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| Les articles rédigés par Étienne Müller |
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[Scène] Lyrique « Le Visiteur » de Stavros Xarhakos
[Compiègne] Freud contre Dieu Le Théâtre Impérial de Compiègne pratique judicieusement le mélange des genres, fort d’une ambitieuse politique culturelle locale. Entre le diptyque Poulenc/Chabrier d’octobre dernier et la rarissime Dinorah de Meyerbeer (fin mars), il reprend le Visiteur de Stavros Xarhakos créé in loco le 15 octobre 2000. Il s’agit d’un opéra de chambre aux allures de thriller - ou de polar fantastico-métaphysique : un immense duo, échange fascinant entre le Docteur Freud et un mystérieux étranger, un soir de 1938 alors que la fille du célèbre psychanalyste est emmenée au siège de la Gestapo à des fins d’interrogatoire. Vienne est la cité de la peur, la mise en scène de Pierre Jourdan rappelle le climat oppressant, claustré du film de Woody Allen, Ombre et Brouillard. Entre cauchemar et réalité. Tout suinte l’angoisse, celle d’être arrêté à tout moment par l’arrivée impromptue d’un agent de la police d’état. Dans la rue, on entend parfois les bruits de bottes martelant le pavé ... [5122 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 18/02/2004
| [Scène] Lyrique Un « Franc-tireur » iconoclaste ?
[Montpellier] Max tire son coup ... La mise en scène de certains ouvrages-phares appartenant au terroir allemand, tel le chef d’oeuvre de Weber, s’avère hautement problématique. Un véritable défi attend le dramaturge à la marge de manoeuvre étroite. Deux conceptions sont possibles : l’approche panthéiste, littérale (fidèle au livret) par laquelle on tente de coller au plus près au drame romantique : la forêt, l’élément fantastique, la nature libre et sauvage. Option traditionnelle « muséale » et figée. A l’opposé, il peut se hasarder à risquer l’inévitable transposition — choix erroné et arbitraire ici — en privilégiant une approche résolument novatrice, voire « réaliste » des mésaventures de cette communauté de prédateurs bruts de décoffrage. L’exercice semble relever du défi impossible ! La solution la plus viable ne consiste-t-elle pas en définitive à se replier vers la version de concert ? Histoire de limiter au maximum les dégâts — tout en évitant les pièges flagrants dans lesquels Guy Joosten a sombré ... [4521 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 31/01/2004
| [Scène] Lyrique Mireille Delunsch dans « la Traviata »
[Rouen] Quelque chose va craquer ! Une Traviata serait-elle née ? Assurément. Dans la lignée de Callas ou de Tiziana Fabbricini. Depuis sa mémorable prise de rôle à Bordeaux (en novembre 2000), Mireille Delunsch transfigure Violetta. Elle transforme la courtisane parisienne en ange déchu, en pathétique marionnette démantibulée qui traîne son mal de vivre comme une somnambule ; victime d’une société bien pensante, étriquée et cynique. C’est ici une créature solaire, pure, virginale dans sa robe blanche - beau papillon vulnérable en stade terminal, à la recherche d’une hypothétique rédemption, d’un fugace moment de bonheur avant de sombrer dans le chaos. Descente aux enfers ou mise en abîme, l’univers de cette Traviata est un cloaque fangeux, un cauchemar éveillé - chronique d’un lent processus de mise à mort ...
