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Combien coûte un opéra ?
IV. Une économie particulière

Le magazine Société/Actualité Voir aussi le dossier Société/Actualité Diffusion et coût de l’opéra en France Imprimer l’article Tous les articles de Maxime Kaprielian

Un opéra est immanquablement en déficit. La billetterie ne représente au mieux que 30% des coûts d’une production. Alors pourquoi maintenir de tels ensembles si coûteux, qui finalement intéressent peu de monde ? Les collectivités et l’Etat ne gagneraient-ils pas, en fermant les opéras, à faire des économies considérables ? Alors, dans ce cas, pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt ?

Des retombées annexes

Napoléon III en commandant à grands frais le Palais Garnier l’avait bien compris : un opéra est le reflet culturel le plus important d’une ville, et contribue à son rayonnement. Un opéra, s’il ne se suffit pas financièrement à lui-même, est un formidable levier d’économie locale : le spectateur, en plus de payer sa place, doit bien se restaurer, prendre un verre, utiliser les transports en communs ou un taxi, et pour les plus grandes maisons qui attirent un vaste public (géographiquement parlant), payer sa chambre d’hôtel. Une étude menée au début des années 90 sous la direction de Maryvonne de Saint-Pulgent (le syndrome de l’opéra, Robert Laffont) démontrait que les retombées économiques indirectes d’une maison d’opéra étaient nettement avantageuses pour une municipalité. Indirectement, un théâtre lyrique est donc bénéficiaire ! Mais pour comprendre cela, il faut avoir une vision large et à long terme, ce qui fait cruellement défaut à nos politiques aujourd’hui. Toutefois un opéra doit tout de même justifier sa place pour que les pertes dues à son fonctionnement ne créent pas de déséquilibre : le taux moyen de remplissage annuel ne doit pas être en dessous de 85%.

Populaire ou non ?

Vaste question, l’opéra est-il populaire ? Oui et non. Non car malgré les efforts faits en direction du jeune public, les théâtres communiquent peu en dehors des médias spécialisés. Et un spectacle d’opéra est contraignant : bien plus long qu’une pièce de théâtre, l’intrigue est souvent invraisemblable, les chanteurs n’ont ni l’age ni le physique du rôle, et la lecture du sur titrage implique de la concentration. Un effort intellectuel, autant minime qu’il soit, est demandé – ce n’est pas à l’opéra qu’on trouvera du « temps de cerveau disponible ». Enfin il est difficile d’avoir une place quand un titre couru ou un chanteur célèbre est programmé.

Et pourtant tous les opéras de France font le plein. Les reproches faits aux théâtres lyriques sont infondés : comment prétendre qu’ils n’attirent pas de public alors qu’en moyenne 95% des places sont vendues ? Comment prétendre qu’ils sont trop chers ? Le prix maximum à l’Opéra National de Paris est de 160€. A comparer avec le Royal Opera House (Londres), qui monte à 285€ ! Les places à 100€ et plus sont rarissimes en province, ce qui pour un spectacle qui convoque un chœur, un orchestre, des solistes et tout le personnel « invisible » n’est pas excessif. Il y a autant de sièges vendus à l’Opéra de Marseille qu’au Stade Vélodrome en une saison. Les contre-arguments de l’impopularité de l’art lyrique ne manquent pas.

Crédit photographique : © DR

par Maxime Kaprielian (02/12/2007) [3535 visite(s)]

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