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   La Scène
Musique symphonique
Festival Agora 2007
[Paris] De l’exotisme dramatique et moderne, c’est possible !

La Scène Musique symphonique Pays : FRANCE Région : ILE DE FRANCE Imprimer l’article Tous les articles de David Christoffel

Mauricio KagelParis. Musée du Quai Branly. 07-VI-2007. Mauricio Kagel (né en 1931) : Morceau de concours ; Exotica. Ensemble Modern : Valentín Garvie, Isao Nakamura, Rainer Römer, Sava Stoianov, Ueli Wiget, Rafal Zambrzycki-Payne. Direction : Mauricio Kagel.

     La musique de Mauricio Kagel se regarde. Cela ne veut pas dire qu’elle est spectaculaire. Au contraire, s’il lui fallait des généralités dans ce ton là, nous pourrions être sûrs que, soucieuse de ses scénographies, elle veut sûrement résister aux trajets conventionnels de la musique à concert. De même, si nous voulions trouver un point commun entre les deux œuvres au programme, Morceau de concours et Exotica, nous pourrions en déduire une même veine anti-conventionnelle, parodiant ce soir là deux rayons des librairies musicales : les partitions pédagogiques et la musique du monde. Mais Kagel ne saurait se résumer aux échos parodiques de ses œuvres, nous semble-t-il mettre en cause plus radicalement et plus savoureusement, les tendances de la musique à se donner des quartiers autant que les formes qui permettent de les perpétuer.

     Alors, tant dans son choix que dans le dispositif (extra-)scénique, Morceau de concours (pour deux trompettes) ouvrait le concert comme pour ne surtout pas lui donner une ambiance trop unitaire. Bien entendu, l’instrumentiste qui passe un prix de conservatoire, dispense les quelques clichés attachés à son instrument. À moins que ce ne soit le fait du conservatoire d’enrober de ces figures obligées, de finir par en faire des clichés. Or, s’il y a des citations dans Morceau de concours, si les phrases ont des morphologies reconnaissables et si ces choses données à l’identification sont assimilables à des clichés, c’est donc qu’ils sont au complet. Et la notice du programme de jouer à en énumérer bon nombre. Mais la virtuosité de l’assemblage des clichés semble demander d’aller au-dessus de tout soupçon de la seule joute parodique. L’interprétation des deux trompettistes est comme sereinement ambivalente, complice et rigoureuse. Parce que l’humour n’a pas à compromettre le raffinement, l’ambivalence ne peut prendre toute la place. Si bien que la virtuosité agit comme la promesse d’une finalité, d’un dépassement du ridicule vernis des situations parodiées. Perchés sur les coursives, Sava Stoianov côté jardin, Valentín Garvie côté cour, les deux musiciens servaient la partition avec le sérieux d’un candidat de concours et le détachement d’un présentateur de kermesse, histoire de retirer un poids au public : si l’écoute devait être une évaluation, pourrions-nous boucler l’harmonie entre les critères. Quoique la lisibilité contrapuntique est accrue par l’écartèlement scénographique, même si les fragments sont désossés parce que décontextualisés, le travail de leur agencement est résolument capiteux et rudement abordé comme tel par les deux trompettistes de l’Ensemble Modern.

     Dans le livret du CD « Kagel, Exotica » (Editions MusiKado, AUL 66099), Kagel formule la question à laquelle Exotica dédie « des réponses diverses et variées » : « La musique qui en résulte semble-t-elle « exotique » parce qu’elle a été arrangée par l’écriture d’un compositeur occidental ou plutôt, parce que ses instruments caractéristiques ne permettent plus l’empreinte typique de la musique occidentale ? ». Une chose est immanquable, dans Exotica, Kagel prend ses responsabilités dramatiques, affiche une structure très marquée, évoluant d’une famille d’instruments à une autre, en lui associant chaque fois une page musicale localement caractéristique, formellement galbée. L’instrumentarium est en lui-même spectaculaire : puk, gongs balinais, caxixí, archet ronflant, quena bolivienne, gong d’opéra chinois, grelots indiens, gong thai, balafon en pierre, tambour de bois à fente balinais, jícaras de agua, steel drum…, c’est une soixantaine d’instruments qui se trouve sur la scène, de telle sorte que chaque exécutant chanteur dispose de son propre parc. Si bien que l’exotisme fonctionne effectivement comme un drame : d’une part, l’auditeur s’amuse franchement du caractère ouvertement caricatural de bien des scènes et, d’autre part, il fait l’épreuve d’un drame plus profond, son impossibilité d’occidental à maintenir sa spontanéité dans une situation exotique.

     Et quand nous disions que la musique de Mauricio Kagel se regarde, c’est qu’elle apporte des questionnements certes visuels qui passionnent l’auditeur, en interpellent la valeur de sa mélomanie. Détail étonnant, éventuellement anodin : les six musiciens avaient de grandes partitions sur des petits pupitres alors qu’à la direction, Mauricio Kagel avait une petite partition, sur un pupitre beaucoup plus grand. Ainsi, était indiquée une sorte d’exotisme second : de part et d’autre de leurs fonctions respectives, entre les musiciens et le compositeur, se tournait un jeu symphonique singulièrement céans.

Crédit photographie : Mauricio Kagel © Till Budde

par David Christoffel (15/06/2007) [946 visite(s)]

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