Archives de l’auteur : David Verdier

La Dalila d’Anita Rachvelishvili triomphe à Bastille

La Dalila d’Anita Rachvelishvili triomphe à Bastille

Damiano Michieletto double la mise à Bastille : Après un Barbier de Séville (2014) à l'humour bon enfant, son choix se porte aujourd'hui sur Samson et Dalila, immense blockbuster et ultime avatar du Grand opéra. Sa vision de l'épisode biblique est transposée dans l'univers assez chic et aseptisé d'un décor entre hall d'aéroport et chambre témoin d'une grande enseigne de design. La distinction sociale entre philistins et israélites se double d'une ...
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Rendez-vous manqué pour l’Eliogabalo de Cavalli à Garnier

On ne peut que se féliciter de la cohabitation de programmes baroques (et de créations contemporaines) dans une saison lyrique traditionnellement dévolue à des ouvrages classiques. Donné pour la première fois, cet Eliogabalo de Francesco Cavalli (1602-1676) est porté par la direction de Leonardo García Alarcón, la voix de Franco Fagioli et la mise en scène de Thomas Jolly. En accumulant toutes ces "premières", Stéphane Lissner a créé une attente autour ...
Kirill Petrenko ouvre en beauté la saison du Théâtre des Champs-Elysées

Kirill Petrenko ouvre en beauté la saison du Théâtre des Champs-Elysées

Après Milan, Dortmund et Lucerne,  la tournée européenne du Bayerisches Staatsorchester avec Kirill Petrenko passe par Paris, dans un Théâtre des Champs-Élysées aux allures de fournaise. Le caractère sporadique des apparitions de Petrenko dans la capitale française (Der Rosenkavalier en 2014 et Ariadne auf Naxos en 2015), créent une attente légitime chez ceux qui – trop nombreux hélas – ne font pas le voyage en Bavière pour l'entendre dans "sa" ...
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Très classique et consensuelle nouvelle production de Parsifal à Bayreuth

Confiée à Uwe Eric Laufenberg, la mise en scène de cette nouvelle production de Parsifal joue la carte esthétique du consensus et du compromis entre modernité et tradition. Maudit Parsifal… Pour succéder à la remarquable production Herheim/Gatti, il avait été question d'inviter le sulfureux plasticien Jonathan Meese, dont la radicalité fut jugée excessive par certains et conduisit à son éviction. Deuxième écueil : l'annonce du départ d'Andris Nelsons à ...
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Fin de partie pour le Vaisseau fantôme de Gloger au festival de Bayreuth

Dernière virée pour un Fliegende Holländer qui ne fera pas de vagues dans les annales du festival de Bayreuth malgré la qualité de la direction d'Axel Kober et un plateau renouvelé par rapport à l'an dernier. Le frêle esquif de Daland et son pilote voguent sur une mer noire de chiffres et de bilans comptables. Tout un réseau de connexions électroniques s'allument et s'agitent au gré du flux et du ressac ...
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Reprise en demi-teintes pour le Tristan de Katharina Wagner

Pour sa deuxième année à Bayreuth, le Tristan signé Katharina Wagner peine à imposer sa rhétorique laborieuse de l'amour absolu et impossible. Certes, on ne saurait reprocher à Katharina Wagner d'avoir pris de court ses détracteurs avec ce Tristan und Isolde (voir notre compte-rendu 2015) mais la question qui se pose à présent est de savoir comment se présente la reprise d'une production, si monotone au premier abord. Le regard bute toujours ...
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La luxuriance et grandeur du Götterdämmerung de Frank Castorf

Brillante fin de parcours avec ce Götterdämmerung au plateau vocal superlatif, dirigé avec autorité par un Marek Janowski qui ne parviendra toutefois pas à faire oublier Kirill Petrenko. On a envie de voir dans le décor de ce Götterdämmerung par Aleksandar Denić, une forme d'hommage à la célèbre production Chéreau-Peduzzi de 1976. Entre le Berlin décati et lugubre de la division Est-Ouest et l'univers fin XIXe siècle lié à la révolution ...
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Mélancolie et séduction dans le Siegfried de Castorf à Bayreuth

