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   La Scène
[Scène] Lyrique
Mignon d’Ambroise Thomas
[Toulouse] Mignon, du musée à la scène

La Scène [Scène] Lyrique Pays : FRANCE Région : MIDI-PYRÉNÉES Imprimer l’article Tous les articles de Laurent Marty

Toulouse. Théâtre du Capitole. 14-XI-2005. Ambroise Thomas (1811-1896) : Mignon, opéra en 3 actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Nicolas Jœl ; décors : Emilio Carcano ; costumes : Gérard Audier ; lumière : Vinicio Cheli. Avec : Sophie Koch, Mignon ; Yann Beuron, Wilhelm Meister ; Laura Claycomb, Philine ; Giorgio Surian, Lothario ; Blandine Staskiewicz, Frédéric ; Christian Jean, Laërte ; Philippe Fourcade, Jarno/Antonio. Chœur du Capitole (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), Orchestre National du Capitole, direction : Jean-Yves Ossonce.

     1865 : Wagner crée Tristan und Isolde à Munich, Verdi donne un Macbeth remanié à l’Opéra de Paris, avant son Don Carlos deux ans plus tard, Moussorgski ébauche sa Salammbô… 1866 : L’Opéra-Comique créé Mignon avec, dans le rôle éponyme, Célestine Galli-Marié, future Carmen. Bien sûr, Ambroise Thomas ne saurait être comparé à ces géants du temps, ni même à Gounod, dont le Roméo et Juliette est presque contemporain (1867). Il faudrait plutôt, pour prendre la mesure de son art, voir du côté des Victor Massé, Aimé Maillart et autres compositeurs légers et bien oubliés du Second Empire, loin même du génie comique d’un Offenbach.

     Il est surprenant aujourd’hui, de voir Wilhelm Meister réduit aux stéréotypes d’une intrigue d’opéra-comique, et les vers de Gœthe remplacé par de la poésie de romance. Surtout, la musique de Thomas semble avoir perdu cette fraîcheur que vantaient hier ses amateurs. Pas d’ampleur dramatique, peu même de cette légèreté qu’attend l’opéra-comique, mais des formules harmoniques prévisibles et régulièrement euphoniques, une construction dramatique convenue (un personnage entre, chante un air à la coupe toujours semblable, puis sort) et un style qui respire le kiosque à musique, le couplet sentimental, le piano de grand-mère. C’est dire, alors, l’importance de la distribution et de la mise en scène lorsqu’on veut donner à un public moderne cette œuvre naïve et quelque peu fanée. Nicolas Joël, comme dans son Werther de Massenet, prend le parti pris « d’époque » : jolis costumes, toiles peintes, décors réalistes. D’où un petit côté Musée Grévin dans les ensembles, mais il est sans doute difficile de proposer une lecture distanciée de Mignon sans sombrer tout à fait dans le comique involontaire, et les aspects les plus légers de la partition, comme la scène de Philine au second acte, sont rendus avec l’humour nécessaire.

     L’intérêt principal de ce Mignon, la raison d’être sans doute de ces représentations, c’est bien évidemment Sophie Koch. Dans cet univers de conventions pastellisées, elle apporte à son personnage une présence, une vérité étonnantes. La voix est magnifique, chaude, ample, mais c’est surtout son dramatisme qui touche et, finalement, émeut. Quelle surprise ! Cette version délavée de Wilhelm Meister, décharnée par Barbier et Carré - les mêmes malfaiteurs littéraires qui avaient atrophié Faust - devient finalement émouvante par ce chant sincère, exalté, lyrique. Dans ce contexte léger et convenu, Sophie Koch apporte à sa Mignon une étonnante vérité psychologique et une musicalité qui échappe aux conventions de l’écriture. Un vrai tempérament tragique pour une œuvre qui n’est que charmante ; que ne chante-t-elle Charlotte !

     D’autant qu’autour d’elle le reste de la distribution correspond davantage aux canons vocaux de l’opéra-comique. Yann Beuron est un Wilhelm léger, parfois un rien nasal d’émission, mais d’une élégance impeccable. Laura Claycomb est une Philine coquette et piquante, actrice vraiment amusante ; mais si la vocalise est aisée, le timbre est bien mince. Les autres sont mieux que corrects de chant et dégagent en outre une sympathie immédiate : même Jarno, le méchant maître de Mignon, paraît somme toute bien bénin. Et il faut saluer la clarté de diction de chacun.

     Il est dommage que Jean-Yves Ossonce semble hésiter sur le caractère à donner à la musique de Thomas. Les passages légers sont abordés avec retenue, l’air « Je suis Titania » en paraît même désarticulé, mais le lyrisme de la partition est tout de même bien court pour donner une vraie ampleur à l’orchestre. On reste ici un peu déçu par le manque de charme et de vivacité d’une musique qui ne peut de toute façon aspirer vraiment à une quelconque profondeur dramatique. La Mignon d’exception de Sophie Koch fait à elle seule tout le sel de cette représentation d’ailleurs séduisante, par une vigueur d’expression qui dépasse sans doute de beaucoup la portée d’une œuvre qui n’est, après tout, qu’une charmante pièce de musée.

Crédit photographique : © Patrice Nin

par Laurent Marty (15/11/2005) [5963 visite(s)]

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