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Le retour des Huguenots à l’Opéra de Paris

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 28-IX-2018. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Les Huguenots, opéra en cinq actes, sur un livret d’Eugène Scribe et Émile Deschamps. Mise en scène : Andreas Kriegenburg. Décors : Harald B. Thor. Costumes : Tanja Hofmann. Lumières : Andreas Grüter. Chorégraphie : Zenta Haerter. Avec : Lisette Oropesa, Marguerite de Valois ; Yosep Kang, Raoul de Nangis ; Ermonela Jaho, Valentine ; Nicolas Testé, Marcel ; Karine Deshayes, Urbain ; Florian Sempey, Nevers ; Paul Gay, Saint-Bris ; Cyrille Dubois, Tavannes / premier moine ; Élodie Hache, coryphée / une jeune fille catholique / une bohémienne ; Julie Robard-Gendre, une dame d’honneur / une jeune fille catholique / une bohémienne ; François Rougier, Cossé / un étudiant catholique ; Michal Partyka, Méru / deuxième moine ; Patrick Bolleire, Thoré / Maurevert ; Tomislav Lavoie, Retz / troisième moine ; Philippe Do, Bois-Rosé / valet ; Olivier Ayault, un archer du Guet. Chœur de l’Opéra National de Paris ; chef de chœur : José Luis Basso. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Direction : Michele Mariotti

18-19-ONP-HUGUE121_DxO.jpgEnfin ! On l’avait tant désiré, tant rêvé, tant appelé de nos vœux, le chef-d’œuvre de Meyerbeer revient dans la ville de sa création, lui qui n’avait plus été donné en ces lieux depuis 1936, après plus de 1 000 représentations !

Bien sûr, les puristes hurleront aux coupures, à une mise en scène ou une distribution pas toujours adéquate, mais Les Huguenots sont bel et bien de retour à Paris ! Avec la production du Prophète à Toulouse la saison dernière, assisterions-nous aux prémices d’une « Meyerbeer renaissance » ?

Car, bien entendu, la longueur de l’œuvre effraie, aussi bien les commanditaires que les spectateurs, ainsi la soirée commence-t-elle à une heure précoce, avec deux entractes très longs pour permettre de se sustenter. Mais comment nos ancêtres se débrouillaient-ils pour satisfaire aux besoins de la nature ? Alors les coupures sont nombreuses, mais habiles. Si l’on excepte la mise à la trappe des ballets, hélas coutumière, il s’agit d’une réplique par ci, d’une reprise par là, la seule véritablement choquante étant la suppression du deuxième couplet de l’air de Marcel « pif paf pouf ». Si c’est le prix à payer pour réentendre Meyerbeer sur scène, eh bien on le paie, en attendant mieux.

Les Huguenots sont également difficiles à réaliser. Trop réaliste, la mise en scène peut verser dans le chromo de grand-papa et faire rire, trop stylisée, elle peut donner lieu à des excès irritants. a choisi une voie médiane, en racontant l’histoire fidèlement, tout en actualisant le propos. Les décors sont constitués de structures blanches, anonymes, qui autorisent une bonne exploitation de l’espace scénique et du déplacement des foules. Les costumes, pas très jolis à regarder, permettent l’identification rapide des forces en présence : fraises pour les nobles catholiques, vêtements noirs pour les protestants, etc. Si on lui sait gré de ne pas avoir versé dans la démesure, on notera cependant quelques incongruités plus que gênantes, notamment dans la scène finale, où l’on comprend mal comment les héros, qu’on a mélangé à la foule des huguenots assassinés, s’en tirent pendant si longtemps. Ou encore dans le traitement du personnage du comte de Nevers, qui en vérité est un vrai noble, dans ses pensées et dans ses actes, et certainement pas ce clown lâche, viveur et noceur qu’on nous donne à voir.

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Cette production a aussi été celle des annulations. Annoncé longtemps à l’avance, le forfait de Diana Damrau a permis d’entendre la Marguerite de Valois de , grande gagnante à l’applaudimètre, exquise de timbre, de charme et de souplesse. Plus problématique, le remplacement en dernière minute de Bryan Hymel par . Le ténor, qui a déjà tenu le rôle de Raoul, en particulier à Berlin en 2016, assure la représentation, avec une voix éclatante mais fort peu de charisme, et une présence monolithique. Les choses se gâtent et la fatigue se fait sentir lors du grand duo d’amour du quatrième acte, pendant lequel les aigus sont systématiquement faux.

Malgré toute l’estime qu’on porte à , force est de reconnaître qu’elle n’a pas les moyens de Valentine. Elle sonne étouffée, peu audible, et avec son partenaire précité, le grand duo d’amour, qui devrait être enivrant, se résume à un long tunnel d’ennui.

Ce n’était pas le bon jour pour . Après avoir raté son départ dans « pif paf pouf », on le sent par la suite précautionneux, voire mal à l’aise, au point de se demander s’il est la grande basse requise pour le rôle de Marcel. Tout un monde le sépare de l’autre voix grave, un magnifique d’autorité et d’incisivité.

Meyerbeer a été très influencé par Rossini, et c’est une excellente idée que de le distribuer à des interprètes qui se sont frottés peu ou prou au belcanto. C’est le cas de la merveilleuse , idéale en Urbain, complètement dans son élément dans les roulades et traits d’agilité du page. C’est également celui de , par ailleurs Figaro infatigable, qui campe un comte de Nevers plein de panache, même s’il est desservi par la mise en scène.

On félicitera enfin l’Opéra de Paris pour sa politique de faire travailler les chanteurs hexagonaux. La plupart des rôles secondaires sont excellemment tenus par des chanteurs francophones, et c’est déjà beaucoup.

Sous la direction de , autre habitué du cygne de Pesaro, l’orchestre sonne glorieux. Mais la véritable vedette de la soirée est le chœur, gorgé de couleur, exemplaire d’implication, auquel revient toute notre admiration.

Et malgré les réserves énoncées, cette production fait passer une excellente soirée. Meyerbeer vainqueur !

Crédits photographiques : © Agathe Poupeney / ONP

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  • HELENE ADAM

    Et le grand gagnant est … Meyerbeer ! Belle réhabilitation qui m’a comblée le soir de la Première malgré toutes les limites que vous soulignez et je partage entièrement.

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