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Girl, ou la difficulté de devenir danseuse

À emporter, Cinéma et musique, Danse

Girl, un film de Lukas Dhont. Avec : Victor Polster, Arieh Worthalter. Chorégraphies : Sidi Larbi Cherkaoui. Belgique, 2018. Durée : 1h45. Format : 1/1.66. Son : 5.1. Sortie le 10 octobre 2018.

 

Primé à Cannes, le film Girl de Lukas Dhont met en scène avec justesse et virtuosité une danseuse transgenre, incarnée par le jeune danseur belge . Une réussite !

« Vos pieds ont été entraîné autrement. » C’est ce qu’annonce à Lara la directrice de l’école de ballet où la jeune fille fait sa rentrée dans une ville belge non identifiée. On comprend que cette nouvelle école marque une étape importante dans la vie de Lara, née dans un corps de garçon et ayant suivi jusqu’à présent des cours destinés aux élèves danseurs. L’une des différences majeures entre l’entraînement d’un danseur et d’une danseuse, du moins dans la technique académique, est l’apprentissage des pointes, qui nécessite un renforcement progressif du pied et de la cheville. Lara ne possède pas cette conformation spécifique et doit donc rattraper son retard en suivant des cours avec une équipe enseignante bienveillante et compréhensive, mais surtout forcer son corps à entrer dans le moule.

Mais les difficultés de Lara ne s’arrêtent pas à la porte du cours de danse. Dans l’attente de la transformation définitive de son corps en fille, tant hormonale que physique, elle doit subir la curiosité malsaine de ses camarades dans les vestiaires ou les douches, l’humiliation d’être singularisée en classe ou les nombreux examens et visites médicales liés à son projet de changement de sexe, ce qui donne lieu à certaines scènes parfois choquantes ou violentes, mais toujours filmées avec justesse par .

Le réalisme des scènes de danse est accentué par le choix audacieux de pour incarner le rôle principal. Ancien élève de l’École Royale de Ballet d’Anvers, ce jeune danseur professionnel a déjà participé à des productions du Ballet Vlaanderen et a remporté des prix à de nombreux concours de danse. Androgyne, il se coule avec aisance dans le rôle de Lara, rendant crédible son parcours d’élève danseur, devenu danseuse.

L’originalité du film du réalisateur belge, primé de la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes, est de se concentrer sur le personnage de Lara, son visage et son corps, dans sa relation à elle-même et aux autres, sans la réduire à son statut de transgenre. Rien n’est éludé, ni les conséquences de son choix sur la vie de famille monoparentale, entre un père qui s’inquiète pour son enfant et un petit frère parfois perdu, ni ses propres tourments affectifs et l’impatience qu’elle témoigne à devenir pleinement une femme, ni les affres physiques qu’impliquent sa transformation. C’est une adolescente à laquelle on souhaite d’aimer et de vivre sa vie que l’on voit à l’écran, et cette évidence fait du film une réussite totale et émouvante.

Crédits photographiques : Kris Dewitte

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