: Affiche Bernard Peters crédit photographique Elisabeth Carecchio
[6778 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 20/01/2004
| [Scène] Lyrique Un autre visage pour « Falstaff »
[Angers] Les joyeux compères de Windsor La plupart des théâtres lyriques français ignorent les ouvrages lyriques d’Otto Nicolaï (1810-1849). Les Joyeuses Commères de Windsor, son opus le plus populaire, est régulièrement à l’affiche des scènes de langue allemande. Angers délaisse à raison le répertoire traditionnel des divertissements obligés de fin d’année - Fille de Madame Angot, et autres Auberge du Cheval Blanc ! Et joue judicieusement la carte de l’originalité en offrant ce komische singspiel, une quasi rareté. Il s’agit d’une adaptation (parmi tant d’autres) des déboires sentimentaux de Falstaff, dont les assauts impétueux sont déjoués par d’accortes et rouées commères. Ces dernières prennent un malin plaisir à le faire tourner en bourrique ... [4043 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 03/01/2004
| [Scène] Lyrique Cent cinquantenaire d’André Messager
[Rennes] La croisière s’amuse L’opérette a t-elle encore un avenir ? Le genre semble a priori en voie d’extinction. A l’heure actuelle, peu de pièces bouffes sont créées ; il faut en effet remonter au Muet au Couvent de Janos Komives (1994), ou au Jeune Lord d’Hans Werner Henze (1965) pour citer ces quelques exemples marquants. Rares sont les théâtres se risquant à programmer l’opéra comique intégralement sériel de Schoenberg, Du Jour au Lendemain - bizarre opérette intellectuelle, pétillante fantaisie musicale. La plupart des ouvrages français de l’entre-deux-guerres tel Passionnement (1926) de Messager accumulent les intrigues galvaudées. Les textes poussiéreux - du Feydeau musical - multiplient les sempiternelles histoires d’adultères avec leur lot de maris cocus et d’amants dans le placard. L’orchestration, superficielle, se borne à accompagner vaille que vaille des refrains médiocres. La musique proprement dit ? Faible, gentiment inconsistante ... [4990 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 02/01/2004
| Musique d’ensemble Ensemble vocal « Sequenza 9.3 »
[Paris] Cantus Mysticus Après un premier diptyque Messiaen et Escaich le 10 décembre dernier, l’église Saint Germain des Prés adosse à nouveau deux maîtres incontestés de la musique sacrée du XXe siècle. Deux esthétiques contrastées, deux systèmes planétaires, deux cosmogonies. Un point commun relie Jehain Alain (1911-1940) à Olivier Messiaen (1908-1992), en plus d’une foi chrétienne solidement ancrée : une rhétorique panthéiste, doublée d’un langage mystique puissant. Alain s’inscrit dans une longue guilde de musiciens-organistes qui comprend Vierne, Tournemire, Guillou, Duruflé, Widor... Ce météore, fauché au cours de la seconde guerre mondiale, revendique un héritage franckien librement assimilé ; son style est savant, néo-grégorien — sa Messe modale en septuor ainsi que son bref Requiem témoignent d’une science incomparable des nuances contrapuntiques et des couleurs polyphoniques ... [3850 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 28/12/2003
| [Scène] Lyrique « La Dame de Pique » à l’Opéra National de Montpellier
[Montpellier] Possession « Ou je me trompe terriblement, et sans aucune excuse, ou la Dame de Pique est réellement mon chef d’œuvre » affirme à juste titre Tchaïkovsky. Il faut en louer la science consommée de l’instrumentation, l’intrigue philosophico-fantastique, l’onirisme sulfureux mû par une dramaturgie prenante. Un univers suffocant proche parfois du Tour d’Écrou de Britten. La partition, la plus élaborée du musicien, n’a rien à partager avec le statisme d’Eugène Onéguine — musique élégantissime certes, mais aux contours par trop policés et aux personnages lisses, monolithiques. Aux antipodes de ladite Dame de Pique : cauchemar halluciné, plongée vertigineuse au cœur des turpitudes de l’âme humaine, de l’aliénation mentale et de l’autodestruction. Totale noirceur ... [4947 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 10/12/2003
