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[Paris] Les Journées Romantiques 5e édition
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[Paris] Les Journées Romantiques
5e édition



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Tellement musical, tellement humain !
[El vendrell] Rera els passos de Pau Casals

La Scène Évasion Pays : ESPAGNE Région : CATALOGNE Imprimer l’article Tous les articles de Christophe Le Gall

L’arrivée sur El Vendrell se fait par un petit pont qui surplombe une rivière morte et une voie de chemin de fer banale, le soleil brille en plein mois d’octobre... Sommes-nous en plein roman du XIXe siècle ? Dans tous les cas, les palmiers et le ciel bleu nous ramènent à une autre vision des choses. L’office de tourisme de Catalogne a invité ResMusica pour trois jours d’exploration musicale d’une région d’Espagne qui mérite le détour. Il suffit de citer les noms de Gaudí, Picasso, Miró, Dalí, Casals ou Savall pour commencer à se rendre compte de la richesse d’un peuple qui n’a pas fini de nous transmettre sa foi dans l’humanité à travers l’art.

Il est vrai que la Catalogne a toujours été régionaliste et fermement opposée à la dictature Franquiste. C’est donc dans ce lieu culte que nous avons choisi d’exprimer nos premiers émois. Si El Vendrell (~70km au sud de Barcelone) est la ville principale de la région côtière du Bas-Penedès en Tarragone, elle est aussi la ville de Pablo Casals (Pau Casals en Catalan) où il nait en 1876. Qui d’autre que ce grand artiste a su fédérer le Monde autour de l’idée d’une paix durable qui aurait du lui valoir le prix Nobel (souvenez-vous de son discours à L’ONU) ? La vérité est toute autre, reste l’artiste bien établi mais si peu d’honneur pour un homme qui a toujours refusé de jouer dans les pays qui reconnaissaient la dictature de Franco (excepter les États-Unis d’Amérique). Né à El Vendrell, le violoncelliste fuit la dictature vers Prades puis Paris, les Etats-Unis et finalement Puerto-Rico où il sera inhumé en 1973 à San Juan. Sa dépouille est rapatriée à El Vendrell en 1979, quatre ans après la mort de Franco. Que nous reste-t-il de lui ? Que nous reste-t-il de sa Catalogne ? C’est sur ce sujet que nous vous invitons à ce reportage photographique, comme si vous y étiez, rera els passos de Pau Casals ou sur les pas de Pablo Casals !

Il est presque 10h00 lorsque nous descendons de la navette. Sur le trajet depuis Barcelone, le soleil et la mer sont au rendez-vous. Les multiples tunnels qui creusent l’autoroute au travers des montagnes nous ont déjà fait entrevoir la complexité et la richesse de cette région. Barcelone ne connait pas le chômage, les entreprises poussent comme des champignons, les paraboles de nos régions sont remplacées par des climatiseurs, les oliviers, les vignes, toujours les vignes font écho au littoral qui s’émancipe courtoisement sous nos yeux émerveillés. C’est donc déjà l’esprit rempli de lumières que nous arrivons dans le berceau de Pau.

La navette stoppe le long du chemin de fer qui fait office de frontière entre la ville et la campagne. Le premier rendez-vous est donné Place Vella à l’Église « del Santíssim Salvador » où Carles Casals Riba, le père de Pau a officié en tant qu’organiste. Nous remontons la « Carrere Mar » et effectivement sous nos yeux apparaît l’édifice au pur style baroque que nous qualifierons de frêle à première vue. Sa girouette caractéristique en forme d’ange nous salue mais un enterrement a lieu, nous attendons sagement en dégustant un « café solo » en terrasse. La vérité est autrement plus belle évidemment, nous connaissons déjà notre apétit pour ces lieux. Une église ordinaire ? Certes tout s’y prête mais derrière nous se dresse le fameux orgue de 1777 restauré en 1929 sur l’initiative du Maître, celui qui a connu le jeu du père musicien, premier émoi. Alors que certains prennent des photos, d’autres montent pour apprécier le jeu de l’organiste.

La première Messe est dite reste à suivre Pau. Au bout de la « Carrere Cafes » c’est une statut du Maître (Place Nova) qui attire notre attention. Sculpté par Josep Viladomat, le voilà enfin, posé devant une fontaine au style moderniste qui nous rappelle que Barcelone n’est pas loin et qu’elle insuffle son pouvoir artistique sur tout une région. Quelques dizaines de mètres nous séparent alors de la « Carrere Portal » qui abrite la maison natale de Pau.

Petite habitation étroite se dressant sur trois niveaux, l’intérieur est très modeste comme l’attestent nos photographies. Transformé en salle du souvenir, l’ancien atelier de coordonnerie du rez-de-chaussée abrite désormais de nombreuses photographies commentées d’archive. L’accès au premier étage se fait par un escalier étroit et raide.


Là nous arrivons dans la salle à manger où nous aperçevons, deuxième émoi, le piano sur lequel Pau Casals apprend l’instrument dès le plus jeune âge avec son père mais aussi le violon. Ce dernier donne pour survivre des cours de piano et de violon et est comme nous l’avons vu plus haut, l’organiste attitré d’El Vendrell. D’un côté le piano, de l’autre une table modeste pour quatre couverts et un buffet caractéristiques d’une position sociale peu élevée. D’ailleurs le père de Pau fera tout pour convaincre son fils de s’orienter bien loin de la musique. Sa maman Pilar Defilló, Catalane née à Puerto Rico, fera tout au contraire pour aider son fils à s’émanciper dans cet art bien ingrat mais qui sait aussi reconnaître ses génies.