Magistral Siegfried, en grande partie grâce à l'orchestre enfin révélé de Marek Janowski, parfaitement secondé par un plateau de haut niveau. On aurait pu croire le public "apprivoisé" à la présence des (trop) fameux crocodiles qui surgissent dans la conclusion de Siegfried sur l'Alexanderplatz ; il n'en est rien. Des hurlements haineux s'élèvent dès que le rideau se referme, agrémentés ici et là par des débuts d'échauffourées dignes des premières années ...
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Bayreuth offre une Walkyrie de répertoire avec un casting renouvelé

Le changement dans la continuité : voilà à quoi se résume cette Walkyrie à l'effectif vocal profondément remanié et qui tient à la seule force de la mise en scène de Frank Castorf. Nous avions développé dans les précédentes éditions la façon dont Castorf opérait avec Walküre un retour à la racine de la malédiction du pétrole. L'impact négatif de l'or noir se lit aussi bien dans le pillage des ressources ...
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Les premiers pas de Marek Janowski dans l’Or du Rhin à Bayreuth

La quatrième année de présence sur la Colline de ce Ring consacre définitivement la mise en scène de Frank Castorf, tandis que de nombreux changements de rôles et l'arrivée de Marek Janowski à la direction modifient sensiblement l'équilibre général de la production. On connait l'exhortation lancée par Wagner à ses descendants : "Enfants, faites du neuf !". Sans doute, faudra-t-il la rappeler à une partie du public de ce Ring ...
Ermonela Jaho double la mise dans la Traviata des Chorégies d’Orange

Ermonela Jaho double la mise dans la Traviata des Chorégies d’Orange

Remplaçant au pied levé Diana Damrau initialement prévue dans cette Traviata, Ermonela Jaho retrouve les Chorégies d'Orange pour la seconde fois en l'espace de quelques semaines (après Madama Butterfly). Sans atteindre des sommets de hardiesse et d'imagination, la mise en scène de Louis Désiré résout la difficile équation d'une scène à la fois très large et peu profonde. La vie de Violetta se résume d'un seul coup d'œil, de jardin à ...
ERMONELA JAHO TRANSCENDE SA BUTTERFLY AU THÉÂTRE ANTIQUE D’ORANGE

Ermonela Jaho transcende sa Butterfly au théâtre antique d’Orange

Une heure avant la représentation, la pluie qui s'abat sur le théâtre antique d'Orange fait craindre pour le bon déroulement de la soirée mais en définitive la représentation de Madama Butterfly aura bien lieu, avec quelques degrés de moins. On a d'emblée une pensée compatissante pour le très inutile ballet de geishas qui précède l'entrée à jardin de Cio-Cio-San. Le décor sépare en trois espaces flottants sur l'eau la large scène, ...
Coup double pour le Falvetti de Leonardo García Alarcón à Versailles

Coup double pour le Falvetti de Leonardo García Alarcón à Versailles

La redécouverte du sicilien Michelangelo Falvetti doit beaucoup aux deux enregistrements de Leonardo García Alarcón à la tête de sa Cappella Mediterranea et du Chœur de chambre de Namur : l'oratorio Le Déluge et Nabucco. Recréés à Ambronay, deux ouvrages trouvent dans la résonance généreuse de la Chapelle Royale de Versailles un écrin et un espace acoustique exceptionnels. Avec des couleurs harmoniques à mi-chemin entre le théâtre musical et la musique ...
Mahagonny

Magistrale Mahagonny signée Calixto Bieito à l’Opéra des Flandres

 Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny raconte la grandeur et la décadence d'une ville imaginaire au nom exotique, sur le modèle de la chute des villes bibliques de Sodome et Gomorrhe, elles-mêmes modèles du célèbre ouvrage de Montesquieu Grandeur et décadence des Romains. À la peinture d'un déclin moral, Bertolt Brecht et Kurt Weill ont choisi de combiner la chute des idéologies. L'esthétique du livret reste pour l'essentiel influencée par le ...
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Patricia Petibon illumine l’Opéra royal de Versailles

En choisissant de composer cette soirée "Haendel à l'opéra" avec des extraits d'Alcina et Ariodante, Patricia Petibon se rappelle au bon souvenir d'une partie du public, présente à Aix lors des dernières éditions du festival. Difficile en effet d'oublier la performance de la soprano dans deux rôles emblématique du répertoire baroque. Les lamentations amoureuses qui composent ce programme tiennent moins à une sentimentalité éruptive qu'à un épanchement d'âme dont Haendel a ...
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Royal Palace rencontre Il Tabarro à Montpellier