| [Scène] Lyrique Une courageuse production de « Gwendoline »
[Rennes] Wagner s’invite chez Chabrier Gwendoline, opéra Wagnérien ? La réponse appelle quelques réserves. Au XIX° siècle, la plupart des musiciens français éprouvent une fascination irrésistible quoiqu’à des divers degrés envers l’ombrageux Allemand. Ernest Reyer (Sigurd), Massenet via Esclarmonde, ou encore le parsifalien et méconnu Fervaal de Vincent d’Indy, attestent cette influence. Chabrier est également « vampirisé » par l’auteur de la Tétralogie. Lorsqu’il entend Tristan à Munich en 1879, c’est une révélation ... [5168 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 28/11/2003
| Concert Raretés « massenétiennes » à l’oratoire du Louvre
[Paris] La Vie d’un Poète Massenet, musicien de l’âme féminine ? En tout cas, un « juste », un humaniste dont le regard pénétrant respire l’humanité, partagé (sauf notables exceptions) entre la putain, la mère dont la Vierge, femme d’entre toutes les femmes ! Gourgandines, courtisanes, séductrices, novices délurées, filles perdues ont la part belle dans l’univers de ce mélodiste sans pareil : Salomé, Manon, Sapho, Thaïs, Dulcinée... Toujours des personnages ambivalents, tiraillés par des émotions contradictoires. Le combat avec le démon, voilà une thématique récurrente chez ce peintre des paysages intérieurs. À mi-frontière entre le sacré, une quête de rédemption hypothétique — et un érotisme sauvage, un appel violent à la sexualité sacrilège : Athanaël, fou de dieu, fanatique, frustré pathologique en apporte une brillante démonstration dans Thaïs. Au plan musical, la sensualité la plus « crue » explose. Jusque dans certains ouvrages sacrés, cette thématique est sous-jaçente ; Marie Madeleine ne peut dissimuler une attirance physique envers le beau Nazaréen. Ève, évidemment, n’échappe pas à cette problématique ; elle s’y prête même admirablement. Symbole du péché originel, de la tentation ; et du plaisir charnel ... [3305 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 22/11/2003
| [Scène] Lyrique Festival des Voix Étouffées, Un bouquet d’ « Entartete Musik »
[Paris] De l’exil à la mort, les Bannis. Au carrefour de l’ethnologie, de l’archéologie et de la géopolitique musicales, ce florilège de partitions « dégénérées » s’avère une audacieuse entreprise de réhabilitation. Sous l’égide du Forum Culturel Autrichien - et du chef Amaury du Closel - sont consacrés le temps d’un festival plutôt marginal, les musiciens « maudits » de la Mitteleuropa : allemands, autrichiens ou encore d’Europe Centrale. Les raisons de cette mise à l’index : leur judaïté, leurs convictions politiques, une esthétique novatrice et visionnaire (technique sérielle, atonalité libre, intrusion du jazz, tel l’opéra-réalité de Krenek, Johny spielt auf ) incompatible avec les critères « culturels » du parti nazi. L’exposé liminaire d’Amaury du Closel remet en perspective l’histoire poignante de cette « école » informelle d’artistes entartete ; d’abord censurés puis éliminés impitoyablement. Il soumet au mélomane la problématique sous-jacente : s’il existe des règles en art, peut-on lui imposer une norme ? Quoi qu’il en soit, on peut distinguer deux groupes de compositeurs : les plus clairvoyants d’entre eux réussirent à fuir la putréfaction nazie à temps, en s’imposant un exil forcé aux Etats-Unis ... [4695 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 08/11/2003
| [CD] Compositeur Ambroisie
Hector Berlioz et le Nazaréen L’anecdote est savoureuse. Au cours d’une soirée mondaine où il s’ennuyait ferme, Berlioz a l’idée de tromper son malaise en commettant une vague esquisse, encore imprécise, de ce qui deviendrait un de ses meilleurs ouvrages religieux, L’Enfance du Christ. Au départ, cet andantino à quatre parties s’avère une « plaisanterie musicale » : la musique pourtant en est constamment inspirée. Foin de toute formule ronflante et autres déferlantes orchestrales, de tout gigantisme pompeux. Cette trilogie sacrée se situe aux antipodes de l’ostentation tapageuse du Requiem ou de la grandiloquence creuse du Te Deum. Rappelons que cet opus 25 fut l’une des rares oeuvres appréciées des contemporains du musicien frondeur, souvent réfractaires à ses innovations et audaces harmoniques ... [3530 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 31/10/2003