La cuisine ressemble au reste, peu d’intérêt à part que c’est bien ici que Pau a grandi entre les jupes de sa mère et les leçons de son père, ici l’évier rudimentaire n’étale pas de superbes ustensiles, l’eau courante n’existait pas, deux chaises en paille forcent la modestie du lieu. De l’autre côté règne le témoignage du temps, les portes du feu, là ou la cuisine se faisait dans l’âtre...

Bref, très peu de choses à apprendre et surtout une vision de l’art que la sève Pau saura faire rayonner à travers le Monde. A l’étage supérieur, nous nous retrouvons dans le cocon, l’intimité des époux, les chambres... En tout et pour tout deux pièces destinées au repos. Nous apprenons qu’à l’origine il y avait trois pièces dont une destinée à Pau qui vivait ou dormait plutôt là coincé entre la chambre conjugale et celle de ses ainés. Sur onze enfants mis au monde, seuls trois ont survécu, c’est bien mieux comme ça finalement, comment onze enfants auraient pu vivre là ? C’est bien aussi la preuve qu’à l’époque rien n’était gagné à l’avance et que la règle qui s’est appliquée entre autres aux familles Beethoven et Schubert, s’appliquent encore près d’un siècle après la naissance de ces génies. Nous sortons de la maison natale non pas la larme à l’œil mais toujours impressionnés par le vécu des grands. Il est vrai que l’on se demande toujours comment tout être de condition modeste deviendra grand tout en gardant son humilité.

Nous reprenons la navette sous une chaleur de plomb, la Catalogne en octobre ressemble étrangement à nos beaux mois d’août. La climatisation nous berce tandis que nous descendons jusqu’à l’avenue « Palfuriania », parallèle à la « Platja de Sant Salvador ». A quelques kilomètres du centre d’El Vendrell nous revoici en compagnie de la mer qui n’avait pas arrêté de nous faire des clins d’œil depuis notre départ de Barcelone. Alors que la Méditerranée nous renvoie son soleil, ses petits embruns, son air hospitalier et si caractéristique avec ses odeurs d’épices et d’algues, la navette s’arrête à cinquante mètres de deux lieux qui forcent l’admiration de par leur position géographique mais aussi par leur architecture. L’auditorium Pau Casals se trouve face au Musée Pau Casals qui n’est autre que la villa que le Maître se fait construire en 1909, il n’a que 33 ans.

Troisième émoi, la visite de l’auditorium Pau Casals. Imaginée par l’architecte Jordi Bonet i Armengol et inaugurée le 6 juin 1981, la salle doit son existence à la bonne volonté de différentes entités comme la fondation Pau Casals qui initie le projet ou la « Caixa d’Estalvis de Catalunya ».

Nous avons affaire à une belle salle de style moderne qui rappelle ce qui se fait de mieux dans nos contrées au niveau de l’acoustique et du décors. Nous n’avons que modestement testé l’acoustique, elle s’est avérée correcte. Alors qu’une sculpture du Maître trône dans l’entrée du lieu, la mise en avant de la musique se fait jusque dans le fer forgé qui mène à la salle, silouettes de violoncelles et volute en guise de pommeau de rampe. Le fer forgé abrite aussi une colombe de la paix, symbolisant l’humanisme du Maître. La salle peut accueillir 400 personnes et donne des concerts régulièrement. L’événement le plus important est le Festival Internacional de Música Pau Casals et a lieu en juillet et août. Il reçoit les plus prestigieux violoncellistes internationaux ainsi que de nombreux artistes et compositeurs catalans.

Enfin quatrième, dernier mais au combien irrésistible émoi lorsque nous pénétrons la cour intérieure du Museu Pau Casals qui n’est autre que la maison que l’artiste international se fait construire en 1909. Posée face à la mer, la platja Sant Salvador étale son sable blond, le vent chaud caresse nos visages.

Inutile de s’étaler en vains discours, il suffit d’admirer les clichés que nous avons pris pour prendre la température du lieu, la majestuosité du jardin, de l’architecture typique de la villa ainsi que les sculptures néoclassiques du XIXe siècle.

La villa construite de plein pied possède une dizaine de pièces que l’on a aménagées pour accueillir les documents, photographies, lettres etc. Notre guide nous invite à la suivre dans la thématique actuellement exposée, l’exil. L’émotion grandit à chaque porte poussée pour aller jusqu’à nous faire couler une larme lors de la projection du discours de l’ONU en 1971, « C’est dans mon Pays la Catalogne où il y a eu les premières nations unis. » Les trémolos d’une voix hésitante, un dernier coup d’archet sur Le chant des oiseaux (El cant dels ocells) et nous voilà presque à pleurer en l’honneur de ce grand homme de Paix.

Nous aurons appris en quelques heures à connaître un peu plus de la vie et de l’héritage laissé par Pau Casals auquel nous rendons hommage dans un portrait – La naissance de l’artiste moderne. Alors que résonnent encore en nous les premières mesures d’El cant dels ocells, une photo souvenir montre la joie d’un groupe que la Catalogne n’a pas fini de surprendre et de séduire.

Crédit photographique :
- Photo aérienne d’El Vendrell : © 2006 Ministerio de Medio Ambiente Plaza de San Juan de la Cruz, s/n 28071- Madrid
- Reste des photos : © 2007 ResMusica & © 2007 Office de Tourisme de Catalogne
Avec une spéciale dédicace à Anna Mas (Office de Tourisme de Catalogne) pour son aide précieuse.


par Christophe Le Gall (15/10/2007) [2330 visite(s)]

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