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   La Scène
[Scène] Lyrique
Mozart à grande vitesse
[Bruxelles] La Flûte Enchantée

La Scène [Scène] Lyrique Pays : BELGIQUE Région : BRUXELLES Imprimer l’article Tous les articles de Anthony Goret

Bruxelles. Théâtre royal de La Monnaie. 7-IX-2005. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en 2 actes sur un livret de Emmanuel Schikaneder. Mise en scène : William Kentridge. Décors : William Kentrdige et Sabine Theunissen. Costumes : Greta Goiris. Lumières : Jennifer Tipton. Montage vidéo : Catherine Meyburgh. Avec Kaiser N’Kosi, Sarastro ; Sumi Jo, Königin der Nacht ; Werner Güra, Tamino ; Helena Juntunen, Pamina ; Stephan Loges, Papageno ; Céline Scheen, Papagena ; Yves Saelens, Monostatos ; Salomé Haller, Erste Dame ; Isabelle Everarts de Velp, Zweite Dame ; Angélique Noldus, Dritte Dame ; Zelotes Edmund Toliver, Sprecher ; Lorenzo Caròla, Erster Geharnischter | Zweiter Priester ; Marc Claesen, Zweiter Geharnischter | Erster Priester, Chœurs de la Monnaie (direction : Piers Maxim), Orchestre symphonique de la Monnaie, direction : Piers Maxim.

     A l’occasion de l’ouverture de sa saison 2005-2006, et vu le succès retentissant de cette production en avril dernier, La Monnaie a décidé de reprogrammer « La Flûte enchantée », pour cinq représentations. Ce n’est plus René Jacobs mais Piers Maxim à la baguette qui assure la relève, dans la version très inspirée et controversée que son prédécesseur a laissée.

     Pour la mise en scène, nous retrouvons William Kentridge, qui avait imprimé sa marque de fabrique en 2004 avec Il ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi. Sa réputation internationale est due à ses courts-métrages animés ainsi qu’aux dessins au fusain, dont son travail cinématographique s’inspire. Kentridge choisit de reproduire un théâtre baroque et sa machinerie ; ses plans fixes en enfilade donnent l’illusion de la profondeur. Au fond de la scène, et sur les plans intermédiaires, nous retrouvons des dessins de Kentridge illustrant l’Egypte ancienne. Cette scénographie est une métaphore de l’appareil photo : les plans successifs se présentent comme le soufflet des vieux appareils du XIXe siècle, et l’œil maçonnique est comme l’objectif de l’appareil de photo. Durant tout l’opéra, des films d’animation sur l’Egypte sont projetés, et nous retrouvons un défilement de symboles maçonniques : le soleil puissant de Sarastro, où la nuit incandescente de La Reine de la nuit. La scène est comme une grande chambre noire, avec ses lumières et ses ombres.

     René Jacobs, pour la saison précédente, a étudié et imposé ses idées musicales reprise par Piers Maxims. Et des idées, René Jacobs n’en manque pas ! Les tempi sont rapides, beaucoup trop rapides ! Durant l’ouverture, le chef pousse les musiciens dans leurs derniers retranchements, à la limite de l’articulation, ce qui occasionne quelques petits accrocs inéluctables. On reconnaît le passé de « baroqueux » du chef, dans l’approche des phrasés secs, auxquels l’orchestre n’est pas habitué. A cette vitesse, la Marsch der Priester, O Isis und Osiris ou In diesen heil’gen Hallen de Sarastro perdent leur côté solennel. Pamina n’échappe pas à cette patinoire musicale dans Ach, ich fühl’s pour ne citer que cet air. Aucune des voix n’est épargnée par la rapidité des tempi et elles trouvent difficilement leurs marques. Une autre idée déplaisante est l’ajout d’effets sonores tels que des coups de gong pour annoncer, par exemple, le premier air de la Reine de la nuit ; où des bruits de bourrasque, et des percussions insolites, avant le Alles fühlt der Liebe Freuden. La musique de Mozart n’a vraiment pas besoin de ces prémices pour illustrer de manière convaincante la rage de Monostatos. Parmi les innovations de René Jacobs, on retrouve, durant les récitatifs, quelques improvisations au « Hammerklavier ». Celles-ci, même si elles sont intéressantes musicalement se transforment parfois en scènes mélodramatiques du plus mauvais goût. La vitesse du Zu Hilfe ! Zu Hilfe ! met d’ores et déjà Tamino dans une situation vocale difficile ; et son manque d’aigus se fait ressentir par moments. Son timbre s’améliore toutefois au long de sa prestation. Après le premier air de Papageno, musicalement douteux, par certains rallentendi étranges et des couacs dans les réponses des cors, Stephan Loges nous offre une très belle prestation. Sa diction est intelligible, et son rôle d’acteur se marie bien avec la machinerie de Kentridge.

     Pamina est sans doute la véritable reine de la soirée : ses aigus sont lumineux, sa présence, sonore et scénique, indubitable. Nul n’a été effrayé par la Reine de la nuit : En effet, sa puissance vocale est quasi inexistante et son allemand inaudible ; pourtant elle s’assure une part de gloire avec ses contre-fa timides, mais bien placés. Kaiser N’Kosi, également sous l’emprise maléfique des tempi rapides, ne peut s’affirmer complètement, et mettre en exergue son timbre chaleureux dans les airs qui font toute la superbe du personnage de Sarastro. Toutefois, il fait partie des meilleures voix de la production de ce soir. Monostatos, ou « l’homme qui crie plus qu’il ne chante », prend des libertés stylistiques et vocales rarement entendues : ses airs frisent l’insupportable par l’agressivité de la déclamation. Dans le Zu Hilfe ! Zu Hilfe !, les Trois Dames ne sont pas de la plus grande finesse musicale ; et certains rubatos, honteusement exagérés, laissent l’auditeur pantois.

     Cette version confirme la controverse lancée lors de la première, et n’entre pas dans l’histoire. Quiconque a la version de Karl Böhm en mémoire a eu des difficultés à s’adapter à cette version supersonique inspirée par René Jacobs. La mise en scène de Kentridge est très intéressante, même si, parfois, le défilement intempestif d’ombres chinoises et de symboles fatigue le spectateur et lui fait perdre la tête. Toutefois, le metteur en scène aborde avec humour le conte féerique, et avec circonspection l’initiation maçonnique, sans pour autant en extraire la pierre angulaire de l’œuvre.

Crédit photographique : DR

par Anthony Goret (13/09/2005) [5239 visite(s)]

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