| [CD] Compositeur CPO
Wilhelm Kienzl (1857-1941) - Don Quichotte, des atouts dans la Manche La figure mythique du chevalier à la triste figure aura suscité moultes adaptations musicales, et ce, dans des genres différents. Au XX ème siècle, Massenet entre autres lui dédie un de ses opus les poignants ; Ullmann - Don Quichotte tanzt fandango , Diether de la Motte - Sérénade pour Don Quichotte, sans parler des mélodies de Ravel ou d’Ibert. Les musiciens ibères ne sont pas en reste : le catalan Roberto Gerhard conçoit un ballet, et plus récemment, deux opéras sont créés en 2000 à quelque huit mois d’intervalle : Don Quixote de Cristobal Halffter et celui plutôt hybride de José luis Turina, Don Quixote en Barcelona au Liceo. Le héros emblématique de Cervantes a également inspiré un musicien autrichien bien dédaigné - pour d’obscures raisons : Wilhem Kienzl (1857-1941) ... [7533 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 24/10/2003
| [Scène] Lyrique Poulenc & Chabrier au Théâtre Impérial de Compiègne
[Compiègne] L’union après la rupture Un dimanche après-midi au Théâtre Impérial de Compiègne, cela vous tente t-il ? À moins d’une heure de Paris, des pans entiers du patrimoine musical français revivent, sous l’impulsion de son Schauspieldirektor Pierre Jourdan. Ce « cercle des mélomanes disparus » réhabilite des ouvrages méconnus ou ostracisés. Tels Dinorah (Le Pardon de Ploermel), opéra pastoral de Meyerbeer (repris ici même en 2004), le Songe d’une nuit d’été d’ Ambroise Thomas, Henry VIII de Saint Saëns, Christophe Colomb de Darius Mihaud… Éclectique, il propose également des créations — Le Visiteur, de Stavros Xarhakos (2000) ... [5841 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 16/10/2003
| [CD] Concert / Récital EMI Classics
Plàcido Domingo - Forge et Destinée Proclamer haut et fort son admiration pour Placido Domingo s’avère délicat ; on risque de perdre le sens de la mesure, de s’égarer dans l’hyperbole et l’idolâtrie béate. Force est d’admettre que l’éclectique artiste madrilène aura marqué durablement son temps. Lorsque l’on écoute le présent disque, on a « le coeur qui bat ... qui bat », mais à la différence de la vieille comtesse de la Dame de Pique, on sait pourquoi. Les incursions du ténor espagnol dans la musique russe (Hermann de la Dame de Pique à Vienne) ou germanique (Siegmund, ou encore Parsifal, à Paris) atteste d’une longévité vocale stupéfiante doublée d’une grande prudence dans ses prises de rôle. Au plan des gravures, il s’est illustré dans Weber (Hüon de Bordeaux d’Oberon, Kubelik, DGG), a servi Richard Strauss (l’Empereur de la Femme sans Ombre, Solti, Decca). Pour couronner le tout, de nombreux Wagner - entre autres, Lohengrin et les Maîtres-chanteurs avec Solti (Decca) et un Parsifal avec Levine (DGG), l’un des plus accomplis de la discographie ... [3304 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 10/10/2003
| [DVD] Opéra TDK
Prokofiev « Guerre et Paix » - Demain ne meurt jamais « Il y a dans la musique de Prokoviev une dimension obsessionnelle, des mélodies hypnotiques, en apesanteur, qui tournoient, se télescopent, et s’emparent de l’inconscient de l’auditeur ». Ces propos du maestro Bertini synthétisent parfaitement le dessein de cet artiste fécond. Ce coffret-événement est le premier DVD de l’Opéra National de Paris : écho de l’une des représentations données en 2000. L’audace le dispute ici à l’originalité. Les opéras de Prokoviev pâtissent en France d’un déficit d’image, voire d’un ostracisme injustifié. L’Ange de feu, Semyon Kotko, ou encore Le Joueur ne font l’objet que d’apparitions sporadiques. [7434 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 02/10/2003
