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Ouverture de saison effervescente de l’Orchestre d’Auvergne

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Clermont-Ferrand. Opéra-Théâtre. 5-X-2018. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Stalin Cocktail. Sergueï Prokofiev (1881-1953) : Concerto pour violon n° 2 en sol mineur op. 63. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7 en la majeur op. 92. Sergej Krylov, violon. Orchestre d’Auvergne, direction : Roberto Forés Veses

Sergej_KrylovÉtonnant début de saison de l’Orchestre d’Auvergne qui choisit d’emporter avec « excès et raison » son public dans un « Vent d’Est », que la fougueuse musicalité du violoniste et la précision intransigeante du directeur musical et artistique , ne peuvent laisser de marbre.

Dommage que l’association de l’œuvre contemporaine de Sara Masüger avec le programme musical de cette soirée (démarche commune de l’Orchestre et du Fonds régional d’art contemporain Auvergne), ne soit pas aussi bien expliquée aux spectateurs que les œuvres jouées. En effet, le livret d’accompagnement et ses présentations claires, ses commentaires d’écoute pertinents et sa mise en contexte des œuvres dans leur époque sont précieux pour les néophytes. La mise en avant de la sculpture en fond de scène interroge plus même si la démarche ne peut toutefois qu’être saluée.

Interrogation aussi dans le choix des musiques dont l’alliance place surtout les orientations artistiques de l’orchestre dans un cadre résolument éclectique. Débuter une saison par les distorsions du Stalin Cocktail de est un brin osé. Même si la direction soignée du chef reste méticuleusement discrète par une battue rigoureuse, la décomposition cadavérique de la chanson autrefois populaire en l’honneur du dictateur donne une saveur particulièrement amère, le cri perçant de l’ensemble des instruments libérant enfin l’auditeur après plus de cinq minutes de glissandi gémissants et de pizzicati percutants pour un panachage sonore cauchemardesque.

L’étonnement du début fait place à l’émerveillement grâce à la qualité interprétative du soliste en première ligne lors du Concerto pour violon n° 2 en sol mineur de . Les défis sont nombreux pour le violoniste face aux multiples difficultés techniques qui parcellent la partition. D’abord celui de la mémorisation en raison des constantes et subtiles variations dans les thèmes principaux et les passages rapides de transition peu mélodiques et peu naturels sous les doigts. Cette difficulté n’en est plus une quand on voit l’engagement total du violoniste qui l’élude en jouant sans partition et sans faiblesse apparente.

Le défi de l’intonation ensuite en raison du modernisme des grands sauts mélodiques allant à l’encontre du contrepoint, des accentuations asymétriques très étonnantes et dépourvues de logique évidente, des passages rapides et des harmonies non-conventionnelles. La bonne articulation du soliste consacre la clarté à chaque note, Sergej Krylov faisant preuve d’une grande implication et de beaucoup d’imagination pour ajouter les nuances et les directions de phrases appropriées afin d’apporter à son jeu la musicalité nécessaire. Les énergies rythmique et motrice sont constamment présentes, portées par un lyrisme puissant. La coda du premier mouvement surprend les auditeurs grâce aux pizzicati flamboyants du soliste pour qui les changements de cordes constants afin d’atteindre des notes très disjointes en plus d’ajouter des accents ou des sforzandi sur plusieurs notes de façon non symétrique paraissent évidents, affirmant ainsi une prestation véritablement effervescente. Le bis en fin de première partie mené par le violoniste seul finit de conquérir un public pleinement enthousiaste.

La deuxième partie de soirée est consacrée à la plus classique Symphonie n° 7 en la majeur de Beethoven. La direction aérée de véhicule un délié et une netteté des phrases dans les pupitres des vents, mêlée à la vigueur d’une battue plus dense à destination des cordes, faisant jaillir la force et la liberté dominantes de l’ouvrage.

Crédits photographiques : Portrait de Sergey Krylov © Olga Brykina

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