Artiste sans compromis, Horatiu Radulescu aura cherché dans le son l’océan de vibrations scruté par Pythagore.
Avec la mort de Horatiu Radulescu, jeudi 25 septembre 2008 à Paris, où il s’était installé en 1969, des suites d’une longue maladie, une semaine après celle de Mauricio Kagel, la musique perd coup sur coup deux de ses créateurs les plus cosmiques. En effet, là où l’aîné argentin embrassait le monde dans son universalité, englobant dans son langage les musiques savantes, traditionnelles et populaires, le cadet roumain creusait l’univers des sons jusqu’au plus profond de sa matière, intégrant la « microspacialité ». Artiste sans compromis, homme exigeant au caractère tranchant et à l’humour caustique - ce qui lui valut de vives inimitiés, particulièrement en France - qui trahissait une ardente intelligence, compositeur fécond, avec plus d’une centaine d’œuvres, Radulescu compte parmi les compositeurs roumains les plus puissants, aux côtés de Georges Enesco, Mihail Jora, Paul Constantinescu, Aurel Ströe, dont il a été l’élève, Costin Mireanu. Il restera comme l’un des novateurs les plus intransigeants et originaux des quarante dernières années.
Né à Bucarest le 7 décembre 1942, violoniste de formation, Radulescu a établi dès 1969 les fondements de la technique spectrale de composition, qui allait ouvrir tout un monde inconnu qu’allaient creuser plusieurs élèves d’Olivier Messiaen, Gérard Grisey, Tristan Murail, Hugues Dufourt et Michael Lévinas, entre autres. Il restera pourtant dans l’ombre de ces derniers, moins connu du public. La méthode de composition qu’il a mise au point, la scordatura spectrale, échelle d’intervalles inégaux et toujours plus tassés dans l’aigu correspondant aux séries harmoniques. Il s’est principalement attaché, écrivait-il, aux traitements des sources sonores par des modes de jeu suscitant des microphénomènes de timbres riches en harmoniques, et à l’intense vie dynamique qui implique des transformations de timbre ».
En 1983, Radulescu fondait à Paris, avec des amis musiciens, dont ceux du Quatuor Arditti, l’ensemble de solistes European Lucero, avec lequel il donnait des concerts dans plusieurs villes du monde, de La Rochelle à Lisbonne, de Rome à Stuttgart, de Londres à New York. Huit ans plus tard, il lançait le festival et les master classes Lucero pour la musique nouvelle. Depuis quelques années, il vivait en Suisse, auprès de son épouse, violoncelliste, et de leurs enfants.
Bruno Serrou