| [Scène] Lyrique Retour d’une belle production de l’Agrippina de Haendel
[Paris] Tragédie palatine Il est malaisé de classer Agrippina, jubilatoire comédie satirique et corrosive, laquelle provoque dans la salle une tempête de rires. En effet, cette joyeuse parade pourrait tout aussi bien s’intituler Les Lauriers de César ! Un authentique festival de bel canto, aux mélodies profuses, sans la moindre afféterie. Haendel, alors âgé de vingt-quatre ans, brocarde le surprenant univers des mœurs palatines, via une partition bouillonnante… Si l’on se fonde sur les écrits de Damien Colas, cet ouvrage clôt les « années d’apprentissage » italiennes du caro Sassone. Créée à Venise en 1709, pour contourner, semble-t-il, la censure romaine, cette fresque tendancieuse d’une grande maturité préfigure les opus majeurs de la période londonienne ... [3469 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 28/09/2003
| [CD] Concert / Récital Forlane
Jean-Louis Florentz - Le Pêcheur de Perles Et si Debussy s’était réincarné en la personne de Jean-Louis Lorentz ? Cette remarque, a priori incongrue, est de nature à opposer un vif démenti à André Boucourechliev : l’illustre musicologue affirme, en effet, au détour d’un paragraphe de son livre Debussy, un révolutionnaire subtil, que ce dernier, phare solitaire, n’a ni ascendants, ni descendants. Comme s’il existait une génération spontanée en musique ! Florentz peut s’enorgueillir d’appartenir à cet aréopage de compositeurs prolifiques tels Suzanne Giraud, Philippe Fénelon, Ahmed Essyad, Philippe Manoury ... [4006 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 10/09/2003
| [CD] Compositeur Pan classics
Josef Strauss - Le monde d’hier Qui ignore la valse du Chevalier à la rose de Richard Strauss, ritournelle obsédante qui émoustille tant le bon vieux baron Ochs « Ohne mich, ohne mich ... », son favori aux actes II et III ? Ce rythme de danse à trois temps a séduit nombre de compositeurs « sérieux », tels Weber, Sibelius, Ravel, Chopin, Schreker la Valse Lente, Tchaïkovski, Brahms (ses étincelants Liebesliederwalzer). Même des musiciens réputés « intellectuels » tels Berg, Webern, et Schönberg ont titillé le genre ... [4040 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 01/09/2003
| [CD] Compositeur Capriccio
Viktor Ullmann (1898-1944) - La Lumière qui s’éteint « La race humaine est une fois pour toute et par nature vouée à la souffrance et à la ruine » dixit Schopenhauer. Cette maxime fait office de fil rouge à ce disque bouleversant. Viktor Ullmann a péri comme tant d’autres à Auschwitz, gazé, victime de l’holocauste. Il appartient à ce courant musical classé Entartete Musik ou Art dégénéré par les nazis. La majorité des compositeurs ont un premier temps transité par Terezin, tels Hans Krasa, Erwin Schulhoff, Pavel Haas. [3458 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 02/08/2003
| [CD] Concert / Récital Dynamic
Dans la famille Chung, Lucille Scriabine, créateur mystique, excentrique, reste encore par trop délaissé en France. Il n’est que de constater le manque d’égard envers ses trois Symphonies, par exemple. En revanche, il est davantage servi par le disque. Lucille Chung peut s’enorgueillir de bouleverser la discographie existante. Cette ex-enfant prodige affronte, à dix ans (en 1983), le dix-neuvième Concerto pour piano de Mozart avec l’Orchestre Symphonique de Montréal : débuts prometteurs laissant augurer d’une personnalité attachante. L’objet du nouveau CD est d’offrir un florilège de pièces pour piano d’une difficulté démoniaque. Après un album Ligeti, l’artiste canadienne au charmant minois nous convie à une vivifiante randonnée en compagnie de Scriabine au langage résolument moderne, voire futuriste. Elle gravit, avec feu et brio, ses sentiers escarpés aux sinuosités éprouvantes ... [3758 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 08/07/2003
| [Scène] Lyrique Première française de l’ultime opus scénique de Richard Strauss
