce type de voix. Les versions contemporaines dont nous disposions sur le marché du CD nous permettaient d’entendre son grand rival , le grand absent de ce coffret. C’est ainsi, à quelques exceptions près, toute l’école russe des années 30 à 50 qui se donne à entendre au gré des différentes plages de cet opulent coffret.

L’écoute de ces voix dans l’ensemble solides et richement timbrées atteste un certain nombre de constantes que l’on retrouve d’un opéra à l’autre. Vaillance et forte projection pour des ténors hyper-testostéronés ; à côté de l’efficace – le Herman de La Dame de pique –, on préfèrera aujourd’hui le chant plus subtil de , qu’on a la chance de trouver ici à la fois dans Tcherevitchki et dans L’Enchanteresse. Chez les clés de fa, le baryton Panteleimon Nortsov, Onéguine et Robert de Iolanta très stylé, parvient à tirer son épingle du jeu, même si on lui préfèrerait presque l’organe plus souple et la musicalité plus raffinée d’, qu’on entend à la fois dans Tomsky de La Dame de pique et dans Ebn-Hakia de Iolanta. Les basses – sont-ce là le poids et l’héritage de la grande tradition russe ? – paraîtraient presque interchangeables, ce qui n’empêche pas que se distinguent les voix d’, remarquable Kotchoubeï de Mazeppa, ou encore d’, admirable Grémine d’Onéguine qu’on a la chance d’entendre également, en bonus, dans un air de roi René d’Iolanta.

Chez les dames, les sopranos sont moins stridentes qu’on le dit généralement, mais leur émission reste néanmoins, de façon en générale, raide et dénuée de souplesse. On notera cependant les noms de (Le Voïévode, L’Opritchnik) – par ailleurs la maman de Guennadi, le chef d’orchestre bien connu… –, (Tatiana et Iolanta) et (Lisa de La Dame) pour la justesse et la finesse de leur caractérisation. Opulence et générosité chez les mezzos, parmi lesquelles on retiendra surtout les noms de , formidable Jeanne d’Arc, et celui de , envoutante Pauline de La Dame de pique.  Les orchestres et les chefs sont d’excellente qualité également. On avouera une nette préférence pour les enregistrements effectués par les forces du Bolchoï, essentiellement pour l’atmosphère théâtrale qui s’en dégage.

De l’ensemble de ces 22 CD, ressort l’impression d’une solide tradition, à laquelle il manquerait peut-être davantage d’individualités pour être véritablement enthousiasmante. Le chant russe d’aujourd’hui, avec ce qu’il compte de grands noms au firmament de l’art lyrique, semble être sorti de ce travers du passé… Mais c’est tout un univers perdu qui émane de cet indispensable coffret, ayant largement sa place dans toute discothèque lyrique qui se respecte.

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