Royal Palace de Kurt Weill et Il tabarro de Giacomo Puccini réunis à l'Opéra Comédie de Montpellier. Quand on demandait au poète et librettiste Ivan Goll de se définir, il avouait être "Juif par destin, né français par hasard, enregistré comme allemand par les papiers administratifs". Empruntant à Rimbaud ses semelles de vent pour l'état-civil, il les chaussait volontiers pour donner à son style et ses sources d'inspiration une propension à ...
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Entretien avec Daniele Gatti

Après huit saisons à la tête de l’Orchestre national de France, le chef d’orchestre Daniele Gatti s'apprête à diriger l'Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, succédant ainsi à Mariss Jansons. Dans cet entretien, il fait le point sur quelques a priori. ResMusica : France Musique vous a consacré une journée spéciale à l'occasion de votre dernier concert à la tête de l'Orchestre National de France. Quels sont les sentiments qui vous traversent ...
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Furieuse Olympie de Spontini au Théâtre des Champs-Elysées

Créée au bien nommé Théâtre Italien de Paris en 1819, cette Olympie de Gaspare Spontini proposée par le Palazzetto Bru Zane, peint à grands traits les amours tumultueuses de la fille d'Alexandre le Grand, dissimulée sous le patronyme d'Aménaïs, avec son sauveur Cassandre. L'improbable livret d'Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut reprend l'essentiel d'une pièce de Voltaire, dont l'écriture dramatique ne passe pas pour être très passionnante. Le nom des deux rivaux ...
Délirante italienne de Laura Scozzi au Capitole de Toulouse

Délirante italienne de Laura Scozzi au Capitole de Toulouse

De son passé de chorégraphe, Laura Scozzi a gardé le désir de mettre en scène les corps, avec cette dose d'humour et d'énergie qui signe chacune de ses mises en scène. Sans doute trop provocante pour une partie du public favorable à une certaine "tradition", cette Italienne à Alger s'inscrit dans la droite ligne des Indes Galantes données dans ce même Théâtre du Capitole en 2012. En déplaçant l'intrigue dans un ...
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Le bruit et la fureur du Lear de Reimann à l’opéra Garnier

Lear d'Aribert Reimann avait déjà été donné à Garnier en 1982, mais dans une traduction française et une mise en scène très éloignée de celle de Jean-Pierre Ponnelle à la création munichoise de 1978. D'une facture ancrée dans les rugosités et les tics d'une avant-garde post Darmstadt, l'œuvre a, depuis, conquis de nombreuses scènes. On doit ce succès au souffle dramatique qui parcourt ces  trois heures d'une musique drue et compacte, ...
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A l’opéra de Nancy, la Rose Blanche contre la barbarie

Un mur de béton maculé de taches d'humidité, un sol de terre battue parsemée de cailloux et cet éclairage blafard qui saisit en oblique les deux protagonistes avec deux chaises comme seuls accessoires : voilà ce que le spectateur découvre en pénétrant dans la grande salle de la Manufacture de Nancy de cette Rose Blanche de Udo Zimmermann. Donnée à l'Opéra d'Angers-Nantes en 2013 avec les mêmes Elizabeth Bailey et Armando ...
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Tcherniakov psychanalyse son Pelléas à Zürich

D'emblée, on reconnaît les éléments qui signent la "patte Tcherniakov" : cette ambiance glacée aux couleurs vives et sofas au design étudié, avec une vaste baie vitrée donnant sur un jardin, une table longue, propice aux inévitables réunions de famille. Projetées sur un immense écran vidéo, les images de synthèse du jardin donnent à voir l'écoulement du temps comme élément du caractère inéluctable et mortifère de l'ennui bourgeois qui règne dans ...
Nouveaux horizons pour le Tristan de Daniele Gatti

