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   La Scène
Musique symphonique
Orchestre Philharmonique de Vienne
[Paris] Tonitruant !

La Scène Musique symphonique Pays : FRANCE Région : ILE DE FRANCE Imprimer l’article Tous les articles de Patrick Georges Montaigu

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 21-II-2008. Guiseppe Verdi (1813-1901) : Ouverture de La Forza del destino ; Franz Liszt (1811-1886) : Les Préludes ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°5 en mi mineur op. 64. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Valery Gergiev.

Cela fait maintenant plus d’une décennie que Valery Gergiev dirige l’Orchestre Philharmonique de Vienne, c’était donc un presque « vieux couple » que le Théâtre des Champs-Élysées accueillait ce soir, dans un programme promettant du spectaculaire avec une ouverture de Verdi, le plus célèbre poème symphonique de Liszt et une symphonie de Tchaïkovski. L’entente entre les réputés très raffinés Wiener Philharmoniker et l’impulsif et sanguin chef russe, pour surprenante qu’elle puisse être à première vue, ne manque néanmoins pas d’intérêt, en partie sans doute à cause de cette antinomie apparente. Et il faut dire que dès les premières mesures de La Forza del destino le son rauque voire rustre, évoquant la sirène d’un paquebot, puissamment projeté par les cuivres habituellement plus suaves surprend. Puis la cavalcade « à la Toscanini » commence vigoureusement, sans toutefois cette urgence dévastatrice qu’y mettait l’italien. Le style y est résolument emporté, puissant, sauvage, et comme on s’en doute manquant un poil de subtilité. On pouvait se laisser emporter par cette démonstration ou rester sur sa faim face à une ouverture un peu trop vite expédiée, à l’émotion un peu courte.

L’œuvre de Liszt, moins superficielle qu’on pourrait le penser, se prête assez bien à ce traitement spectaculaire et contrasté, où la performance du Philharmonique impressionne alors même que le chef réussit à les transfigurer en leur enlevant tout caractère hédoniste. Les différents épisodes s’enchaînèrent sans faiblesse, avec peut-être ici ou là une lourdeur excessive (on pense à certains ralentis même si explicitement indiqués ritenuto pesante !), mais les nombreuses variations de tempo furent exécutées à la perfection par un orchestre qui n’a jamais dérapé d’un millimètre dans une œuvre où la sortie de route est pourtant aisée. Quant à l’équilibre des masses sonores, même au plus fort des sempre ff, qui ont atteint ce soir un volume peu usité, il est resté remarquable.

Connaissant le chef, et après une telle première partie de concert, on pouvait s’attendre, avec la Symphonie n°5 de Tchaïkovski, à emplir nos oreilles de bruit et de fureur. Et bien c’est exactement ce qui s’est passé ! Mais grâce à la performance des musiciens et à la maîtrise du chef, la musique l’a emporté sur les décibels. Il faut dire que Tchaïkovski n’a pas lésiné sur la dynamique, plus de la moitié de l’œuvre se déroulant entre le fortissimo, le fff et même le ffff, « con tutta la forza » ! Et ce soir, Gergiev a appliqué à la lettre cette dynamique de folie, lâchant la cavalerie, c’est à dire les cuivres, par dessus un quatuor qui ne s’en est pas laissé compter et leur a toujours tenu la dragée haute. Impressionnant ! Les orchestres capables d’y arriver doivent se compter sur les doigts d’une seule main. Seul regret dans cette « bataille sauvage», des bois légèrement en retrait, vraisemblable volonté du chef. Mais qu’on ne s’y trompe point, lorsqu’il le fallait, les cordes savaient aussi produire ce merveilleux son qui a fait la légende de l’orchestre, comme par exemple au début de l’Andante cantabile. Les tempi choisis étaient proches de la version, dite de référence, du grand Mravinski, c’est à dire rapide, sans aucun alanguissement ni attendrissement, avec une Valse ayant perdu tout caractère dansant (comme chez Mravinski d’ailleurs). Alors, même si on peut trouver, à juste titre, cet excès de force brute un peu fatiguant à la longue, et qu’on puisse y préférer un peu plus de nuance (dynamique, tempo, phrasé), on ne peut qu’admirer la cohérence de la vision et la phénoménale performance d’ensemble.

Si on en croit les bribes de conversations volées dans le hall après le concert, les deux polkas de Josef Strauss jouées en bis (La libellule op. 204 et Sans souci op. 271) ont été le moment préféré d’une grande partie du public, qui s’est ainsi cru au Neujharskonzert (sic !). Avouons que la trop amorphe Libellule ne nous a pas emballé, surtout après plus d’une heure de musique tonitruante, et la rapide Sans souci n’avait pas ce chic viennois inimitable ni la respiration souple et naturelle des meilleures.

Crédit photographique : © DR

par Patrick Georges Montaigu (25/02/2008) [1256 visite(s)]

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