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   La Scène
[Scène] Lyrique
Metropolitan Opera
[New-York] Nouvelle production de Lucia au Met

La Scène [Scène] Lyrique Pays : ÉTATS-UNIS Région : ÉTRANGER Imprimer l’article Tous les articles de Valéry Fleurquin

New-York, Metropolitan Opera, 25-X-07. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor drame tragique en 2 actes sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : Mary Zimmerman ; décors : Daniel Ostling ; costumes : Mara Blumenfeld ; lumières : T. J. Gerckens. Avec : Mariusz Kwiecien, Enrico Ashton ; Annick Massis, Lucia ; Stephen Costello, Edgardo ; John Relyea, Raimondo ; Todd Wilander, Arturo ; Michaela Martens, Alisa ; Michael Myers, Normanno ; Deborah Hoffman, harpe solo ; Trudy Kane, Flûte solo ; Cecilia Brauer, harmonica solo. Chœur du Metropolitan Opera (chef de chœur : Donald Palumbo). Orchestre du Metropolitan Opera, direction : James Levine.

     La dernière fois que nous avions rendu compte d’une représentation de Lucia di Lammermoor, il s’agissait de la vieille production du Staatsoper de Vienne que nous avions qualifiée de « rouillée ». Nous avions alors déploré les décors vieillots, la partition mutilée, le degré zéro de la mise en scène. Quel plaisir, par contrecoup, de découvrir cette nouvelle production ! L’action n’est plus située au XVIe siècle mais à l’époque victorienne de la fin du XIXe et l’œuvre a été découpée en trois actes pour faciliter les changements de décors.

     Les visuels sont soignés : le premier acte avec la silhouette des arbres en fond de scène fait penser à un tableau de Caspar Friedrich ou aux Chasseurs dans la neige de Bruegel. Plusieurs idées intéressantes émaillent la représentation. Par exemple le château des Ashton est sombre, comme endormi ; les meubles sont recouverts de housses, mais au moment où Enrico oblige sa sœur à se marier et lui annonce que les invités de la noce arrivent, les serviteurs entrent, enlèvent les housses, arrachent les voilages et font enfin entrer la lumière par la fenêtre, un peu comme si le château qui menace ruine donnait le change et reprenait une apparence de vie factice pour célébrer ce mariage forcé.

     Autre idée pertinente : pendant le célèbre sextuor, souvent représenté de manière statique, Mary Zimmerman a imaginé que les nouveaux époux et leurs proches posent pour la photo conventionnelle. Evidemment le cœur n’y est pas puisque Edgardo a surgi et provoqué le scandale, mais le photographe continue de placer les gens, oblige Lucia à poser sa main sur celle du mari qu’on la contraint d’épouser ; la photo prise, l’héroïne s’évanouit aussitôt. A l’extrême fin de cet acte, alors que les invités ont chassé Edgardo l’intrus, Lucia se retrouve seule à l’avant-scène séparée du reste des invités par un rideau qui symbolise son basculement dans la folie.

     Au dernier acte la mise en scène tire parti d’un grand escalier que gravissent les deux nouveaux époux, puis qu’emprunte en sens inverse Lucia devenue meurtrière et par lequel on l’emporte à la fin de l’air de la folie. Si d’autres idées sont plus discutables (les apparitions de spectres par exemple), cette production laisse un souvenir tenace, alors que la nouvelle production de Macbeth vue trois jours plus tôt est aussi vite oubliée.

     Autre surprise agréable, la partition est donnée presqu’intégralement. Quelques mesures ont disparu à la fin du duo « Se tradirmi tu potrai » de Lucia-Enrico et le baryton ne reprend pas « La pietade in suo favore ». C’est bien dommage car Mariusz Kwiecien possède une voix d’une insolence rare. John Relyea dessine un Raimondo très honorable. Les seconds rôles sont bien tenus, notamment l’Alisa à la voix généreuse de Michaela Martens. Quant au chœur et à l’orchestre ils n’appellent aucun reproche : James Levine a la main moins lourde que dans Macbeth où les percussions étaient tonitruantes. Le chef américain est un accompagnateur de luxe, attentif à ses chanteurs et respectueux de l’atmosphère romantique.

     Restent les deux rôles principaux. Le très jeune Stephen Costello -récemment diplômé- a fait ses débuts professionnels en mars 2007. Il chantait Arturo lors des représentations précédentes. Le Met a-t-il voulu lui laisser sa chance ou le tester un soir dans un rôle d’une tout autre envergure ? Disons que la voix est un peu verte et trémulante (le trac ?), les aigus quelque peu écourtés. Mais quel jeune artiste débutant au Met peut-il se targuer d’être en pleine possession de ses moyens ? Cependant son Edgardo nous émeut en raison même de cette fragilité, bien plus touchante que l’incarnation poussive et caricaturale d’un Neil Shicoff. En tout cas les proches du jeune Stephen Costello s’étaient déplacés en masse et l’ont soutenu bruyamment à son entrée ou aux saluts. Il faudra à l’avenir que le jeune ténor ne brûle pas les étapes et sache refuser certaines propositions prématurées.

     Annick Massis revenait chanter Lucia au Met. La soprano livre un air d’entrée de haute volée (et sans coupures) plaçant la barre très haut. Son incarnation gagne en intensité dramatique lors de l’affrontement avec son frère et la scène du contrat de mariage. Au dernier acte, l’artiste convainc tant par son jeu que sa musicalité sans faille. Tout au long de la soirée elle relève les défis techniques : trilles, vélocité, suraigus, longues notes tenues, tout paraît facile. Sa scène de folie n’est ni surjouée ni statique, elle vise juste et fait mouche.

     Cette soirée restera le meilleur souvenir d’un début de saison new-yorkaise très italienne avec le Macbeth déjà cité, la Madama Butterfly très belle sur le plan esthétique, une monumentale mais routinière Aida et le tandem Cavalleria rusticana-Pagliacci assez intéressant donné au New-York City Opera.

Crédit photographique : Annick Massis (Lucia) © Ken Howard

par Valéry Fleurquin (02/11/2007) [2215 visite(s)]

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