Contes des mille et une notes Le Festin de l'araignée I Le jardin étrange (prélude)
Avant propos : Cette série des « Contes des Mille et une notes » est remise à jour en collaboration avec l'émission « Les contes du jour et de la nuit » de Véronique Sauger sur France-Musique. Deux fois par mois, retrouvez sur ResMusica les « Contes des mille et une notes » signés par Véronique Sauger. A l'instar de l'émission radiophonique « Les contes du jour et de la nuit », des appels à contribution seront régulièrement faits, avec parution sur ResMusica et diffusion sur France-Musique. Un exemple avec cette série écrite autour du Festin de l'araignée d'Albert Roussel.
Je suis né entre les racines d’un arbre à calme, sur les hauteurs d’un jardin étrange, au bord d’une rivière. Je suis un éphémère. Tous les éphémères naissent entre les racines de cet arbre. C’est le plus beau du monde.
A. Toi, tu te promènes, et tu regardes... C’est un jardin étrange où tu coules au milieu de tes rêves, un jardin vert et bleu, mauve et jaune. (Presque)
Il a plu toute la nuit. Puis... Ce serait l’heure d’avant le jour et tu mettrais du temps à te retirer de tes rêves, il ferait tiède, une araignée entortillée attendrait... une mouche, un papillon... « Comme vous volez bien ! Venez, venez jouer avec moi... » C'est ce que dirait l'araignée.
Si. Fermes les yeux et écoute.
Écoute un peu...
Pour voir.
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A’. Dans ce jardin étrange au parfum d’herbe, il y aurait eu, une fois, des arbres à ombre, et un certain silence.
Le silence des crissements, des bruissements, des frottements dans les chambres des araignées, quelques battements d’ailes de chauves-souris.
Puis rien.
Rien que le soleil.
B. Regarde... Le soleil se lèverait et ferait glisser mais sans le savoir, ce jardin vers un drôle d'instant… Mortel.
Au fond de ce jardin, il y aurait des pruniers compliqués, trop mûrs, drôles d'arabesques qui dansent, dansent, dansent. Dans le nid de leurs branches naîtrait le chant des oiseaux, le chant du rossignol, exactement…
Il y aurait les herbes, aussi, les herbes folles, sages, vertes ou brûlées, se secouant du bout des tiges des vagues bleues de la rosée. Des murs de mousse auraient poussé, formant des routes, des chemins secrets vraiment reposants, que l’on parcourrait de deux yeux ouverts comme deux étoiles.
B’. Ensuite, l’huile du soleil brûlerait doucement et le jardin deviendrait jaune, il bougerait, il s'étirerait, très lentement. On éternuerait des flocons de pollen nés la veille, et qui s’envoleraient, comme ça. C’est leur destin. (fin de la musique)
A. Regarde… Elle est là tout entière, la famille du jardin étrange où tu coules au milieu de tes rêves. C'est le jardin des scarabées (des scarabées de 19 millimètres au moins mais ça on ne le dit jamais), le jardin des fourmis, des roses, des papillons, des araignées. Le jardin vert et bleu des trilles et des arpèges, le jardin mauve, jaune, rouge et noir d'un monde minuscule.
Tout semblerait calme, tiède, invisible. Mais…
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