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   La Scène
[Scène] Lyrique
Le Nozze di Figaro
[Cologne] Vivent Mozart et Markus Stenz

La Scène [Scène] Lyrique Pays : ALLEMAGNE Région : RHENANIE-DU-NORD-WESTPHALIE Imprimer l’article Tous les articles de Andreas Laska

Cologne. Opernhaus. 29-IX-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1792) : Le Nozze di Figaro, opéra en 3 actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Christian von Götz. Décors et costumes : Julia Hansen. Chorégraphie : Athol Farmer. Lumières : Hans Tœlstede. Avec : Kevin Short, le Comte Almaviva ; Orla Boylan, la Comtesse Almaviva ; Claudia Rohrbach, Susanna ; Leandro Fischetti, Figaro ; Kristina Wahlin, Cherubino ; Hauke Möller, Basilio ; Daniel Henriks, Bartolo ; Viola Zimmermann, Marcellina ; Julia Giebel, Barbarina ; Dieter Schweikart, Antonio ; Andrés F. Orozco Martinez, Don Curzio. Chœur de l’Opéra de Cologne (direction : Andrew Olivant), Gürzenich-Orchester Köln, direction : Markus Stenz.

Ça bouge en cette soirée de première à Cologne. Ça bouge pendant l’ouverture, pendant les récitatifs et même pendant les airs les plus intimes. On coure et on saute, on marche dans des lits et sur des tables – et on s’amuse à brandir des couteaux et des ciseaux. Il n’y a pas un moment de repos en cette « folle soirée » dont les trois derniers actes sont situés à notre époque alors que le premier nous renvoie à un XVIIIe siècle carnavalesque, voire caricatural. Les idées ne manquent donc pas à Christian von Götz ni le savoir-faire dans la direction d’acteur, mais il ne se soucie guère de cohérence. Barbarina, présente dès avant le lever de rideau est enceinte – mais qu’est-ce que cela nous apprend ? La comtesse est la plus grande des hypocrites puisque c’est elle qui trahit son mari en passant ses nuits avec Cherubino – mais la musique nous dit autre chose. Au deuxième acte, tout le monde parle d’un « cabinetto », même s’il n’y en a pas. On s’amuse à passer par des murs en papier en évitant soigneusement les portes. Sans parler des personnages censés se cacher mais restant tout à fait visibles. En outre, de nombreux airs sont « meublés » par des figurants, notamment un personnage énigmatique, appelé « le Figaro de la révolte », brandissant à la fin de l’acte trois une tête coupée. Les décors d’ailleurs sont censés former des ciseaux. Dommage que cela ne se voie pas du parterre !



Fort heureusement, il y a la musique de Mozart – et une interprétation musicale qui mérite le détour. Markus Stenz fait sonner son Gürzenich-Orchester comme une formation de spécialistes jouant sur instruments d’époque, sans vibrato et avec des articulations baroquisantes, mais jamais sèches. Sa lecture est incisive, voire bouillonnante, sans pour autant gommer les moments où les turbulences s’arrêtent (ou devraient s’arrêter !) et où les protagonistes se livrent à nous avec leurs sentiments les plus intimes.

Parmi les solistes, il n’y a que deux artistes invités : la comtesse de Orla Boylan et le comte de Kevin Short. Boylan, mémorable Jenůfa la saison dernière, s’avère ici moins convaincante. Si elle nous touche avec de belles nuances, son aigu est souvent désagréablement métallique. Short est le comte le moins aristocratique du monde, mais il a la voix qu’il faut, mordante et puissante, et homogène sur toute la tessiture. Parmi les membres de la troupe, saluons d’abord la formidable prestation de Claudia Rohrbach. Tour à tour piquante et lyrique, à la voix jeune et lumineuse, cette Susanne pourrait réussir sur les plus grandes scènes du monde. Son Figaro est chanté par le jeune baryton prometteur Leandro Fischetti. Doté d’une voix particulièrement belle, un peu faible dans les graves, mais à l’aigu impressionnant, il incarne un valet assez carré, plutôt avare de demi-teintes. Est-ce la vision du metteur en scène qui n’est certainement pas un maître des nuances ? Quoiqu’il en soit, Fischetti est un artiste à suivre. Cela vaut également pour Kristina Wahlin, Cherubino admirablement chanté, mais peu crédible scéniquement, ni en jeune homme ni en jeune fille déguisée. Les rôles secondaires ne méritent que des éloges : Viola Zimmermann campe une Marcellina très drôle, mais un peu jeune pour le rôle, Daniel Henriks fait valoir une voix sonore dans l’air le Bartolo. Avec Basilio, Hauke Möller a trouvé un emploi en phase avec ses moyens, alors que la Barbarina de Julia Giebel fait regretter la brièveté du rôle. Mention spéciale enfin Dieter Schweikart (Antonio) et Andrés F. Orozco Martinez (Don Curzio), tous deux irrésistibles.

A la fin, ovations pour les protagonistes et, plus particulièrement, pour Markus Stenz et l’orchestre. Quelques huées pour le metteur en scène vite étouffées par les applaudissements. Peut-être le public fut-il de l’avis d’un Monsieur qui dit pendant l’entracte : « Au moins, ce n’est pas situé dans une laverie. C’est déjà quelque chose. »

Crédit photographique : Claudia Rohrbach (Susanna) & Kevin Short (Il Conte) © Klaus Lefebvre

par Andreas Laska (02/10/2007) [1549 visite(s)]

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