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[Ile-de-France] Prélude aux Rencontres Musicales de Puteaux 4 concerts exceptionnels
Les 6, 7, 12 et 13 décembre
[Ile-de-France] Prélude aux Rencontres Musicales de Puteaux
4 concerts exceptionnels



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[Paris] Orphée et Eurydice
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   La Scène
[Scène] Lyrique
Le Chevalier à la rose
[Toulouse] Le rêve devenu réalité

La Scène [Scène] Lyrique Pays : FRANCE Région : MIDI-PYRÉNÉES Imprimer l’article Tous les articles de Hubert Stoecklin

Toulouse. Théâtre du Capitole. Le 18-V-2008. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, comédie lyrique en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Coproduction avec l’opéra de Rome. Mise en scène : Nicolas Jœl ; Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Franca Squarciapino ; Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Martina Serafín, Die Feldmarschallin ; Sophie Koch, Der Graf Octavian ; Kurt Rydl, Der Baron Ochs auf Lerchenau ; Anne-Catherine Gillet, Sophie ; Eike Wilm Schulte, Herr von Faninal ; Ingrid Kaiserfeld, Jungfer Marianne Leimetzerin ; Andreas Conrad, Valzacchi ; Elsa Maurus, Annina ; Ismael Jordi, Ein Sänger ; Scout Wilde, Ein Notar / Ein Polizeikommissar ; Rémy Corazza, Ein Wirt. Chœur du Capitole, chef de chœur, Patrick Marie Aubert ; Orchestre National du Capitole, direction : Jiri Kout. Nouvelle production.

Les idées fausses ont la vie dure et il en circule quelques-unes autour du Chevalier à la rose. Cette extraordinaire production conçue par Nicolas Jœl permet d’appréhender dans sa totalité ce qui est probablement l’opéra le plus intelligent du répertoire. Pour pouvoir apprécier une telle splendeur attendre 30 ans n’est pas bien grave. Merci à Nicolas Jœl d’offrir au Capitole (et à l’opéra de Rome car il s’agit d’une coproduction) sa première mise en scène de cet opéra qu’il comprend si intimement. Dans ce spectacle, il n’y a point de mièvrerie, point de superficialité, point de joliesses et pas de place pour du roccoco que se soit dans la fosse ou sur la scène.

Une fois de plus l’accord artistique entre la fosse et le plateau semble complet et le spectacle est si total, si envoûtant qu’il transporte le spectateur au plus profond de ses sentiments et de ses rêves. Qui peut dire qu’il n’est pas concerné par la fuite du temps, la naissance et la transformation de l’amour, l’attachement et la liberté de disposer de soi et de l’autre ? Le travail de laisser le passé à sa place et le futur voilé pour jouir du présent ? On voit mal ce qu’une transposition pourrait apporter au spectateur. Donc ici, Ezio Frigerio utilise un décor sobre et grandiose à la fois, des colonnes corinthiennes dorées à la base et au sommet qui se répondent à l’acte un et deux tandis que l’auberge est suggérée très sobrement. Nous sommes ainsi installés dans une belle intemporalité classique. Le blanc cassé règne en maître et ainsi le travail de lumières éblouissant et virtuose de Vinicio Cheli prend son envol et matérialise le rêve (le lever de soleil dans la chambre de la Maréchale, l’éblouissement de la présentation de la rose, la lumière « vraie » du trio de l’acte trois). Les costumes de Franca Squarciapino, très riches en couleurs, semblent sortis de tableaux de maîtres du XVIIIe siècle. La beauté des étoffes, des coupes, des passementeries, des perruques, des chaussures est tout simplement prodigieuse. Voilà donc un cadre visuel idéal pour que prennent vie les personnages inoubliables utilisant les mots si fins de Hugo von Hofmannsthal.

La mise en scène admirable de Nicolas Jœl permet aux personnalités artistiques de se développer en parfaite harmonie avec les voix absolument idéales pour tous les rôles. On ne peut imaginer distribution plus belle vocalement, scéniquement et humainement.

Les scènes de comédie et de foule sont traitées avec d’infinis détails et beaucoup de mouvements faisant ressortir la délicatesse des échanges entre les protagonistes lorsqu’ils sont seuls. Et la présentation de la rose est d’une beauté à couper le souffle. Impossible de rester humble devant tant de perfection !

La Maréchale de Martina Serafin est une très jeune et très belle femme qui pense comme bien peu en sont capables à l’opéra. L’intelligence et la grâce habitent cette Maréchale dont il est impossible de ne pas tomber amoureux. Son personnage est d’une rare délicatesse avec un jeu d’une précision inouïe. Vive et légère en privé avec Octavian, sachant s’amuser avec beaucoup d’humour, de bonté et d’audace avec Ochs, puis plus distante revêtant petit à petit un maintient aristocratique très impressionnant. Elle restera quasi immobile lors de son retour à l’acte III dans sa tenue de princesse. D’admirables gestes des mains, des bras, des épaules et du cou (l’attitude de résignation lors du dernier baisemain de Quinquin !) sont irrésistibles. La voix de la cantatrice autrichienne est idéale de puissance et de couleur avec une grande capacité de faire de fines nuances dans une diction évidemment parfaite.