[Rennes] Pas de bonnet d’âne pour le conservatoire La ténacité d’un directeur de théâtre têtu comme un ... Breton aura eu raison de facétieux grévistes ; un mouvement social n’eût pas manqué de pénaliser cette initiative originale. Point de musiciens aguerris, mais des élèves du Conservatoire rennais ; lesquels ont confirmé le fameux vers de Corneille « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années ». Une maîtrise indéniable, un sens de l’exigence et du travail en équipe, une heureuse fusion des arts du spectacle vivant (classes de théâtre, de danse, de chant), ces jeunes et sympathiques artistes en herbe n’ont pas choisi la facilité : au menu deux raretés, Menotti et R. Strauss. Le musicien italo-américain est quasi ignoré en France, hormis l’apparition sporadique du Médium (à Bordeaux et à Paris voilà quelques décennies). Or, Le Consul, ou le pastoral conte de Noël, Amahl et les Visiteurs de la nuit, Maria Golovin mériteraient de figurer davantage à l’affiche ... [5653 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 05/07/2003
| Musique symphonique Chung dirige Saint-Saëns et Berlioz
[Paris] Ne Tirez Pas Sur Le Violoniste Si un chef de second ordre arrive à saborder une musique percutante, un maestro prestigieux et accompli peut-il sauver une œuvre faible ? Telle est la problématique de ce surréaliste, quoique instructif, concert. Le renom de Myung-Whun Chung n’est plus à faire. Son art d’interprète n’est pas en cause. Je garde en mémoire des Bruckner - dont une Sixième Symphonie à faire pleurer Chimène une seconde fois - ou des Schubert stupéfiants. Or, un curieux hasard replace le sémillant Coréen dans les mêmes circonstances que l’an passé à Montpellier : le programme « confrontait » ce soir-là deux partitions d’inégale valeur. Un fade concerto de Max Bruch, disposant d’une soliste au demeurant luxueuse, la propre sœur de Chung. En seconde partie, une musique cosmique, l’Ascension de Messiaen et un Chung en état de grâce. Un an après, même topo ... [3485 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 21/06/2003
| [CD] Opéra Accord
Offenbach ou les bienfaits du Rhin Cosima Wagner tenait un savoureux journal de bord pour son usage personnel. La lecture de certains extraits est édifiante. Ses jugements arbitraires tenaient davantage du règlement de compte que du simple commentaire objectif. Dans son collimateur, Delibes : « des mélodies vulgaires », Saint-Saëns : « le chaos dans la musique instrumentale actuelle »... [4462 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 20/06/2003
| [CD] Compositeur Calliope
Dimitri Chostakovitch - La paix du tombeau Jusqu’où ira le Quatuor Talich dans l’art de réinterpréter les ouvrages ? Dans la continuité de ses exploits passés (dont un disque mémorable consacré à Mendelssohn), les bouillants quartettistes récidivent avec un album Chostakovitch magistral, une lecture foudroyante de ces musiques sépulcrales. Le quintette pour cordes et piano s’avère une partition stupéfiante et ambiguë. Elle s’apparente à une méditation rêveuse, un arc lumineux posé sur un sol gangrené, quasi irradié ... [3478 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 13/06/2003
| [CD] Compositeur Pan Classics
À Toch et à raison Encore un compositeur « maudit » par le troisième Reich qui fait actuellement un retour justifié sur le devant de la scène. Après l’ « onde de Schœck » de Penthesilea, qui avait fait par ailleurs l’objet d’une publication chez Orfeo dans la captation de la Radio autrichienne au Festival de Salzbourg, les redécouvertes de Hans Gal ou de Gretchaninov, le temps est venu pour Pan Classics de consacrer Toch (1887-1964). Car il reste du chemin à parcourir pour que ce compositeur devienne un tant soit peu populaire ou bénéficie ne serait-ce que d’une réhabilitation, tel Zemlinsky ... [3646 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 28/05/2003
| [Scène] Lyrique Opéra de Rennes, Cosi fan tutte
