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Instrument / Voix
Petites Histoires du violon
V. Magie, religion ou croyance ?

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Photo (c) DR     L’étude de notre comportement face au violon nous fait entrevoir en quoi les situations assumées par les hommes des sociétés primitives ont laissées des traces dans notre inconscient et ont ainsi générées des attitudes et des sentiments que l’on retrouve autour de cet instrument.

     Si l’on regarde le violon avec l’œil d’un enfant, on découvre un objet fermé avec deux petites fenêtres et un système de cordes au dessus. Cette boîte présente un mystère : Que peut-il y avoir à l’intérieur ? Si quelqu’un vient frotter les cordes, la lumière nous est tout à coup révélée par le son qui s’en dégage. A l’intérieur de cette caverne, ou de cette urne, des puissances secrètes s’expriment en invoquant un rituel en forme d’incantation et qui se matérialise au travers de la vibration. Le violon est alors, en termes d’ethnologie, une hierophanie (un objet qui nous rend sensible à une réalité cachée) ce phénomène s’appelle tout simplement … la magie ! Parallèlement, on retrouve dans le violon toutes sortes de symboles judéo-chrétiens utilisés à l’époque de sa création évidemment associés à d’autres bien plus anciens. Citons le matériau dans lequel il est taillé : le bois a sa propre symbolique. De même l’érable par la couleur rouge de ses feuilles évoque naturellement le sang. Puis le son, attribué au chant du chat (animal maléfique), est associé au diable.

     A l’origine de tout mythe ou religion l’Histoire nous apprend que l’on assiste à une violence ou pire, un meurtre. On dit abattre un arbre, exécuter une pièce. Pour qui a déjà entendu un arbre en train de tomber, ce premier son est un cri de douleur inouïe. Le bois au lieu de mourir, de pourrir, comme doit être sa vocation naturelle, va continuer à vivre et à vibrer à travers l’instrument. Cette résurrection suppose un rapport particulier à la vie et à la mort où la notion de temps « sa vie » s’oppose à celle du temps « historique ». La durée de vie apparemment éternelle de l’« objet-violon » y fait référence. Dans la plupart des cosmogonies, l’idée que le cosmos, les puissances divines et l’Homme soient également structurés fait apparaître la même notion dans les réalisations humaines. Les habitations archaïques étaient bâties autour d’un pilier central censé relier la terre au ciel et appelé « axe du monde ». L’âme du violon présente des analogies tant techniques que symboliques avec cet axis mundi. La religion judéo-chrétienne a repris cette cosmogonie et de nombreux objets symboliques sont de fait des tabernacles. Par ces observations, nous comprenons les rapports entre le violon, d’une part, et la magie d’autre part. Ces éléments jouent un rôle dans notre comportement. Il peut être affectif, amoureux, voir érotique, respectueux et en général passionné. On peut le qualifier de religieux en ce qu’il implique de sacralisation, de croyances et d’irrationnel. Certains violons ont de ce fait été baptisés. Par exemple, la plupart des Stradivarius portent le nom de leurs illustres utilisateurs ou propriétaires. Le « Viotti », le « Vieuxtemps », le « Davidoff », voir des noms explicitement religieux : entre autre « Le Messie ». Ils deviennent irrémédiablement des icônes. Les luthiers eux-même baptisent leur propre production.

     Pour ce qui est des croyances (vérités admises sans être vraiment pénétrées par l’intelligence), certaines sont tout simplement des idées reçues ancrées dans les mentalités : le temps bonifie les violons, les anciens luthiers avaient un vernis dont on aurait perdu le secret, l’acquisition d’un violon par telle « vedette » donne des pouvoirs extraordinaires de qualités musicales … D’autres sont le fruit de réflexions, d’expériences personnelles, mais reposent souvent essentiellement sur la bonne foi et la sincérité de leurs adhérents. Pour certains, la qualité d’un instrument est directement liée aux lois physiques. Pour d’autres, au travail, au prix, etc.

     Que ces points de vue soient compatibles ou contradictoires là n’est pas la question. Pour ceux qui sont persuadés du bien fondé de leur opinions, ils constituent ce que l’on appelle « un mystère » au sens premier du terme, c’est à dire une vérité religieuse ! Celui qui les discute n’est pas loin de commettre un sacrilège, une profanation au sens propre. Telle n’est pas notre intention. Notre but est de comprendre sans chercher à détruire le mythe, quitte à inventer nous même nos propres croyances, et créer librement notre univers poétique.

Source
1. Mircea Eliade : Le sacré et le profane, coll. « Idées », n° 76, Paris, Gallimard, 1965
2. Sigmun Freud : Totem et Tabou. Edition Petite Bibliothèque Payot, 1965
3. André Schaeffner. Origine des instruments de musique. Introduction ethnologique à l’histoire de la musique instrumentale – Mouton Éditeur – 1968.


Crédit photographique : (c) DR

par Laurent Zakowsky (23/09/2004) [9435 visite(s)]

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