Nouveaux horizons pour le Tristan de Daniele Gatti

Représenter Tristan et Isolde au Théâtre des Champs-Elysées, c'est en quelque sorte une façon de rendre un hommage à une salle qui a été la première à rompre avec l'habitude de donner Wagner en français en invitant Ferdinand Leitner à venir diriger la version allemande à l'orée des années 1950. Daniele Gatti honore la fin de son contrat avec le National en faisant le choix d'une œuvre qu'il n'avait jamais ...
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Idomeneo, un conte pour grands enfants par David Bösch à Anvers

Déjà mis en scène par David Bösch en 2013 à Bâle, la mise en scène de cet Idomeneo revient en terres flamandes sous la direction de son assistante Barbora Horáková Joly. Ce qui peut être une découverte pour les uns sera pour les autres l'occasion d'approfondir la connaissance d'une des scénographies les plus originales du moment. Loin d'une exhaustivité conservatrice, on sait gré aux coupes d'usage de se fondre dans une vision ...
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La Philharmonie de Paris, somptueux écrin pour les Gurrelieder par Philippe Jordan

Ultime étape du cycle Schoenberg présenté par Philippe Jordan, les Gurrelieder se présentent comme un modèle inégalé de cantate profane aux contours "fin de siècle" et postromantiques. Le gigantisme de l'orchestration est à lui seul édifiant : l'effectif (virtuel) sollicite 160 choristes, 150 instrumentistes, 5 chanteurs solistes et un récitant... distribué sur un conducteur de 48 portées. Si la dimension de l'ouvrage relègue les productions mahlériennes à des formats très raisonnables, ...
Un Roi Candaule surréaliste et génial à Gand

Un Roi Candaule surréaliste et génial à Gand

Huitième et dernier opéra d'Alexander von Zemlinsky, Der König Kandaules est encore trop rare sous nos latitudes. L'Opéra des Flandres confie à l'iconoclaste Andrij Zholdak les rênes d'une production majeure, tant par l'ambition que par le niveau de réalisation. Au rédacteur en chef du New-York Times qui lui demandait à quoi ressemblait son opéra Le Roi Candaule, Zemlinsky eut cette réponse plein d'humour : "It is ultra modern". Derrière l'ironie du ...
Rigoletto fait ses cartons à Bastille

Rigoletto fait ses cartons à Bastille

C'est peu dire que ce Rigoletto signé Claus Guth attisait sur le papier toutes les convoitises. Le résultat mitigé doit principalement aux options d'une mise en scène à la lisibilité paresseuse. Loin d'en renouveler l'approche, le travail de Claus Guth se contente d'appliquer à l'œuvre une touche stylistique qui se contente d'une simple signature visuelle. On sait le metteur en scène allemand attaché à dégager d'un livret la part d'ombre ...
Anna Netrebko brille dans un Trouvère qui cherche son chemin

Anna Netrebko brille dans un Trouvère qui cherche son chemin

Si l'on admet que Le Trouvère de Verdi culmine au Panthéon des œuvres les plus brillamment complexes et dramatiques du répertoire lyrique, est-ce une raison suffisante pour multiplier dans la mise en scène la densité des effets que contient déjà la partition ? Issu de la désormais très politiquement bien rangée Fura dels Baus, Àlex Ollé propose d'ajouter à un livret déjà hérissé de complexité, des allusions assez brouillonnes aux deux ...
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Serge Baudo revient diriger Pelléas à l’Opéra de Toulon

Rien de très inspirant dans la très illustrative mise en scène de René Koering, même si le plateau offre de belles surprises, c'est vers la fosse que nos oreilles se tournent. Mémoire musicale d'une époque où Karajan l'invitait à diriger Pelléas et Mélisande à la Scala, Serge Baudo offre un somptueux écrin sonore au chef d’œuvre de Debussy. Plongés pour l'essentiel dans une lumière noire, un enchaînement de décors abstraits alternent ...
Bouleversante Lady Macbeth à l’Opéra de Lyon

Bouleversante Lady Macbeth à l’Opéra de Lyon

Reprenant l'essentiel de la mise en scène et des décors de la production de 2008   montée au Stadttheater de Duisburg de Lady Macbeth de Mzensk de Dimitri Chostakovitch,  le metteur en scène Dmitri Tcherniakov parvient à sublimer une œuvre victime de la censure politique et des poncifs esthétiques. Au premier abord, on pourrait se croire chez Christoph Marthaler ou Jacques Tati : cet intérieur de bureau éclairé par la lumière agressive ...