Le baron Ochs de Kurt Rydl est connu du monde entier. C’est une véritable institution, une entité vocale, physique et théâtrale historique. Il EST tout simplement le noble, si imbu de lui même qu’il en oublie d’être poli, le gougeat qui sommeille en tout homme trop assis dans une haute position.

La Sophie d’Anne-Catherine Gillet est très atypique. La voix est très grande pour le rôle, les aigus sont victorieux et la ligne de chant irisée par un fin vibrato a un charme irrésistible. L’appui sur une diction très précise, très rare dans cette tessiture, font de sa Sophie un personnage très positif. Le jeux de l’actrice, parcourue d’un tremblement nerveux, souvent sur la pointe des pieds, donne une impression d’impatience très intéressante au personnage qui semble prendre conscience de la force de son désir petit à petit, sortant du carcan de l’éducation religieuse soporifique qu’elle a subi. De poupée de porcelaine, elle devient une amante dont l’audace se devine et surprend même Octavian. Belle réussite pour cette nouvelle prise de rôle au Capitole !

Le Quinquin de Sophie Koch est un miracle. Une telle incarnation est rarissime. La voix parfaitement projetée est d’une beauté saisissante sur toute la tessiture. La moindre inflexion du texte est vécue intensément. Le jeu est virtuose jusque dans la façon d’incarner une femme jouant un jeune homme se déguisant en femme ! Il n’est pas étonnant qu’à Vienne même, elle ait fait un triomphe dans ce qui représente son meilleur rôle, et à Toulouse (on peut dire cela pour avoir eu le bonheur de l’admirer dans de nombreux rôles... ).

De cette distribution si idéale individuellement il résulte en plus une osmose extraordinaire qui culmine dans un trio qui permet de suivre chaque protagoniste grâce à sa voix très timbrée reconnaissable sur toute sa tessiture. Alors qu’il est possible de distribuer ces trois rôles à des sopranos très proches, ici cette individualisation des timbres dégage une émotion rare. Le sommet humain de l’opéra est constitué par ce trio. Nicolas Jœl le sait qui dissimule pour ce moment le décor derrière un voile de tulle. Les éclairages magnifiques rapprochent les artistes du public qui comprend que le jeu virtuose est suspendu et que là on touche à la vérité profonde de l’humanité. Dans un tel moment il est bien difficile de retenir ses larmes. D’autant que le chef aussi intervient superbement. Dès le prélude pris à un tempo fulgurant, Jiri Kout avait fait entendre toute l’audace et la force contenue dans l’orchestration de Richard Strauss. L’orchestre National du Capitole subjugué par ces audaces répond avec une virtuosité inouïe aux moindres indications du chef. A de nombreux moments, le maestro a souligné la cruauté et la violence de l’orchestre straussien du Chevalier à la rose qui n’est en aucun cas une régression après Salome et Elektra. Grâce à cette mise en évidence des audaces de nuances et des couleurs Jiri Kout, qui a très souvent dirigé cet opéra, nous convainc de sa force. Mais la délicatesse dans les moments d’intimité, n’est pas sacrifiée et de toute façon en vrai chef de théâtre, jamais il ne couvre les voix. Par contre dans le trio, étant donnée l’ampleur vocale des trois cantatrices, il ose un orchestre puissant qui permet aux voix de se déployer semblant s’envoler. Instant magique d’un parti pris artistique audacieux.

Il reste à signaler que, jusque dans les plus petits rôles, tout a été parfait. Ismael Jordi est un chanteur Italien charmant de timbre et d’allure et son flirt avec la maréchale est galant. Eike Wilm Schulte est un Herr von Fanninal à la voix imposante et aux jeux plein d’esprit. Les intrigants de Andreas Conrad et Elsa Maurus sont irritants à souhait et scéniquement très bien campés.

Vraiment Nicolas Jœl a mis tout son talent de metteur en scène et de directeur artistique afin de s’entourer d’une équipe sensationnelle qui fait de ce spectacle une des plus grandes réussites imaginables. Cette mise en scène semble être sa plus accomplie et il a su parfaitement utiliser le temps à son avantage. N’est ce pas cela le message du Chevalier à la rose ? À n’en pas douter la capitale italienne tombera bientôt sous le charme de ce Chevalier rêvé par Nicolas Jœl, et beaucoup plus incisif qu’il ne l’est habituellement.

Crédit photographique : © Théâtre du Capitole de Toulouse, Patrice Nin

par Hubert Stoecklin (21/05/2008) [1497 visite(s)]

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