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Musique de chambre
Orchestre de l’Opéra National de Paris
[Paris] On ne peut pas tout avoir c’est défendu

La Scène Musique de chambre Pays : FRANCE Région : ILE DE FRANCE Imprimer l’article Tous les articles de Francoise Ferrand

Paris, Palais Garnier. 17-II-2008. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’histoire du soldat. William Mesguich, récitant. Solistes de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris : Philippe Poncet, percussions ; Jérôme Verhaeghe, clarinette ; Nicolas Pinard, basson ; Frédéric Laroque, violon ; Sylvain Le Provost, contrebasse ; Luc Rousselle, cornet ; Jean Raffard, trombone.

On se sent bien, au Palais Garnier, ce dimanche de février. Comme toujours. Hélène Pierrakos, qui présente le concert, rappelle que nous sommes sans doute dans la plus belle salle du monde. Et aussitôt de nous dire comment Igor Stravinsky qui s’était réfugié en Suisse où il vivait avec les siens dans le plus grand dénuement, a écrit avec son ami l’écrivain vaudois Charles Ferdinand Ramuz, L’histoire du soldat avec une grande économie de moyens : sept musiciens seulement, choisis pour représenter tout l’orchestre et trois acteurs ; et d’ajouter comment ce spectacle de tréteaux destiné à distraire les soldats du front, fut monté pour la première fois dans une toute petite salle de Lausanne, en 1918. Nous nous disons que nous avons beaucoup de chance de l’écouter à Garnier, beaucoup plus que le public de Lausanne en 1918. Seulement la présentatrice précise aussitôt qu’un seul comédien va, devant nous, endosser les trois rôles du récitant, du soldat et du diable. Cela fait l’effet d’une pluie glacée sur les applaudissements qui accueillent les musiciens. L’Opéra de Paris serait-il plus pauvre que le petit théâtre suisse en 1918, si pauvre qu’il ne peut s’offrir trois acteurs pour ce chef-d’œuvre de la littérature romande (tout comme l’Orchestre de Paris) ? Ou alors, le texte serait-il jugé secondaire ? Or, Ramuz insiste sur le fait qu’il se considère bien comme le co-auteur de L’histoire du soldat.

Or, il fallut se contenter d’une simple lecture sans guère de recherche dramatique, que nous fit William Mesguich, statique devant son pupitre, un microphone le long de la joue (en faut-il un sur le plateau de Garnier ?). Il prit pour le rôle du Diable une voix nasillarde et cassée de celles qu’on prête aux animaux dans certaines publicités télévisuelles. On rit un peu. Certes, il n’est pas facile de passer d’un rôle à l’autre, voir impossible. Tout de même, les textes des deux autres personnages, celui du récitant et celui du soldat, furent débités de façon bien terne, avec une diction peu nette et une telle rapidité qu’il fut parfois difficile de les distinguer. Pas d’air, pas d’espace. On n’a pas le temps de s’installer dans le drame de celui qui donne son violon au diable contre des richesses illimitées, ni de jouir des phrases, si denses dans leur simplicité qu’elles se gravent dans la mémoire. Les dialogues filent, l’action est comme avalée. Plus de temps pour rien. « Les rideaux blancs, les jolis rideaux blancs » de l’auberge, qui disent si bien la nostalgie du pauvre soldat, ne nous font plus rêver. Et le merle qui fait plier la branche fleurie de l’arbre, en mai, semble avoir disparu. Coupures ? L’histoire dit qu’» on n’a pas le droit de tout avoir, c’est défendu ». Nous n’avons certainement pas eu tout, pour sûr.

Mais nous avons eu la musique ! Et il faut saluer bien bas la prestation brillantissime des instrumentistes regroupés autour des percussions. Ils se passent de chef et attaquent chaque partie sans même se faire signe. Ils possèdent la partition si bien qu’ils semblent possédés par elle. Ils la vivent avec aisance, bonheur, se régalent des trouvailles rythmiques, celles des marches qui construisent l’ensemble, marche du soldat, marche royale et marche du diable, mais aussi des danses, Tango, valse et ragtime- merveilleusement exécutées. Les couleurs des instruments à vent, les plus belles qu’il se puisse rêver, sont d’une étonnante variété, mêlant leur éclat sans nuire à la clarté du discours, bien au contraire, et servent d’écrin au chant si fin du violon ; l’humour n’est pas absent et le dialogue tendre et mélancolique de la clarinette et du basson, magnifiquement interprété, confère ce qu’il faut de mystère à ces mélodies qui semble venir du fonds des âges. Une Histoire du soldat d’autant plus prenante que, c’est presque trop facile de le dire, son pessimisme devant le triomphe des fausses valeurs, est plus que jamais d’actualité.

Crédit photographique : Frédéric Laroque © DR

par Francoise Ferrand (20/02/2008) [1093 visite(s)]

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