[Rennes] Liaisons dangeureuses Pour réussir Cosi fan tutte de Mozart, poème vocal de l’amour et de l’amer, on est tenté de paraphraser l’humour « toscaninien » : il faut mander les six meilleurs chanteurs du monde ! Le théâtre breton peut se flatter de remporter haut la main la double palme de l’exemplarité et de l’audace. Aucune vedette sur-médiatisée, mais une troupe de jeunes acteurs-chanteurs acrobates (on s’agite beaucoup sur le plateau), solidaires au sein d’une dream team stimulée par un vrai dramaturge. A l’image de Giorgio Strehler, Philippe Sireuil propose une lecture cohérente, analytique, et subtilement poétique du troisième volet de la trilogie dapontienne. Le décor unique - des cabines de bains en bord de mer, côté cour et jardin - suggère une station balnéaire ou thermale. Le ciel apparemment serein, d’un bleu turquoise, évoque une autre atmosphère de villégiature : celle, plombée, chargée des miasmes délétères de Mort à Venise ... [5796 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 22/05/2003
| [Scène] Lyrique Un étranger parmi nous
[Montpellier] Perelà de Pascal Dusapin « Pourquoi ma passion pour l’opéra ? C’est pour moi le meilleur moyen de rendre ma pensée » déclare Luigi Dallapiccola dans ses Notes sur l’Opéra contemporain. Pascal Dusapin pourrait faire sienne cette formule simple. Son parcours est celui d’un compositeur discret, pudique, en tout cas l’un des plus doués de sa génération (lire à ce sujet l’entretien de Bruno Serrou ainsi que sa relation de la création de Perelà, « Christ de Fumée »). Ce que démontrent ses atypiques concertos pour violoncelle, trombone ou flûte solo récemment publiés. Adepte d’une esthétique originale, ouverte notamment aux micro-intervalles, sa science de l’orchestration est prodigieuse. Langage complexe certes, mais toujours accessible, empreint d’une émotion palpable ... [5708 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 15/05/2003
| [CD] Compositeur Accord
Alfanothérapie de choc : Risurrezione Une curieuse coïncidence discographique remet à l’honneur, dans des labels différents, Franco Alfano (1875-1954). Or sa discographie est plutôt étique. D’où l’intérêt de cet exercice pratique visant à confronter deux opus originaux du musicien italien. Rappelons que ce dernier est surtout connu pour ce qu’il a peut-être le moins bien réussi, le final peu convaincant, voire insipide de Turandot. Si bien que Berio l’a réécrit très récemment - sa version personnelle semblerait conforme aux intentions originelles du Maître. Exit le débat musicologique qui déborderait largement le cadre de cette chronique ! Revenons à Alfano ... [3462 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 09/05/2003
| [CD] Opéra CPO
Alfanothérapie de choc : Cyrano de Bergerac Cyrano de Bergerac (1936) est indéniablement « supérieur » à Risurrezione, comme si le compositeur, à titre délibéré, s’était définitivement affranchi du courant vériste pour peaufiner son esthétique. A l’instar de Giordano lequel renouvelle radicalement son langage, achevant sa carrière lyrique en 1929 par le très déconcertant Il Re, il se révèle sensible aux innovations de l’École de Vienne. Chez Alfano, le protagoniste principal est l’orchestre. Translucide, fascinant, immatériel, immergé souvent dans des tonalités automnales. « Une lueur de plusieurs lunes » irradie chaque accord de cette constellation sonore, pour paraphraser le Giono de Que ma joie demeure. [4766 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 09/05/2003
| [DVD] Concert / Récital Ambroisie
Serge Prokoviev ou Pierre le Grand ! Le Cinquantième anniversaire de la disparition de Prokofiev passe quasiment inaperçue, hormis quelques rééditions sporadiques telles Semyon Kotko, Guerre et Paix ou des nouveautés éparses - l’Histoire d’un Homme Authentique, opus de sa « période soviétique ». Publié l’an passé, ce DVD marque d’une pierre blanche la postérité de l’illustre conte écrit en 1936. En effet, ce dépoussiérage de l’œuvre se paie le luxe d’en bouleverser la discographie existante ... [13145 visite(s)] Par « Étienne Müller » le 09/05/2003
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