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   La Scène
[Scène] Lyrique
Festival de Radio-France et Montpellier 2007
[Montpellier] N’est pas mozartien qui veut…

La Scène [Scène] Lyrique Pays : FRANCE Région : LANGUEDOC-ROUSSILLON Imprimer l’article Tous les articles de Nicolas Pierchon

Montpellier. Opéra Comédie. 20-VII-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni K527, opéra en 2 actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Conception et mise en scène : Jean-Paul Scarpitta ; Lumières : Urs Schönebaum. Avec : Franco Pomponi, Don Giovanni ; Petri Lindroos, Il Commendatore ; Raffaella Milanesi, Donna Anna ; Cyril Auvity, Don Ottavio ; Isabelle Cals, Donna Elvira ; Henrik Neven, Leporello ; Nicolas Courjal, Masetto ; Anna Kasyan, Zerlina. Chœurs de l’Opéra National de Montpellier (chef de chœur : Noëlle Geny) ; Le Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.

     On connaissait Hervé Niquet chef d’ensemble baroque – lui qui avait présenté, en résidence à Montpellier, les tragédies lyriques Callirhoé de Destouches ou encore Sémélé de Marin Marais –, on découvre Hervé Niquet mozartien. En haut de l’affiche à Montpellier pour la direction musicale de cette production de Don Giovanni dans le cadre du festival de Radio-France 2007 (pour deux représentations à l’Opéra-Comédie), puis à la direction d’une Zauberflöte mise en scène par le même Jean-Paul Scarpitta, au Corum cette fois, en ouverture de saison ; et enfin pour la reprise de Don Giovanni à l’Opéra Comédie au printemps 2008. Voilà de quoi relancer une nouvelle fois la question d’un Mozart baroque ou bien classique, autre sempiternelle querelle des Anciens et des Modernes… Dès le premier lever de rideau, monte de la fosse d’orchestre un son méconnaissable. Les forte sont brouillons, et la lecture baroque, réputée pour mieux donner à entendre chaque détail de l’orchestration, donne ici en réalité un son massif, assourdi et inélégant. C’est par contre dans certains moments plus légers, tels l’Air du catalogue, que les instruments anciens révèlent des couleurs chaudes bienvenues.

     Autre artiste bien connu en ces murs, où il est également en résidence : le metteur en scène Jean-Paul Scarpitta. D’un tel artiste on attend beaucoup, et s’il n’emporte pas toujours immédiatement l’adhésion, ses travaux frappent et laissent difficilement indifférent. Sa Carmen surprenait ; sa vision de Jeanne d’Arc au bûcher, anthologique, était d’une beauté et d’une vérité hallucinantes. Lui aussi se frotte au génie mozartien, avec Don Giovanni puis Die Zauberflöte. Sa vision du mythe intemporel de Tirso de Molina est sobre et efficace. Les décors utilisent de nombreux panneaux coulissants qui viennent cloisonner les lieux du drame pour plus de vraisemblance, lorsque deux personnages en scène ne se voient pas, tandis que leur transparence relative nous permet de les voir. A cela s’ajoutent des jeux savants de lumières et d’ombres et ainsi s’établissent différents tableaux particulièrement réussis comme l’enterrement du Commandeur, ou l’apparition fugace et transparente d’un personnage féminin, lorsque le séducteur chante son vice (Deh, vieni alla finestra) ; ou encore le passage où l’on attendait le savoir-faire de l’homme de théâtre : la scène du festin. La déchéance du héros est figurée par le dépouillement progressif de la scène : le mobilier se délite, le grand lustre choit et la pénombre fait place à une lumière omniprésente, sur fond ouvert, les nuages. La vraisemblance – pour peu qu’on puisse la faire apparaître dans cet opéra – est soignée. Les couleurs dominantes sombres, gris, gris bleuté, les costumes d’inspiration XVIIIe, tout concourt à une vraie réussite théâtrale.

     Malheureusement, la vision de Jean-Paul Scapritta n’est pas servie au mieux, ni par l’orchestre, ni par les premiers rôles. Franco Pomponi est certes un baryton honnête mais peut-être pas la révélation promise, et son incarnation reste assez pâle. Raffaella Milanesi hérite du rôle impossible de Donna Anna. La voix est instable, l’aigu laborieux, la pâte vocale assez décharnée. Isabelle Cals se fourvoie, elle aussi, dans un rôle à contre-emploi ; elle que l’on a tant admirée dans le répertoire français. N’est pas mozartien qui veut… Les deux sopranos affrontent pourtant crânement leurs partitions, jusqu’à s’améliorer sensiblement en deuxième partie de soirée. Enfin Cyril Auvity amène sur la scène de l’Opéra-Comédie les premières notions de chant mozartien. Henrik Neven est un Leporello attachant et juste, même si une voix un peu mieux placée lui permettrait une meilleure projection et des graves plus nets ; et Petri Lindroos tire son épingle du jeu. Nicolas Courjal et Anna Kasyan sont parfaitement en place. Lui, bien chantant et sonore, elle, très à l’aise et dotée décidément d’un bien joli timbre ! Comment Masetto pourrait-il ne pas lui céder ? Le public ne s’y est pas trompé. Aux saluts, Courjal, Kasyan, Neven, Auvity et Lindroos sont chaudement félicités, Scarpitta est ovationné, Pomponi timidement hué et Niquet, plus largement.

Crédit photographique : Franco Pomponi (Don Giovanni) & Anna Kasyan (Zerlina) © Marc Ginot

par Nicolas Pierchon (24/07/2007) [1577 visite(s)]

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